REINVENTER LES REGLES DE NOTRE ECONOMIE DE MARCHE…(5)

PISTES DE REFLEXION (2)

A ce stade de mon propos, dans la continuité de mes précédentes Newsletters et avant d’aller plus avant, je continue à faire un rapide point sur certaines analyses actuelles, comme autant de pistes à explorer…
L’économiste Patrick ARTUS et la journaliste Marie-Paule VIRARD, dans « Croissance zéro. Comment éviter le chaos ? » considèrent qu’un minimum de croissance est nécessaire au développement de nos économies, et qu’il faut un meilleur partage entre les revenus du capital et ceux du travail.
L’économiste James K. Galbraith dans son ouvrage « La Grande Crise – Comment en sortir autrement », aux Editions du Seuil (307 pages, 22 €) considère lui que les vieux remèdes ne fonctionnent plus. Que la crise est plus profonde qu’aucune autre avant, et que c’est à un nouveau modèle de croissance faible, et surtout durable, qu’il nous faut faire face.
Le fils de l’idole keynésienne John K. Galbraith (1908-2006) met en cause aussi bien les systèmes financiers que les plans d’austérité.
Pour lui « le secteur financier privé a cessé de servir de moteur à la croissance. Le modèle d’activité propulsé par la finance spéculative a duré trente ans, du milieu des années 1970 au milieu des années 2000. Depuis, le capital-risque soutenu par les banques nous a donné le boom des technologies de l’information et le crédit hypothécaire aux ménages nous a donné un pseudo-boom dans l’immobilier. Tout cela a pris fin en 2007 ».
De plus, ce professeur de l’Université de Texas estime que « le boom de la création d’emplois technologiques de haut niveau a pris fin. Et que les nouvelles technologies ont tendance à réduire le champ de l’activité économique. Elles ont sur l’emploi l’effet inverse des technologies de l’automobile et de la maison à l’âge de la machine. Par conséquent, les opportunités économiques, de créer de nouvelles entreprises par exemple, se réduisent parallèlement aux pertes d’emplois ».
Nos économies sont donc plongées dans un modèle de croissance faible, par trop faible et parfois quasiment nulle.

Et si ce modèle est durable, alors il nous faut repenser l’économie. « D’abord, il faut en finir avec les conditions de restructuration économique complètement inefficaces, les privatisations et les dérégulations: une politique idéologique au service des intérêts privés, qui n’a rien à voir avec l’amélioration de l’emploi. Deuxièmement, il faut revoir les conditions de la restructuration de la dette. Enfin, il existe des possibilités de changer la politique européenne et de favoriser une relance des économies dans les pays du sud ».
Repenser l’économie quitte à proposer ce que tous les gouvernements actuels rejettent. Car pour James Galbraith, tous les gouvernements ont aggravé la crise en optant pour une baisse des coûts salariaux et des dépenses publiques. Et ceux qui espéraient une relance par la demande se trompent aussi. Ainsi, s’il faut rejeter les politiques d’austérité, on ne peut pas compter sur le retour d’une croissance soutenue.
Repenser l’économie pour James Galbraith, c’est assurer une activité et un revenu pour tous et donc, notamment, relever le salaire minimum, renforcer la protection sociale, réduire ou remplacer la finance privée par un service public bancaire, etc. Bref, promouvoir tout ce que dénigrent nos gouvernements.
Mais, ces propositions sont-elles pertinentes ?
L’absence de croissance est-elle viable ?
Pour James Galbraith, « Il est vrai qu’un monde sans croissance ne peut pas survivre sur le long terme. Mais l’autre danger, c’est de se faire des illusions sur la possibilité de retrouver une croissance rapide et forte. La situation a changé depuis le début des années 2000. S’il est vrai que l’Europe connait la crise depuis les années 1970, les Etats-Unis avaient jusqu’alors connu une croissance continue. Que faire aujourd’hui ? La religion de la croissance, née dans la pensée économique de l’après-guerre, n’est plus tenable. Si on se met à détruire les institutions sociales sur l’autel de la croissance forte, les problèmes vont se creuser. Sans cette croissance forte, il faut fortifier les protections sociales, éducation, santé, soin aux personnes âgées ».
Changeons donc de paradigme économique, propose James Galbraith, afin de mettre en œuvre un modèle de croissance lente, fondé sur des unités économiques plus décentralisées, des taux de rendement relativement faibles, et une défense de la justice et de l’égalité pour tous, plutôt que des profits à court terme.
Pour sortir de cette Grande Crise, lisons Galbraith, mais posons nous aussi la question des conditions d’une ʺprospérité sans croissanceʺ. C’est ce sujet que nous aborderons dans la prochaine Newsletter.
(à suivre)

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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