REGARDS EN COIN (90)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. 2019 : la sortie de la Grande-Bretagne…
2. Vive le gaz russe !
3. Krach Boursier
4. Vous avez dit « inclusive »
5. La Bible dans tous ses états
6. Des coffres-forts dans un jardin public
7. Miracle à l’Italienne
8. A lire… « Poésie chinoise de l’éveil »

1.► 2019 : la sortie de la Grande-Bretagne…
On connaît la date, et même l’heure exacte de la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE. Le gouvernement britannique a annoncé ce vendredi que le Brexit aurait lieu le 29 mars 2019 à 23h GMT, une précision qui fera l’objet d’un amendement au projet de loi de retrait de l’UE, en cours d’élaboration au parlement (*).
Selon le ministre en charge du Brexit, David Davis, certains députés s’inquiétaient que la date de mise en œuvre du Brexit ne soit pas inscrite dans la loi. « Nous avons écouté les membres du Parlement, et nous avons apporté ce changement pour éviter toute confusion », a précisé David Davis.
Après le vote des Britanniques en faveur du Brexit lors du référendum de juin 2016, la Première ministre Theresa May avait officiellement formalisé le 29 mars l’intention de son pays de quitter l’UE. Elle avait ainsi ouvert une période de tractations de deux ans avant le retrait officiel du Royaume-Uni. Lors de son discours de Florence, le 22 septembre, elle avait répété son intention de voir le Brexit se concrétiser le 29 mars 2019, une date qui n’est donc pas une surprise.
Plus surprenante est l’heure choisie par le gouvernement britannique : les dirigeants européens s’attendaient à ce que le Brexit survienne à minuit heure de Londres. Il surviendra finalement à minuit heure de Bruxelles, et donc une heure plus tôt au Royaume-Uni. L’amendement sera intégré au projet de loi de retrait de l’UE, qui doit faire l’objet d’un examen détaillé en commission à partir du mardi 14 novembre. Ce projet de loi gouvernemental, texte crucial dans le processus de sortie de l’Union européenne, est destiné à mettre fin à la suprématie du droit européen au Royaume-Uni.
(*)20Minutes-10112017

2.► Vive le gaz russe !
L’Europe a deux adversaires (*) : la Chine et les États-Unis. Ces derniers pratiquent, par exemple, un impérialisme économique inadmissible envers l’Europe en imposant des sanctions ahurissantes aux banques (BNP-Paribas) et aux sociétés européennes qui ne respectent pas les conditions imposées par les États-Unis, sous le seul prétexte que la monnaie utilisée dans les transactions commerciales, les investissements ou leurs financements est le dollar américain.
Ce droit de cuissage économique américain en Europe a failli se manifester encore de façon scandaleuse lorsque l’Amérique de Donald Trump a eu la prétention de faire sanctionner par le Congrès les entreprises européennes Engie, Shell, OMV, Uniper (groupe allemand E.ON) et Wintershall (groupe allemand BASF). Le prétexte évoqué était qu’en construisant le nouveau gazoduc Nord Stream 2 pour faire venir le gaz de Russie, l’Europe ne prendrait pas assez souci de son indépendance et de sa sécurité énergétique.
Nord Stream 2, détenu par le russe Gazprom et financé par les industriels européens, est un gazoduc qui longera le gazoduc Nord Stream 1 déjà existant entre la Russie et l’Allemagne en passant par la mer Baltique. Il augmentera, fin 2019, de 55 milliards de m3 (soit d’un tiers) la capacité d’exportation bienvenue du gaz russe en Europe.
En d’autres termes, les États-Unis, plus royalistes que le roi, voulaient pénaliser sous un prétexte hypocrite et fallacieux des entreprises européennes prêtes à s’approvisionner en Russie plutôt que de faire venir du gaz de schiste américain liquéfié (GNL) par bateaux méthaniers dans les ports européens. Isabelle Rocher, le directeur général d’Engie, a évoqué « une ingérence américaine assez spectaculaire et inacceptable ». De son côté, le 19 octobre 2017, Vladimir Poutine a pu déclarer : « Les récentes sanctions adoptées par le Congrès américain étaient ouvertement conçues pour pousser la Russie en dehors du marché européen et forcer l’Europe à se tourner vers du gaz naturel liquéfié des États-Unis, plus cher et en quantités insuffisantes ».
La vérité, c’est que le gaz russe constitue bien, au contraire, une source de diversification énergétique fiable et très bon marché pour l’Europe alors que ses autres sources d’approvisionnement (Norvège, Pays-Bas, Algérie) sont sur le déclin.
Le gaz de schiste GNL américain n’est pas fiable quant à ses quantités produites fluctuantes trop dépendantes du prix du pétrole. De plus, le coût économique du transport par méthanier et de sa regazéification dans les ports européens n’est pas compétitif avec le gazoduc russe Nord Stream 2. Il faudrait, par exemple, 700 navires méthaniers pour fournir autant de gaz à l’Europe que Nord Stream 1.
Dans cette affaire, la Pologne, prête à américaniser l’Europe, suite à sa haine et rivalité historique séculaire avec la Russie, a tout fait également pour faire capoter le projet Nord Stream 2. La Pologne a signé un contrat avec Donald Trump lors de sa visite à Varsovie, « trop content de signer dans le quart d’heure », pour construire un terminal de regazéification à Świnoujście, port de la Baltique. La Pologne souhaitait ramener à zéro en cinq ans les achats de gaz russe qui couvrent aujourd’hui les trois quarts de sa consommation.
Le bouquet, c’est que le principal exportateur américain de gaz de schiste GNL (la société Cheniere) préfère vendre son gaz de schiste liquéfié 25 % plus cher en Asie qu’en Europe, suite à la concurrence du gaz russe. La société renâcle et n’a toujours pas signé, à ce jour, de contrat à long terme avec la Pologne. Même la Lituanie a préféré acheter du gaz russe avec un rabais exceptionnel de 25 %.
L’Atlantique n’est pas une mare aux canards (« the pond »), comme le prétendent les Anglo-Saxons, mais un véritable océan à franchir, alors qu’on peut aller à pied de Brest à Vladivostok ! Le seul avenir face à tous les dangers, c’est la grande Europe avec ses matières premières en provenance de l’immense Sibérie et les exportations d’hommes, de savoir-faire, de produits industrialisés et de capitaux en provenance, comme disait Paul Valéry, de la péninsule du cap asiatique.
(*)BdVoltaire-MarcRousset-09112017

3.► Krach Boursier
La Bourse gagnée par l’ivresse des sommets. Wall Street n’est plus le seul à battre des records. En Europe, certains marchés sont aussi au plus haut historique », titrent Les Échos du 25 octobre (*).
Jamais les taux n’ont été aussi bas et jamais les banques centrales n’ont imprimé autant de monnaie avec leur Quantitative Easing (QE) déconnecté de toute activité économique. Rien d’étonnant à ce que les actions atteignent des sommets.
Trop de liquidités et ces liquidités s’investissent dans les marchés boursiers, l’immobilier ou les matières premières. Le CAC 40 est à 5.395 points quand il était à 2.500 en février 2009. Trente ans après le krach du 19 octobre 1987, où l’indice Dow Jones avait perdu 22,6 % en une journée. Pierrick Fay, dans son titre des Échos, dit bien : « En attendant le prochain krach… »
Mais cinq risques pèsent sur cette euphorie. Un risque qui ne s’est pas matérialisé : le choix du président de la Fed (Réserve fédérale américaine). Avec la nomination de John B. Taylor, cela aurait créé de l’incertitude. Taylor est l’inventeur de la fameuse règle de Taylor qui dit ce que doit être le taux d’intérêt optimal en fonction de l’inflation et du potentiel de croissance d’un État. Selon cette règle, les taux de la Fed devraient être de 3,5 %, contre 1,25 % aujourd’hui. Le président a choisi Jerome Powell, membre du board de la Fed depuis 2012, qui se situe dans la continuité.
Deuxième risque : le prix du pétrole. Loin de son minimum, début 2016, le prix du baril oscille entre 45 et 60 dollars depuis un an. Il a même franchit les 60 dollars le 3 novembre. La limitation de la production fonctionne : le baril a pris 29 % depuis juin 2016. Neil Dwane, chez Allianz GI, estime que le « risque d’offre sur l’or noir est sous-estimé […] beaucoup d’incertitudes au Moyen-Orient. » Il y a l’Irak et la constitution d’un État kurde.
Troisième risque : l’inflation aux États-Unis. Il y a la courbe de Phillips. Plus le taux de chômage reste bas, plus les salaires doivent augmenter. La hausse des salaires a été de 3,6 % en octobre. Ce qui pourrait pousser la Fed à augmenter ses taux. Si l’inflation s’emballait, cela fragiliserait la valeur des actions.
Quatrième risque: la solidité de l’Europe. Et la victoire de partis eurosceptiques en Autriche ou en République tchèque pourrait constituer un axe avec la Hongrie et la Pologne. L’Allemagne n’est plus un pôle de stabilité après les élections. « La coalition Jamaïque a du mal à se concrétiser et il risque d’y avoir un vide de pouvoir pendant quelques semaines », relève Wilfrid Galand pour la banque Oddo.
Et il y a le risque sur les taux. En 2018, la Fed réduira son bilan, la BCE achètera moins d’obligations et la Banque d’Angleterre remontera ses taux. La fin de l’argent gratuit qui a euphorisé les marchés pendant huit ans. On verra si on peut sortir du QE (Quantitative Easing) sans dommage. Ce qui est douteux.
(*)BdVoltaire-MylèneTrosczczynski-09112017

4.► Vous avez dit « inclusive »
314 enseignants, du primaire, du secondaire et du supérieur, ont signé un manifeste dans lequel ils disent avoir cessé – ou s’apprêter à le faire – d’enseigner cette règle de grammaire méprisable résumée par cette formule : « Le masculin l’emporte sur le féminin. »
On n’écrirait plus « les garçons et les filles sont gentils » mais « gentilles ». Bouleversement, cataclysme qui feraient de la grammaire un nouveau champ de bataille et désigneraient, dans la prétendue guerre des sexes, un autre vainqueur. Mon dieu, quelle fulgurante avancée et comme l’avenir serait radieux !
Frédéric Vitoux a démontré lumineusement que l’introduction de l’écriture inclusive serait une régression puisqu’elle communautariserait les deux sexes en supprimant le neutre (Figaro Vox).
On est tombé sur la tête et certains professeurs peuvent légitimement faire douter de leur bon sens quand celui-ci est aussi gravement obéré par une idéologie faussement progressiste qui mêle tout dans tout.
Qui mélange la dignité humaine et l’exigence d’égalité, dans leur traduction profonde, authentique, sociale et quotidienne, avec des principes d’écriture et de grammaire relevant d’un formalisme qui a fait ses preuves et n’a pas empêché de très grands écrivains féminins d’offrir à l’admiration de magnifiques livres qui témoignaient bien plus en faveur de l’égalité des sexes que la torture aberrante infligée à l’orthographe et aux accords conventionnellement admis.
A suivre…

5.► La Bible dans tous ses états
Il arrive quelquefois que les juridictions rendent de curieux arrêts : en témoignent ceux sur les gallinacés ou celui sur une personne qui a l’intelligence aussi étendue que, je cite, « la surface habitable de sa caravane »…
Une cour du Portugal a décidé de réduire la peine de deux hommes, amant et époux, qui ont séquestré et battu avec une batte à clous leur femme et maîtresse…
D’accord il n’y a pas eu meurtre, mais quand même, on ne séquestre pas les gens, et on évite de leur faire tâter de la batte à clous ! En outre, la complicité de l’amant éconduit et de l’époux bafoué travaillant de concert à cette œuvre grandiose apparente plus ce crime à une froide vengeance qu’à des désordres passionnels.
Mais le clou, si j’ose dire, de ce jugement, c’est la curieuse référence à la Bible, invoquée par le juge pour justifier le verdict : « Dans la Bible, nous pouvons lire que la femme adultère devait être punie par la mort. » Oui, c’est vrai… Mais, depuis, il y a eu un petit, léger détail qui a changé la donne : un homme, plutôt barbu, plutôt grand et plutôt du genre Sauveur des hommes a empêché de lapider la femme adultère… Mais peut-être Monsieur le Juge n’a-t-il pas encore lu le deuxième tome de ce gros ouvrage ?
Cette affligeante affaire fait au moins le bonheur des féministes, qui s’en donnent à cœur joie : « Évoquer la Bible constitue une atteinte à l’État de droit. » D’un coup, elles peuvent se faire un combo : patriarcat, justice, religion et tutti quanti ! Quelle veine !

6.► Des coffres-forts dans un jardin public
Vingt-sept coffres-forts provenant vraisemblablement d’une série de cambriolages ont été retrouvés jeudi dans les étangs d’un jardin public de Bruxelles, en plein quartier résidentiel huppé, a indiqué une source judiciaire (*).
Les coffres-forts ont été repêchés par la protection civile et saisis par la police fédérale, qui doit désormais analyser leur contenu éventuel et tenter de déterminer leur provenance. Leur mauvais état permet de déduire qu’ils ont séjourné dans l’eau « un certain temps », a précisé Ine Van Wymersch, porte-parole du parquet de Bruxelles.
« A ce stade aucun lien ne peut être établi entre la découverte de ces coffres-forts et des faits criminels », a souligné dans un communiqué le parquet de Bruxelles, expliquant que celle-ci était le fait d’ouvriers communaux chargés de l’entretien des jardins.
La découverte a eu lieu dans les étangs d’Ixelles, un espace arboré bien connu dans une zone résidentielle huppée de la capitale belge. Elle survient alors que les médias belges sont depuis fin octobre à l’affût de nouvelles révélations sur les tueries du Brabant, une série de braquages qui avait fait 28 morts dans les années 80, traumatisant la Belgique.
Il y a deux semaines, de nouvelles fouilles ont été effectuées dans un canal du centre du pays après la découverte d’armes et de munitions ayant possiblement appartenu aux tueurs. Il n’y a « aucune indication » laissant penser que la découverte des étangs d’Ixelles puisse être liée à cette affaire criminelle jamais résolue, selon une source judiciaire.
Les coffres-forts semblent plutôt provenir « de cambriolages dans des maisons, qui seraient le fait d’une bande organisée » ayant ensuite décidé de se débarrasser là d’un matériel encombrant.
(*)20Minutes-10112017

7.► Miracle à l’Italienne
La peau d’un enfant souffrant d’une maladie rare reconstituée à 80 %, une première mondiale (*).

Les médecins le jugeaient condamné, à la vue des dégâts provoqués par la maladie dont il était atteint depuis sa naissance. C’était compter sans Michele de Luca, un spécialiste de l’utilisation des cellules-souches dans la reconstruction de la peau et directeur du Centre de médecine régénérative de Modène (Italie).
L’expert et son équipe ont effectivement sauvé la vie de ce jeune patient âgé de 9 ans souffrant d’épidermolyse bulleuse jonctionnelle (EBJ), en reconstituant 80 % de son épiderme à partir de cellules-souches modifiées génétiquement.
Admis en juin 2015 et dans un état critique dans un hôpital pour enfants de l’université de la Ruhr (Allemagne), le garçon alors âgé de 7 ans souffrait de la formation de cloques entre l’épiderme et le derme, et d’une desquamation au moindre contact. Très rares, ces effets sont liés à la EBJ, soit des mutations des gènes Lama3, Lamb3 ou Lamc2. Plus de 40 % des malades meurent avant l’adolescence, et le jeune garçon était condamné.
Après que les médecins ont tenté sans succès un puissant traitement antibiotique, puis une greffe de peau venant du père, Michele de Luca et son équipe ont donc pris le relai. Des cellules de peau ont été prélevées sur une partie du corps du patient non abîmée. Ils y ont ensuite inséré une forme non mutée du gène LAMB3, qui permet l’adhérence de l’épiderme au derme, puis ont mis en culture in vitro ces cellules génétiquement modifiées.
Selon l’étude de ce cas extraordinaire publiée ce mois-ci dans la revue Nature, les experts ont ensuite greffé cette peau au jeune garçon lors de deux opérations, réalisée en octobre et novembre 2015, après avoir obtenu l’autorisation d’utiliser cette thérapie pour un « usage compassionnel » [donner un traitement encore expérimental à des patients pour lesquels aucune autre solution n’est disponible].
Plusieurs opérations ultérieures ont ensuite permis de recouvrir le reste de la surface du corps du jeune garçon. Au total, environ 80 % de sa peau a été remplacée. Ce traitement avait déjà été expérimenté sur deux patients par le passé, mais seulement sur une petite surface de peau.
Après huit mois de soins intensifs, le patient est sorti de l’hôpital et, deux ans après ses opérations, il va à l’école, peut jouer au football et n’a plus besoin d’antidouleurs.
(*)20Minutes – 09112017

8.► A lire… « Poésie chinoise de l’éveil »
La poésie est l’exercice de l’éveil.
C’est ce que montre cet ouvrage ʺ Poésie chinoise de l’éveil ʺ de Patrick Carré et Zéno Bianu (Edit. Poche, 276 p., 8,90 €).

On relèvera cet extrait de poème du maître de Chan appelé Siuan-Kiué de Yong-Kia (Xuanjue de Yongjia) :

« Le lion rugit la parole sans peur
Fracas des crânes de la création,
Honte panique de l’éléphant-roi.
Seuls les sages en savourent le silence » (page 239).

C’est toute une merveilleuse approche de la poésie des IIIe au IXe siècle et en particulier celle de l’époque de la dynastie Tang qui régnait de 618 à 907. Ce sont des temps où le bouddhisme brille de tous ses jeunes feux.

On commence par Tsouo Sseu (250-305) dans le cadre du premier chapitre intitulé « Ermites rêvés ». Les poètes sont proposés aussi dans le cadre d’autres chapitres qui ont successivement pour nom : La montagne-refuge, Ivresses magiques, Balades d’immortels, Éclats d’éveil. Tous les auteurs cités sont présentés soit assez longuement dans le corps du texte soit dans l’index dans les pages 261 à 263.
Ce livre présente donc de courts textes qui permettent d’accéder à une plongée dans un monde onirique porteur d’une sensibilité étourdissante. On sait que des poètes français dès le XVIIIe siècle comme Chénier et au siècle suivant tels Claudel, Segalen et Saint-John Perse ont été influencés par certains des poèmes que l’on trouve ici.
A lire, pour s’éveiller…

Richard POGLIANO

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