REGARDS EN COIN (91)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. Alain Juppé et Macron
2. Chômage à la hausse ?
3. Les fuites du ministère
4. Taxes et protectionnisme
5. Donner du sens au baccalauréat
6. Contrat du siècle pour Airbus
7. La toile la plus chère du monde
8. A lire… « Pensées de Marc Aurèle »

1.► Alain Juppé et Macron
Alain Juppé se mettrait-il « en marche » ? Le maire de Bordeaux souscrit complètement au discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe, rapporte le quotidien Sud Ouest. Au point de ne pas voir « d’incompatibilité » avec le Président pour constituer un « grand mouvement central » en vue des élections européennes de 2019.
Dans le train le menant à Paris ce vendredi, Alain Juppé s’est plongé dans le discours sur l’Europe qu’Emmanuel Macron a prononcé à la Sorbonne début octobre, raconte le quotidien régional. Et l’ancien Premier ministre n’a pas tari d’éloges au sujet du chef de l’État.
Il y a « peu de choses à redire », a-t-il confié aux journalistes qui l’accompagnaient. « J’ai bien aimé l’expression « bien commun » utilisée par Emmanuel Macron pour parler des valeurs européennes. Je l’avais d’ailleurs utilisée pendant ma campagne », a confié l’ancien candidat à la primaire de droite.
Alain Juppé s’est donc montré ouvert à une alliance électorale pour les Européennes qui auront lieu dans deux ans, scrutin sur lequel il table « pour approfondir la recomposition du paysage politique », d’après Sud Ouest. « La question est de savoir qui en prendra le leadership. Mais si Macron reste dans la ligne de son discours à la Sorbonne, je ne vois pas d’incompatibilité », a-t-il précisé.

2.► Chômage à la hausse ?
Nouvelle hausse du chômage au troisième trimestre.
Le taux de chômage a augmenté de 0,2 point entre juillet et septembre pour s’établir à 9,4 % de la population active en métropole et à 9,7 % en Outre-mer, selon des chiffres provisoires de l’Insee publiés ce jeudi.
Sur un an, le taux, mesuré l’Institut national de la statistique selon les normes du Bureau international du travail (BIT), est en recul de 0,3 point.
Sur le troisième trimestre, l’Insee a comptabilisé, en moyenne, 2,71 millions de chômeurs et 2,88 millions en France entière.

3.► Les fuites du ministère
La ministre de la Culture ne veut pas fermer les yeux sur ces fuites qui pourraient faire l’effet d’une bombe dans le service public. Françoise Nyssen a annoncé lundi soir qu’elle voulait porter plainte contre X après que des documents « internes », « non validés », contenant des « pistes de travail » sur la réforme de l’audiovisuel public ont été publiés dans un article du Monde.
Sur son site, le quotidien dit avoir eu accès à un document du ministère qui aurait dans l’idée « de regrouper France Télévisions, Radio France et les autres sociétés du secteur » au sein d’une holding. La suppression de France Ô et la limitation à une diffusion numérique de France 4 et de la radio Mouv'(ex-Le Mouv) seraient aussi envisagées, de même qu’un rapprochement des réseaux de France 3 et de France Bleu parallèlement à une « fermeture » des bureaux régionaux de France 2. Le cas échéant, des suppressions de postes ne seraient pas exclues, souligne l’article. Il ne faut pas dix secondes pour dire que ces pistes sont de la dynamite.
Ces documents « n’avaient pas vocation à être rendus publics », a déclaré Françoise Nyssen dans un communiqué tout en exprimant sa « stupéfaction ». Son ministère a précisé que les hypothèses évoquées par Le Monde « ne sont pas validées par la ministre ».
Le gouvernement a lancé une consultation sur l’avenir de l’audiovisuel public et les patrons des grands groupes concernés ont été invités à présenter des pistes de réforme. Ils doivent rendre leur copie ce mercredi.

4.► Taxes et protectionnisme
« C’est le grand retour de la taxe aux frontières », s’alarme un fiscaliste français. Nancy McLernon, présidente de l’Organisation pour l’investissement international, déclare « Nous allons vers une guerre fiscale », nous disent Les Échos du 6 novembre.
« Le projet de taxe américaine qui inquiète les entreprises françaises. » Initié par les élus de la Chambre des représentants, il introduit une taxe de 20 % sur les biens et services produits à l’étranger. Il a ravi les fédérations patronales, qui voient parallèlement leur impôt sur les sociétés passer de 35 à 20 %. Ce que Macron aurait dû faire, s’il n’était pas socialiste.
En moyenne, en Europe, le taux d’impôt sur les sociétés, entre 2010 et 2016, est passé de 32 % à 23 %. La palme revient à la Bulgarie (10 %), suivie de l’Irlande, qui a son taux à 12,5 %. L’Allemagne, qui avait en 2000 le taux le plus élevé d’Europe, l’a d’abord descendu à 25 % en 2012, pour l’amener aujourd’hui à 15 %. Le gouvernement de Theresa May menace de faire tomber son impôt sur les sociétés à 10 %. La France garde le record d’Europe avec 34,4 %.
Le projet américain comportait initialement une « Border Adjustment Tax » qui, finalement, fut enterrée cet été. Il prévoit un « droit d’accise » de 20 % qui s’appliquerait sur les paiements de biens, de services et même de redevance entre différentes entités d’un groupe aux États-Unis. « Les entreprises françaises sont très inquiètes », comme le souligne à juste titre l’Association française des entreprises privées (AFEP).
Il ne s’agit pas de taxer toutes les importations mais seulement les flux entre différentes entités d’un même groupe présent aux États-Unis. Ce texte s’appliquera aux entreprises étrangères et américaines. Objectif : dissuader de fabriquer en dehors des États-Unis : « Aucun ne peut se permettre de supporter une taxe de 20 % face à des concurrents américains qui ne seront pas taxés. Le risque, c’est que certaines activités soient déplacées aux États-Unis. »
Les entreprises américaines seront aussi taxées : les constructeurs américains qui produisent des automobiles au Mexique ou les groupes de prêt-à-porter installés en Chine. La mesure entend ainsi décourager les entreprises de déplacer leur production en dehors des États-Unis.
Nancy McLernon craint « la réaction des autres pays. Nous sommes déjà au milieu d’une guerre fiscale […] Et le Trésor américain, sous Obama, a pris des mesures qui ont pénalisé les groupes étrangers […] Beaucoup de pays réfléchissent actuellement à des mesures ciblant les groupes étrangers pour protéger leurs champions ».

5.► Donner du sens au baccalauréat
Le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer annonce le démarrage des consultations qui doivent déboucher sur une réforme du baccalauréat, pour « redonner du sens » à cet examen, dans un entretien au Parisien publié lundi.
La consultation de « tous les acteurs de la communauté éducative » doit s’achever en février. « On se donne du temps », souligne le ministre. Le baccalauréat « doit reprendre plus de sens », explique Jean-Michel Blanquer qui estime qu’il faut « en finir avec le bachotage ».
« Notre fil directeur est surtout d’aboutir à quatre matières pour les épreuves finales du bac », avance le ministre qui reconnaît que « la disparition des filières L, S et ES est une option, mais parmi bien d’autres ». « Le bac doit à la fois certifier une qualité atteinte à la fin de l’enseignement secondaire, mais aussi aider à réussir par la suite », assure-t-il. « Qu’il soit un tremplin vers le supérieur pour les élèves. »
Pour l’enseignement supérieur, le conseil des ministres doit examiner d’ici la fin du mois le projet de loi sur les nouvelles modalités d’entrée à l’université qui doit supprimer le tirage au sort dans les filières les plus demandées à l’université et réduire l’échec en première année.
Concernant le temps périscolaire, le ministre annonce la création d’« un plan mercredi ». « A mes yeux, l’important est plutôt de faire en sorte que les enfants fassent quelque chose d’intelligent et d’utile sur le temps périscolaire. C’est pourquoi je prépare un plan mercredi, en lien avec les ministres de la Culture et des Sports, Françoise Nyssen et Laura Flessel. » « L’objectif est de venir en appui des collectivités pour que tous les mercredis de France soient riches en activités culturelles et sportives de qualité », précise-t-il.
Jean-Michel Blanquer indique également être « en train de préparer la création d’unités laïcité qui seront effectives avant la fin de l’année ».
« Il s’agit d’équipes spécialisées qui interviendront dans les établissements. Il y aura une dimension juridique, pédagogique, pratique et psychologique. Les professeurs ont parfois besoin d’un conseil, d’une expertise devant certaines situations. Il est primordial que la réponse apportée puisse être la même dans tous les établissements » explique le ministre pour qui « à chaque fois qu’il y a atteinte à la laïcité dans une école, un collège ou un lycée, le professeur concerné ne doit plus se retrouver seul ».
Enfin, Jean-Michel Blanquer veut que « l’autorité soit rétablie dans le système scolaire » et a « demandé à tous les chefs d’établissement d’organiser des conseils de discipline chaque fois que c’est nécessaire, car ce n’était pas systématiquement fait. »

6.► Contrat du siècle pour Airbus
L’avionneur européen vient d’annoncer depuis le salon aéronautique de Dubaï une gigantesque commande de 430 avions à quelque 49,5 milliards de dollars (près de 42 milliards d’euros). Elle porte sur des moyen-courriers de la famille A320-A321 destinés à la société d’investissement américaine Indigo Partners. Cette dernière loue des avions aux compagnies aériennes à bas coût. Elle a jeté son dévolu sur des A320neo, la version remotorisée et moins gourmande en carburant du best-seller d’Airbus.
Cette commande double a elle seule le nombre de ventes réalisées par l’avionneur depuis le début de l’année, au nombre de 288 avant le salon de Dubaï qui avait plutôt mal commencé. Elle lui permet de repasser symboliquement devant son rival américain Boeing.
Ce contrat historique pourrait aussi être le dernier coup d’éclat de John Leahy, le célèbre directeur commercial d’Airbus, sur le départ. Il a vendu plus de 15.000 avions.

7.► La toile la plus chère du monde
Le record de la toile la plus chère du monde vient d’être pulvérisé. Le coupable ? Un tableau du peintre italien Léonard de Vinci adjugé mercredi 450,3 millions de dollars lors d’enchères chez Christie’s à New York.
Au terme d’une séquence échevelée de dix-neuf minutes, Salvator Mundi (« Sauveur du monde »), dernier tableau du maître encore en possession d’un collectionneur privé, a laissé loin derrière Les Femmes d’Alger (version 0), de Pablo Picasso, vendu 179,4 millions de dollars en 2015.
Lors de la conférence de presse qui a suivi, les responsables de Christie’s ont refusé de donner toute information relative à l’acheteur ainsi qu’aux autres enchérisseurs, si ce n’est pour dire qu’ils venaient du monde entier.
La maison d’enchères avait estimé à 100 millions de dollars la valeur de cette toile de 65 cm sur 45 cm, vendue pour 45 livres britanniques seulement en 1958, bien avant qu’elle n’ait été reconnue comme un authentique « Leonardo », en 2005.
S’il est impossible de le déterminer avec certitude, il semble que Salvator Mundi soit devenu le tableau le plus cher de l’histoire toutes ventes confondues, y compris hors enchères. Deux tableaux, un De Kooning et un Gauguin, cédés dans le cadre de ventes privées en 2015 pour 300 millions de dollars chacun selon plusieurs médias américains, étaient jusqu’ici considérés comme les plus onéreux au monde.
La toile de Léonard de Vinci était jusqu’ici propriété du milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, oligarque exilé qui préside le club de football de l’AS Monaco. Il l’aurait acquis pour 127,5 millions de dollars auprès du marchand d’art suisse Yves Bouvier, qui l’avait lui-même acheté peu de temps avant pour 80 millions de dollars.
« C’était un grand moment pour Christie’s et, je crois, un grand moment pour le marché de l’art », a déclaré, à l’issue de la vente, le directeur général de la maison d’enchères, Guillaume Cerutti.

8.► A lire… « Pensées de Marc Aurèle »
« Introduction aux ʺPenséesʺ » de Marc Aurèle de Pierre Hadot (Edt. Livre de Poche, 566p., 8,60 €) constitue le meilleur point d’entrée dans la pensée de Marc Aurèle, car il s’appuie sur une mise en perspective très précise de l’école stoïcienne à laquelle Marc Aurèle est resté fidèle tout au long de sa vie.
On découvre de la sorte que la philosophie stoïcienne n’a pas vocation à s’appesantir dans la rédaction d’interminables traités, de même qu’elle n’exige pas de ses représentants qu’ils s’acharnent à inventer des concepts à chaque nouvelle génération.
Ce que l’on attend du stoïcien, c’est un exemple facile à suivre et à comprendre, une attitude cohérente qui engage aussi bien une relation privilégiée avec les hommes qu’un échange fondamental avec la nature tout entière.
Ce que nous enseigne le stoïcisme à cet égard, c’est que le sujet humain s’épanouit lorsqu’il se figure comme un moment essentiel et modeste dans la trame de tout ce qui arrive…

Richard POGLIANO

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