UN ECHEC PROGRAMME…

Croissance zéro, chômage en hausse, déficits qui dérapent, défiance absolue…

Michel Sapin, ministre des Finances, reconnaît que le gouvernement ne pourra pas tenir ses engagements et que le déficit cette année sera de 4,4% du PIB, loin de la norme des 3%. 2014 sera donc pire que 2013.

Le niveau des prélèvements obligatoires dépassera en 2014 les 46% du PIB, alors qu’il était de 45% en 2012. Avec un taux des dépenses publiques qui représente plus de 57% cette année. 2014 sera donc encore une année noire.

Et la dette publique atteindra probablement les 95% du PIB à la fin de cette année. La France semble s’installer durablement dans la crise.

Alors, qu’en est-il des cinq grandes réformes du gouvernement Valls 2 ?

La première, le pacte de responsabilité ne traite aucunement des problèmes de compétitivité ni de relance de l’économie. Ni de manière précise avec des objectifs à réaliser, ni de manière globale avec une véritable vision à long terme. Elle se contente de bonnes intentions et d’aides diverses et non ciblées. A aucun moment, il n’est question d’innovation, de nouvelles filières, de nouveaux marchés. A aucun moment, il n’est question de TVA sociale qui pourrait relancer nos exportations, et réduire nos déficits tout en transférant une partie des charges sociales des entreprises.

La seconde réforme, celle du marché du travail, ne va concerner que le travail dominical. Aucun projet de modernisation du marché du travail et aucune dérogation aux 35 heures, contrairement à ce que préconisait Emmanuel Macron, la veille de devenir ministre. Cette réforme est donc un leurre, tout comme la troisième, la remise en cause des professions réglementées qui ne présente aucun intérêt économique immédiat, voire même serait contre-productive. Même si certaines rémunérations et commissions peuvent poser problème, la mise en concurrence de ces professions, et donc leur déréglementation, entraînerait une désorganisation totale de nos systèmes de santé et notariaux, entre autre. Que ce soit pour la seconde ou la troisième réforme, seule une vision de long terme, et donc une nouvelle gouvernance, serait à même de les faire aboutir. Ce qui est loin d’être avec le gouvernement actuel.

Quant à la quatrième réforme, la politique du logement, si l’abandon programmé de la loi Alur est une bonne chose, rien n’est véritablement prévu en matière de régulation du foncier, à l’exception de quelques mesurettes fiscales, ni pour favoriser le retour des investisseurs que la loi Duflot a fait fuir, amputant au passage l’Etat de 5 milliards d’euros de recettes. Et la chute continue du marché de l’immobilier, donc du BTP, grossit chaque jour un peu plus le bataillon des chômeurs.

Enfin, je ne reviendrai pas sur la cinquième réforme, la réforme territoriale, dont j’ai souvent parlé ici (notamment Newsletter n° 24 du 19.05.14). Elle concernerait quelques 90 000 agents régionaux de France, qui sont des techniciens et qui subsisteront avec ou sans fusion. Donc pas, ou très peu, d’économie. De plus, le non-remplacement de un agent sur deux partant à la retraite ne se ferait qu’entre 2015 et 2020, n’entraînant au maximum qu’un milliard d’euros d’économie sur ces cinq années. On est loin du compte. Non, la véritable réforme pour rechercher des économies serait une remise en cause totale de l’organisation des politiques publiques. Ce serait là un vaste chantier, mais un véritable projet de réforme. Comme devait l’être le grand projet de réforme fiscale, vite passé aux oubliettes.

Au total, incantations et leurres sont les deux caractéristiques des projets de réformes de Valls 2.

Et les réformes qui intéressent les français, et pour lesquelles ils sont favorables à plus de 70%, sont totalement absentes du projet gouvernemental : maîtrise réelle de la dette, déblocage de nouvelles filières, remise en cause totale de la fiscalité, chantiers de l’éducation, de la santé et du logement, de la transition énergétique et écologique, tout cela dans une vision de long terme, avec une implication de la nation. Avec aussi un projet européen qui crée les conditions de la croissance, et donc une Europe qui mette en place un vaste programme à la fois de mutualisation des dettes et de grands travaux. En menant, concomitamment, une politique de la demande et de l’offre.

Faute de quoi, l’économie française ne s’en sortira pas.



Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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