UNE FRANCE INNOVANTE…

Selon le classement Thomson Reuters 2015 des « Top 100 Global Innovators », le « Top 100 Mondial de l’Innovation », la France conserve le 3ème rang mondial des pays les plus innovants, par le nombre d’organisations.  Les domaines de la chimie, de l’électronique/semi-conducteurs, de l’automobile et de l’industrie pharmaceutique sont les plus représentés dans le classement.

Dans cette édition 2015, le Japon conserve la première place mondiale, avec 40 entreprises représentées (*). Cela s’explique car le secteur du numérique et des technologies de la communication est bien représenté dans ce classement. Le deuxième pays le plus représenté est les Etats-Unis, avec 35 entreprises, et qui s’est fait ravir la première place dès l’année dernière par le Japon. Puis le troisième pays le plus représenté est la France, comme l’année dernière. Avec dix groupes présents dans le classement contre sept l’année dernière, la France montre qu’elle a des groupes privés innovants, mais aussi une recherche publique capable de faire autre chose que du fondamental. Arrivent derrière, l’Allemagne et la Corée du Sud, respectivement avec quatre et trois organismes.

La Chine n’est pas du tout représentée dans le classement, où elle avait pourtant fait son entrée en 2014. La raison en est que les Chinois protègent très peu leurs brevets à l’international. La France a ainsi déposé plus de brevets à l’international que la Chine !

Quoiqu’ils soient bien représentés, les secteurs du numérique, électronique ou semi-conducteurs sont moins présents que lors de l’édition 2014. Elles ne sont plus que 12 contre 21 l’année dernière, soit à égalité avec la chimie, secteur qui fait une percée cette année, et qui compte aussi des japonais (Mitsui ChemicalsShowa DenkoToray et Nitto Denko). La percée de la Chimie peut s’expliquer avec les besoins de R&D liées à l’essor des gaz de schiste. Avec l’industrie chimique, les autres secteurs qui ont le vent en poupe sont les domaines de l’automobile et de l’industrie pharmaceutique.

A l’heure où le mot « innovation » est sur toutes les lèvres, et la critique des lacunes ou retards français dans ce domaine souvent acerbe, cette performance suscite de l’optimisme (*).

Ce classement est fondé sur une analyse des brevets déposés, et non sur la simple comptabilité des dépôts. La puissance d’innovation n’est pas fonction de la seule quantité mais aussi de la portée et de la diffusion des brevets déposés. Ainsi, au regard du seul nombre de dépôts, la France n’atteignait « que » le 6ème rang mondial en 2014, et le 2ème rang européen selon l’Office Européen des Brevets.

Que de grands groupes industriels français soient cités dans ce palmarès ne surprendra pas : Arkema, Saint-Gobain, Thales, etc (1).

Plus inattendue peut-être est la présence, pour la 5ème année consécutive, de trois organismes publics de recherche française : le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), l’Institut Français du Pétrole – Energies Nouvelles (IFPEN) et le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). Ce classement récompense leur capacité à déposer des brevets, en terme de volume, de présence sur les marchés internationaux et d’influence auprès de leurs pairs.

C’est également un signe que les mots d’ordre « valorisation de la recherche » et « transfert de technologie » ont été intégrés par ces institutions.

Le nombre de brevets détenus est un des principaux critères employés par Thomson Reuters pour établir ce palmarès. Mais ce n’est pas le seul : l’étude prend en compte également leur qualité, mesurée à travers leur taux de succès (pourcentage de brevets acceptés comparé au volume déposé), leur portée internationale (dépôt auprès des offices américain, japonais, européen et chinois) et leur influence (nombre de fois où un brevet d’origine est cité par d’autres demandeurs). En outre, les entreprises doivent avoir développé au minimum cent inventions réelles au cours des cinq dernières années pour faire partie du classement.

Une analyse de l’INSEE souligne (cf. « Focus » n°26, avril 2015) qu’en France, « les sociétés innovantes présentes à l’international développent plus souvent un partenariat avec la recherche publique, en particulier celles qui ont innové dans un produit nouveau sur le marché mondial ».

Dans un autre classement, celui des universités les plus innovantes, la France domine l’Europe. Huit établissements français figurent dans le « Top 100 des Universités » les plus innovantes au monde établi par Reuters. C’est le pays le plus représenté en Europe (2).

Le lien entre recherche publique, entreprises, universités et innovation paraît se consolider en France, au service de la création de valeur (3), de la compétitivité et de la croissance.

 

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice


(1) Les 10 sociétés françaises les plus innovantes :
– Alcatel Lucent / Télécommunications et équipements
– Alstom / Electricité, transport
– Arkéma / Chimie
– CNRS / Recherche scientifique
– CEA / Recherche scientifique
– IFP Energies Nouvelles / Recherche scientifique
– Safran / Matériel de transport
– Saint Gobain / Industrie
– Thales / Defense, Securité, Transport
– Valéo / Automobile

(2) Alors que les écoles et universités françaises perdent du terrain année après année dans de nombreux palmarès, celui de Reuters, paru ce mercredi, donne au contraire la part belle à la France. Parmi les 100 universités les plus innovantes au monde, huit sont françaises, ce qui fait de la France le pays européen le plus représenté dans le classement devant l’Allemagne (7 universités), la Grande-Bretagne (5), la Suisse (3) ou la Belgique (3).
Par «innovantes», Reuters désigne les établissements universitaires qui œuvrent au maximum pour «faire avancer les sciences, inventer de nouvelles technologies et aider à conduire l’économie mondiale». «Contrairement à d’autres classements qui s’appuient entièrement ou en partie sur des données subjectives, Reuters prend en compte des données empiriques comme le nombre de dépôts de brevets ou de publications scientifiques», précisent les auteurs du palmarès.
Le classement donne toujours la part belle aux États-Unis: en tout, une université sur deux est américaine! Elles occupent huit des dix premières places: Stanford (1er), Massachusetts (2ème) Institute of Technology (MIT, 3 ème), Harvard (4 ème), Texas System, Washington System (5 ème), Michigan System (7 ème), Pennsylvanie (8 ème) et Northwestern University (10 ème). Seuls deux établissements d’autres pays occupent le top 10: Korea Advanced Institute of Science & Technology (KAIST) en Corée du Sud (6 ème) et KU Leuven en Belgique (9 ème).
Huit universités françaises figurent dans la deuxième édition de ce classement. Elles l’étaient déjà dans l’édition 2015, mais à des places différentes.

(3) Le consensus actuel est que l’innovation est le moyen premier de créer de la valeur dans les entreprises. Par création de valeur, il faut entendre : la création d’activités économiques nouvelles ou innovantes capables de créer des revenus futurs et des emplois nouveaux. En revanche, le consensus commence seulement à s’établir sur le fait que l’innovation n’est pas seulement technique. Autrement dit, la création d’activités économiques nouvelles ou innovantes ne passe plus seulement par des savoir-faire techniques et des brevets.
En effet, dans une économie très ouverte, où notamment Internet transforme la logistique de l’offre, l’innovation se détermine à tous les stades des chaines de valeur. L’innovation provient de la capacité de créer et de mettre en valeur tous les actifs immatériels donnant un avantage concurrentiel ; la notion d’actifs immatériels s’impose, car ce sont les actifs, bien avant les actifs corporels, les plus créateurs de valeur. Le ratio de la valeur boursière sur les fonds propres le confirme, qui révèle l’existence d’actifs immatériels.
Si le brevet est un droit de propriété intellectuelle qui confère à son propriétaire un avantage distinctif notoire, encore faut-il que ce brevet soit en mesure d’être transformé en une offre adaptée au marché afin de devenir un avantage concurrentiel. L’innovation provient donc avant tout de la capacité de l’entreprise innovante de transformer le métier ou la chaîne de valeur sur lequel elle opère, grâce à des actifs permettant de générer des avantages économiques futurs (et des cash-flows futurs).

(*)PhilippePasseron-www.industrie-techno-18112015-10:03
   
(**)FannySaada –LeFigaroMagazine-05022016

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