REINVENTER LES REGLES DE NOTRE ECONOMIE DE MARCHE (6)

PISTES DE REFLEXION (3)

A ce stade de mon propos, dans la continuité de mes précédentes Newsletters et avant d’aller plus avant, je continue à faire un rapide point sur certaines analyses actuelles, comme autant de pistes à explorer…

Dans son ouvrage « Prospérité sans croissance » (*), l’’économiste Tim Jackson montre qu’il n’est pas possible de parvenir à un niveau de croissance sans répercussions négatives d’abord, et bien entendu, sur nos dépenses publiques, et surtout sur l’environnement qui est, pour lui, l’aspect essentiel.

Tim Jackson s’oppose au discours dominant qui consiste à dire qu’on peut retrouver une croissance soutenue tout en réduisant son impact environnemental, en améliorant l’efficacité des ressources utilisées, en baissant nos émissions à effet de serre.
Pour lui, même si « nous avons effectivement diminué la quantité de ressources utilisées par unité produite, au total nous en utilisons toujours plus pour faire croître la production ».

Nous avons construit une société dans laquelle la consommation et les biens matériels sont l’expression de nos existences et le déterminant de nos liens sociaux et de nos milieux d’appartenance. Ce ne sont ni les améliorations technologiques, ni les plans de développement énergétique qui vont changer cela. L’heure est à la réflexion sur nos comportements individuels et collectifs.

Pourtant la crise financière a entraîné des remises en question. Elle a permis aux citoyens de prendre conscience qu’un endettement non-maîtrisé pouvait les conduire à de graves difficultés, voire des catastrophes. Et qu’il était donc devenu nécessaire d’épargner plus et de favoriser le nécessaire, plutôt que le superflu. Or ce qui individuellement est une avancée comportementale, économiquement nous conduit à la récession. Pour Tim Jackson « lorsque le consommateur épargne en période de récession, cela ne fait que renforcer la récession. Il existe une rupture entre les besoins de l’économie de croissance et les réponses des gens ». Et la récession augmente les difficultés, celles liées à l’emploi, au pouvoir d’achat, à l’endettement, etc.

Alors si la décroissance est tout aussi insoutenable que la croissance, comment s’en sortir ?

Les études de Tim Jackson le conduisent à définir une « macroéconomie écologique » qui repose essentiellement sur trois axes.
1. Redéfinir les conceptions de la production.
« L’entreprise ne peut plus se contenter de produire pour le profit. Elle doit fournir des services qui nous donnent la capacité de bien vivre, donc d’assurer la santé, l’éducation, l’alimentation, les services sociaux, les loisirs, la rénovation et la maintenance des bâtiments, la protection du patrimoine, etc. Cette économie de service est une formidable opportunité pour créer de l’emploi ».
2. Redonner à l’investissement son sens longtermiste.
« L’investissement est un lien entre le présent et l’avenir. Il doit être orienté de façon à créer les conditions de la prospérité future, vers la santé, l’éducation, etc. ».
3. Réutiliser le pouvoir monétaire.
« Il faut reprendre le pouvoir de création monétaire qui a totalement été abandonné au système bancaire privé. Il y a un pouvoir souverain sur la monnaie qui doit être mis au service des investissements socialement nécessaires ».

Est-ce le projet d’une société post-croissance qui se dessine ? Mais quel sens lui donner ? Un projet de type politique ? Ou d’économie politique ? Un projet qui tourne le dos au dogme de la croissance, mais qui assure l’avenir de nos sociétés d’économie de marché ? Ce sont ces sujets que nous aborderons dans la prochaine Newsletter.

(à suivre)

Richard POGLIANO Président du Cercle de Nice

(*) Tim JACKSON in Alternatives Economiques – M05430 97H

 

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