REINVENTER LES REGLES DE NOTRE ECONOMIE DE MARCHE…(2)

LA REMISE EN CAUSE

L’économie d’un pays n’est rien d’autre que l’organisation de ce pays aboutissant à la production de biens économiques, et plus les ressources productives d’un pays sont importantes, plus sa richesse potentielle est élevée.
Ces ressources vont du territoire dont dispose le pays, l’importance de sa population, des biens qu’il s’est créé dans l’histoire (usines, outillages, inventions) que l’on nomme son capital technique, de ses ressources financières, de sa position sur l’échiquier international, jusqu’à ses capacités intellectuelles et autre esprit d’entreprise.
Sans rentrer dans le détail, notamment des problèmes de rareté, des choix sont alors opérés pour optimiser l’utilisation de ces ressources, utiliser complètement le potentiel de production et accroître son potentiel productif, que ce soit par les ressources en travail, en capital et en progrès technique.
Pour ce faire, dans nos sociétés occidentales, rapidement fut mis en place le système dit de l’économie de marché, ou économie de libre entreprise, par opposition à d’autres systèmes, comme par exemple celui de l’économie planifiée.
Dans ce dernier système l’Etat organise l’ensemble de l’activité économique, alors que celui pratiqué dans les pays capitalistes laisse aux dirigeants des entreprises une grande autonomie de décision, puisque l’appropriation des biens de production est privée.
Pour faire simple, dans notre système d’économie capitaliste, les décisions sont prises à partir d’une part de l’offre et de la demande et d’autre part des prix et des marchés.
Un marché est un réseau complexe de propositions, de réactions et d’interdépendances. Ainsi, par exemple, toute hausse du prix d’un bien poussera à l’augmentation de la production et des ventes de ce bien, toute baisse découragera la production et l’offre. Alors que la demande totale de chaque produit augmente quand le prix baisse et diminue quand le prix monte.
Bien entendu, pour qu’un tel système ne sombre pas dans le chaos, des mécanismes régulateurs sont mis en place, et l’intervention de l’Etat est plus ou moins importante selon les pays. En France, où l’Etat a toujours eu une part privilégiée, on parle souvent d’économie mixte…
Sans aller plus loin dans l’explication, et sans remonter dans l’histoire économique de notre pays, les dysfonctionnements qui apparaissent aujourd’hui sont tels qu’on ne peut plus simplement dire qu’il s’agit d’une crise. Il nous faut parler de mutation profonde.

Parce que non seulement la France se désindustrialise, mais le monde entier également. C’est-à-dire que les appareils de production ont évolué de manière telle que les entreprises sont confrontées à de nouvelles technologies : une nouvelle ressource apparaît, celle de l’intelligence, l’intelligence humaine mais aussi l’intelligence artificielle. Et cela bouleverse tous nos schémas, tous nos circuits économiques.
Hier, une production de masse réalisée en optimisant le travail, aussi bien celui des ouvriers que celui des employés, assurait des revenus sans cesse croissant et donc une consommation de masse. Ce qui permettait d’avoir un quasi plein emploi et un total financement de l’Etat et de ses interventions, notamment le financement de la protection sociale.

Aujourd’hui, nous continuons à fonctionner avec notre circuit économique traditionnel, alors que cette désindustrialisation fait peser sur l’Etat, et donc sur les classes devenues moyennes, tous les coûts de notre modèle, sans aune contrepartie de croissance.
L’Etat s’en retrouve encore plus affaibli et n’arrive plus à jouer son rôle aussi bien de redistributeur que d’investisseur.
Et notre économie de marché s’adapte à un marché qui se fait en dehors de tous nos circuits traditionnels. Et donc en dehors de nous.
Voilà pourquoi une remise en cause est nécessaire.
Il est urgent d’y réfléchir…

(à suivre)

Richard POGLIANO
Président du Cercle de Nice

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