TOUT VA TRES BIEN, MADAME LA MARQUISE

A l’Elysée comme à Matignon, les ajustements politiques, tout comme les reniements économiques, sont permanents. De souplesse en indécision, d’effets d’annonces en contrordres, tout ce fait à hue et à dia. Et les nuages s’amoncellent sur la France.

Aucune analyse ne vient présenter une véritable vision pour la France. Aucune proposition ne s’inscrit dans un réel plan stratégique d’avenir. Aucune action n’est réalisée dans un engagement durable, fort et crédible.

 

Lorsque le gouvernement annonce qu’une économie de 50 milliards d’euros sur les dépenses publiques va permettre de résorber le déficit d’ici 2017, car la croissance sera au rendez-vous, et qu’il table sur un taux de 1,7% en 2015, puis de 2% par an ensuite, il se trompe, doublement.

Un effort de 50 milliards est très largement insuffisant, car il ne permet qu’une stagnation de la dépense, non sa réduction. Et on vient d’enregistrer pour notre croissance un taux de 0,3%, quand potentiellement notre économie ne pourrait demain espérer une croissance supérieure à 1%, probablement de l’ordre de 0,7 à 0,8%.

On est donc loin d’un déficit zéro pour 2017. A ce rythme là, tout au plus, pourrions-nous l’atteindre en 2020…

 

Ce manque de vision, ces erreurs stratégiques amplifieront la dégradation de notre situation. Car les agents économiques, anticipant les difficultés à venir, vont naturellement procéder à des diminutions de consommation et des augmentations d’épargnes sécurisées. Ce qui aura pour effet à la fois de freiner encore plus la croissance et de démotiver les investissements.

Une telle situation plongerait alors la France dans les mêmes méandres que jadis, et encore aujourd’hui, la Grèce.

A ce moment là, un autre risque pourrait guetter le pays, celui de la déflation. Nous n’en sommes déjà pas loin aujourd’hui, avec une inflation à 0,7%, le plus bas taux depuis de nombreuses années.

Car, si je ne suis pas un partisan de l’inflation, et des politiques monétaires qui vont avec, je redoute la désinflation. Cette trop forte baisse des prix qui annihile l’activité économique, parce que le consommateur diffère ses achats, en espérant de nouvelles baisses. Et qui, ce faisant, entraîne les faillites d’entreprises et donc l’augmentation du chômage, la diminution de la demande, et de nouvelles faillites.

 

Alors, foin des arabesques hollandaises !

Comme je l’écrivais dans ma lettre du 3 février dernier, il est urgent de « faire le choix de filières spécifiques et du financement des innovations qui les accompagnent. C’est à ce prix que nous retrouverons le chemin de la croissance et du plein emploi. »

Et pour cela, que notre Banque Centrale Européenne, à l’instar de son homologue américaine pour le dollar, injecte de l’euro dans notre économie, pour que nous ayons, enfin, une véritable croissance européenne.
Si nous ne le faisons pas, c’est toute l’Europe qui court à sa perte.

Mais à part ça, Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien !

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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