REINVENTER LES REGLES DE NOTRE ECONOMIE DE MARCHE…(4)

PISTES DE REFLEXION (1)

A ce stade de mon propos, dans la continuité de mes précédentes Newsletters et avant d’aller plus avant, je voudrais faire un rapide point sur certaines analyses actuelles, comme autant de pistes à explorer…
Dans tous les pays d’Europe le spectre de la déflation est là et inquiète tous les dirigeants et autres experts économiques. Et lorsqu’il semble s’éloigner, c’est la stagnation générale qui s’installe. Malgré quelques signes positifs, la production de richesse est en panne.
En France la croissance n’est plus totalement nulle, mais elle est largement insuffisante, la consommation retrouve quelques faibles couleurs, mais l’industrie ne redémarre vraiment pas, comme les exportations, les prix baissent mais les salaires aussi et le chômage lui reste à un niveau très élevé. Une dramatique spirale négative est en train d’apparaître.
C’est pour ces raisons que j’indiquais dans mes précédentes Newsletters qu’un libéralisme dérégulé, n’était pas seulement un leurre mais qu’il était pervers pour notre économie. Ou comme l’indiquait Joseph STIGLITZ, Prix Nobel d’Economie, dans sa critique de l’ultra-libéralisme : « Souvent les règlementations sont des garde-fous importants. La dérèglementation aux Etats-Unis a provoqué plus d’instabilité et plus d’inégalité ».
Avec une croissance nulle, ou même autour de 1%, nos économies occidentales ne risquent-elles pas de plonger dans le chaos (1) ? Comment faire face à cette atonie généralisée ? A cette baisse de nos niveaux de vie et au creusement des inégalités qui l’accompagne ? Quelles décisions prendre pour éviter une explosion sociale ?
C’est le sujet que traitent l’économiste Patrick ARTUS et la journaliste Marie-Paule VIRARD, dans leur ouvrage « Croissance zéro. Comment éviter le chaos ? » (Editions Fayard, 184 pages, 16€).
ARTUS et VIRARD considèrent qu’un minimum de croissance est nécessaire au développement de nos économies, et qu’il faut un meilleur partage entre les revenus du capital et ceux du travail. Ainsi qu’un équilibre entre actifs et retraités, entre prêteurs et emprunteurs, seule thérapie pour retrouver des marges de manœuvre, avec, par exemple un recul immédiat de l’âge de la retraite, une baisse du smic ou la création d’un contrat unique de travail.
Mais surtout en analysant ce qu’ils appellent le PGF, Productivité Globale des Facteurs, c’est-à-dire la partie de production qui n’est expliquée ni par la croissance de l’emploi, ni par celle du stock de capital productif. Cette « capacité d’un pays à créer des richesses autrement qu’en accumulant des facteurs de production, capital et travail, mais en les combinant de la manière la plus efficace possible ».
Les auteurs proposent dix mesures-chocs pour développer cette nouvelle croissance.
Deux exemples.
En France, le secteur des services s’est beaucoup trop développé, quand l’industrie s’est sous-développée. « Lorsque la part des services progresse irrésistiblement et que celle de l’industrie manufacturière devient insuffisante pour tirer les gains de productivité de l’ensemble de l’économie, la croissance potentielle en prend un coup ».
Les salariés français sont insuffisamment formés. « Le scandale est évidemment qu’en France, le système scolaire ait fabriqué 7% d’illettrés âgés de 18 à 65 ans, soit 2,5 millions de personnes en métropole. Et continue à en fabriquer ».

Ainsi, selon les auteurs, si des mesures ne sont pas prises pour faire face à l’insuffisance de développement de la PGF, la croissance potentielle pour la décennie à venir ne devrait pas dépasser en moyenne les 0,3% par an en Zone Euro, avec une moyenne de 0,5% pour la France.

La lecture de cet ouvrage est intéressante pour l’analyse décapante des maux de notre économie de marché. Mais on peut s’interroger s’il n’existe pas d’autre(s) modèle(s) de développement possible(s), d’autres pistes à suivre. C’est ce que nous évoquerons la semaine prochaine.

(à suivre)

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

(1)Il faut 1 point de croissance en plus, donc passer de 1 à 2%, pour avoir 10 milliards d’euros de recettes supplémentaires pour l’Etat. Sachant que la France plafonne à 1,5% de croissance pour 2,2% en zone euro…

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