REGARDS EN COIN (89)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. Détacher le travail détaché
2. Catalogne : ailleurs en Europe ?
3. Italie : Lombardie et Vénitie ?
4. Le plus grand parti du monde
5. Les Français et leurs voitures
6. Ennuyez-vous !
7. Des dinosaures géants
8. A lire… « l’Éclipse de la mort »

1.► Détacher le travail détaché
Les ministres du Travail de l’UE sont parvenus lundi soir à un compromis sur la réforme de la directive du travail détaché (*), « une victoire pour l’Europe », selon la France, en première ligne sur ce dossier sensible.
« C’est une étape essentielle pour recréer la confiance européenne », s’est félicité l’Elysée après cet accord sur lequel s’était fortement engagé le président Emmanuel Macron et qui avait provoqué cet été de vives tensions avec certains pays de l’Est dont la Pologne.
A l’issue de négociations marathon qui ont duré douze heures à Luxembourg, la ministre française du Travail, Muriel Pénicaud, s’est également réjouie de la large majorité atteinte. « Le vote final n’est pas une fracture Est/Ouest. Il n’y a pas de gagnants ou de perdants aujourd’hui, c’est juste l’Europe qui gagne », a commenté la ministre.
Parmi les 28 pays de l’UE, seuls quatre pays se sont opposés à cet accord : la Pologne, la Hongrie, la Lettonie et la Lituanie, et trois se sont abstenus : le Royaume Uni, l’Irlande et la Croatie. Les autres pays se sont montrés favorables au texte.
Les ministres ont finalement réussi à s’accorder sur la durée du détachement, ce système qui permet à des Européens de travailler dans un pays étranger en cotisant dans leur pays d’origine : 12 mois maximum – ce qu’avait réclamé la France -, mais avec un bémol puisqu’elle peut être rallongée de 6 mois à la demande de l’entreprise, sur décision du pays d’accueil.
La France a aussi dû lâcher du lest sur le secteur du transport routier, car les pays de Visegrad (Pologne, Hongrie, Républiques tchèque et slovaque), mais aussi l’Espagne et le Portugal, s’inquiétaient des conséquences négatives de la réforme pour leurs chauffeurs. Il est désormais prévu de continuer à appliquer aux chauffeurs routiers l’ancienne directive du travail détaché de 1996 (et non la nouvelle révisée), jusqu’à ce qu’entre en application une autre réforme d’une directive européenne consacrée au transport routier.
Cette réunion était un test pour la méthode de négociation au sein de l’UE du président Macron, qui avait fait de ce dossier l’une de ses priorités. Le travail détaché avait été un sujet emblématique de la campagne présidentielle française, opposant europhiles et eurosceptiques.
A peine élu, Emmanuel Macron avait réclamé un durcissement de la réforme du travail détaché – dont le plafonnement de la durée du détachement à 12 mois -, persuadant l’Allemagne, les pays du Benelux et l’Autriche de le suivre. Dans sa proposition initiale de réforme, présentée en mars 2016, l’exécutif européen avait proposé de limiter cette durée à 24 mois.
L’objectif majeur de la réforme de la directive est d’avoir un « salaire égal, à travail égal, sur un même lieu de travail ». En effet, dans la directive initiale, qui date de 1996, il est simplement spécifié que les travailleurs détachés doivent toucher le salaire minimum du pays d’accueil. Or l’élargissement de l’UE à l’Est en 2004, avec l’arrivée de dix nouveaux pays, aux niveaux de vie et salaires plus bas, a bouleversé la donne, engendrant une concurrence déloyale entre entreprises et du dumping social.
Avec la révision de la directive, toutes les règles valables pour les travailleurs locaux s’appliquent aux détachés : ainsi, par exemple, si le pays d’accueil prévoit une prime de froid, de pénibilité, d’ancienneté, un treizième mois, ces bonus devront aussi leur être versés.
Il y a une semaine, une première étape avait été franchie pour la révision de la directive, avec l’adoption par la commission de l’Emploi et des Affaires sociales du Parlement européen d’un texte un peu plus dur que celui de la Commission européenne.
« L’accord trouvé par les ministres européens du Travail sur la révision de la directive sur les travailleurs détachés est une bonne chose », a estimé Elisabeth Morin-Chartier (PPE, droite), co-rapporteure sur le dossier au Parlement européen. Désormais vont en effet pouvoir commencer les négociations entre eurodéputés et ministres sur un texte définitif.
(*)20Minutes-AFP-24102017

2.► Catalogne : ailleurs en Europe ?
La semaine s’annonce décisive en Espagne, où les indépendantistes catalans et le gouvernement de Mariano Rajoy sont enlisés dans la plus grave crise politique du pays depuis qu’il a renoué avec la démocratie en 1977.
Les premiers ont déclaré unilatéralement l’indépendance de leur région tandis que Madrid, après le vote du Sénat, va mettre en œuvre l’article 155 de la constitution espagnole suspendant l’autonomie de la Catalogne.
Cette crise peut-elle se répéter ailleurs en Europe ?
L’opinion de Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS et professeur à Science Po Rennes, spécialiste de la gouvernance territoriale en Europe (*).

La crise politique en cours Barcelone et Madrid pourrait-elle se passer ailleurs en Europe ?
Il y a quelques régions en effet où une telle situation serait possible. C’est le cas de l’Ecosse, où un premier référendum d’indépendance a été organisé en septembre 2014 [victoire du non avec 55 % des voix], et en Flandre, où les tensions sont toujours très fortes sur l’avenir de l’État belge. J’ajoute aussi le Pays basque espagnol, car même si les velléités d’indépendance se sont affaiblies ces dernières années, la région garde un fort potentiel de régionalisme. En Europe centrale et de l’est, en revanche, il n’y a pas de partis ethno-régionalistes ou alors ils sont faibles. Il y en a eu en Bulgarie et en Roumanie, mais ils n’ont jamais réussi à avoir autant d’aura que les indépendantistes catalans ou que le Scottish national party.

Et en France ?
En Bretagne, le régionalisme transparaît plus aujourd’hui à travers des mouvements sociaux, comme celui des bonnets rouges, plus que dans un mouvement politique qui revendiquerait l’indépendance de la région. En Corse, c’est plus structuré politiquement. Le régionalisme et le nationalisme se sont alliés pour gagner des villes [ Bastia en 2015], des sièges au parlement aux dernières législatives ou même obtenir la fusion des départements de la Haute-Corse et de la Corse du Sud [prévue pour 2018]. Il faut enfin regarder l’Outre-Mer, du côté notamment de la Nouvelle-Calédonie et de l’Outre-Mer, qui bénéficient d’une autonomie élargie. L’État français n’y exerce plus que des fonctions régaliennes et accorde les pouvoirs législatifs aux assemblées calédoniennes et polynésiennes.

Les partis régionalistes en Europe se frottent-ils les mains avec ce qui se passe en Catalogne ?
Ils suivent forcément la situation de près et sont sans doute très curieux de savoir jusqu’où peut aller l’indépendantisme en Catalogne. Se frottent-ils les mains ? Ce n’est pas sûr. La situation en Catalogne montre bien aussi le retour de bâton auquel on s’expose lorsqu’on demande son indépendance. Il y a eu des affrontements avec la police, des entreprises ont transféré leurs sièges sociaux en dehors de la Catalogne… Rien ne dit que les partis régionalistes en Europe sortent grandis de cette crise. Leurs propres opinions publiques peuvent très bien dire : « Avez-vous vu ce qui se passe en Catalogne ? Nous ne voulons pas la même chose chez nous ».

Qu’est-ce qui expliquent les désirs d’indépendances en Europe ? A-t-on affaire à chaque fois à une région riche qui veut se séparer de l’État central pour des raisons économiques ?
Ce n’est pas qu’une question économique, sinon le Grand Londres ou l’Ile-de-France seraient indépendantes depuis longtemps. Il est vrai que le régionalisme concerne parfois des régions riches, mais s’ajoutent à cela des revendications culturelles, linguistiques. Une part significative des populations dans ces territoires pensent qu’ils ont un destin politique séparé du reste de l’État dont ils font partie. Il y a une part d’émotionnel là-dedans. Leur émotion en politique, pour un certain nombre de ces populations, ce n’est plus la Belgique ou l’Espagne, mais la Flandre ou la Catalogne.

Les négociations qui commencent entre la Vénétie, Lombardie et Rome, plus apaisées pour l’instant, peuvent-elles servir d’exemple à Madrid et à Barcelone ?
C’est difficilement comparable. En Vénétie et la Lombardie, qui disposent aujourd’hui de peu de compétences, les populations se sont exprimées ce week-end pour une plus grande autonomie, notamment financière. Mais ils ne remettent pas en cause l’unité italienne. Surtout, le référendum qui a été organisé ce week-end n’est que consultatif pour engager une discussion. Rien ne dit encore que Rome cédera aux demandes. Ce n’est que le premier acte. En Catalogne, les tensions actuelles résultent d’un échec de plusieurs années du dialogue politique et de promesses non tenues.

Qu’est-ce que craignent le plus les États centraux dans les désirs d’indépendance de certaines de leurs régions ? La baisse de leurs recettes ou l’effet domino ?
Les deux. Plus vous laissez des régions riches avoir des libertés fiscales, moins vous maîtrisez l’ensemble de la politique publique. Des recettes financières peuvent vous échapper. Et puis un Etat est une organisation politique. Voir une partie de son territoire s’éloigner, faire sécession, est un aveu d’échec considérable. Le pays basque espagnol aune très grande liberté fiscale puisque la région collecte elle-même les impôts et reverse une quote-part à Madrid [au titre des dépenses de l’État central – infrastructures, défense…]. Mais ce régime particulier remonte à très longtemps et n’a jamais été remis en question par l’État central, même sous Franco. Si Madrid accordait les mêmes faveurs à la Catalogne, plus puissante économiquement, le manque à gagner serait bien plus important pour l’Espagne. Mais au-delà des questions financières, il y a aussi des questions politiques. Un Etat se définit en partie par son territoire. Voir une partie de celui-ci s’éloigner ou faire sécession est un aveu d’échec considérable.

Va-t-on tout de même vers plus de fédéralisme aujourd’hui en Europe ?
Les directions prises par les pays sont finalement contradictoires. Certains pays vont vers plus de fédéralisme en effet. Certains États vont vers plus de fédéralisme en effet. Ils prennent conscience que les questions d’identité culturelle sont de plus ne plus importante pour une part croissante de leur population. La mondialisation pousse aussi à accorder plus d’autonomies aux régions pour gagner de la souplesse face à des conjonctures économiques changeantes, ou mieux renforcer des filières économiques locales. A l‘inverse, d’autres Etats européens restent très centralisés. En Europe centrale et de l’Est, mais aussi finalement en France où la politique actuelle est peu favorable à la décentralisation.
(*)20Minutes-ProposeRecueillisParFabricePouliquen-24102017

3.► Italie : Lombardie et Vénitie ?
Le désir d’indépendance de la Catalogne sera-t-il contagieux ? Pas si sûr. En Italie ce dimanche, la Lombardie et la Vénitie organisent un référendum pour réclamer davantage d’autonomie à Rome. Souhaitez-vous que votre région dispose de « formes supplémentaires et conditions particulières d’autonomie » ? C’est à cette question que les électeurs sont appelés à répondre (*).

La Lombardie et la Vénitie représentent 30 % du pays PIB du pays
Les sondages donnent une nette avance au oui, mais la vraie inconnue reste la participation, qui, si trop faible, ne devrait pas avoir d’impact auprès du gouvernement italien.
Ces deux régions parmi les plus riches d’Italie représentent 30 % du PIB du pays. Elles figurent aussi parmi les plus « vertueuses » en termes d’endettement, de dépenses publiques par habitant et du fonctionnement du système de santé.
Elles présentent à elles deux un solde fiscal -différence entre ce que les habitants versent comme taxes et impôts et reçoivent comme dépenses publiques- de quelque 70 milliards d’euros.
Une somme colossale dont les présidents des régions Lombardie, Roberto Maroni, et Vénétie, Luca Zaia, membres de la Ligue du Nord (extrême droite), entendent réclamer la moitié à Rome si les électeurs sont assez nombreux à voter oui.
Ils estiment en effet que cet argent est mal utilisé par Rome et pourrait l’être de manière beaucoup plus efficace, y compris via des partenariats entre régions. Ils comptent aussi obtenir des compétences supplémentaires dans les infrastructures, la santé ou encore l’éducation, et même des pouvoirs réservés à l’Etat en matière de sécurité et d’immigration, thèmes chers à la Ligue mais qui nécessiteraient une modification de la Constitution.

Un référendum consultatif prévu par la Constitution
Porté par la Ligue du Nord, le scrutin est soutenu par Forza Italia de Silvio Berlusconi (centre-droit), le Mouvement Cinq étoiles (populiste) et plusieurs syndicats et organisations patronales. Le Parti démocrate (centre-gauche, au pouvoir) n’a pas donné de consigne, mais plusieurs de ses ténors, comme le maire de Milan, voteront oui. Des formations de gauche, comme le Parti communiste, ont en revanche appelé à s’abstenir, dénonçant un « gaspillage d’argent public » pour « un référendum farce ». Contrairement à la Catalogne, ce référendum consultatif est prévu par la Constitution italienne.
La facture devrait s’élever à 14 millions en Vénétie mais frôler les 50 millions en Lombardie qui a choisi le vote électronique avec l’achat de coûteuses tablettes.
En Vénétie, la participation doit dépasser les 50 % pour que le scrutin soit valide. Les habitants de cette région, où l’identité est forte et le tissu économique composé de multiples petites entreprises, semblent mobilisés.
En Lombardie, en revanche, le scrutin ne passionne guère, même si Milan est couverte d’affiches. Aucun quorum n’est prévu : Roberto Maroni assure qu’une participation supérieure à 34 % serait un succès, mais ses adversaires du PD jugent qu’en dessous de 50 %, le scrutin sera un « flop ».
Alors que l’Espagne est dans toutes les têtes, Nicola Lupo, professeur de droit constitutionnel à l’université Luiss de Rome, juge que « les similarités avec la Catalogne sont minimes, le sentiment indépendantiste n’étant pas très diffusé » dans les deux régions.
(*)20Minutes-NSe/AFP-22102017

4.► Le plus grand parti du monde
Xi Jinping obtient un nouveau mandat de cinq ans à la tête du Parti communiste.

Le « plus grand parti du monde » (89 millions d’adhérents) a de nouveau accordé sa confiance au président chinois Xi Jinping. Il a obtenu sans surprise ce mercredi un nouveau mandat de cinq ans à la tête du Parti communiste chinois (PCC), a annoncé l’agence de presse officielle Chine nouvelle.
Le comité central, que l’on peut assimiler au parlement du PCC, l’a élu aux côtés des six autres membres permanents du bureau politique, l’instance qui détient la réalité du pouvoir en Chine.

Assuré de rester président pour encore au moins cinq ans
S’adressant à la presse entouré de ses six collègues, dont le Premier ministre Li Keqiang, Xi Jinping a remercié le comité central de lui avoir offert un nouveau mandat.
« Je prends cela non seulement comme une approbation envers mon travail, mais aussi comme un encouragement qui me poussera à aller de l’avant », a-t-il lancé, dans une allocution de plus de trois heures retransmise en direct à la télévision devant une insigne géante représentant le marteau et la faucille communiste. Le successeur de Hu Jintao, arrivé au pouvoir fin 2012, est assuré d’obtenir un nouveau mandat de président de la République populaire en mars

5.► Les Français et leurs voitures
80 % des Français utilisent leur voiture pour effectuer leur trajet domicile travail, selon une étude Ifop pour Alphabet France publiée le 19 octobre (*).
La voiture demeure indispensable à la mobilité des actifs français. Ainsi, ils sont 8 sur 10 à l’utiliser tout ou en partie sur le trajet qui les mène au travail chaque jour.

Gain de temps
Près de la moitié (49 %) de ceux qui vont travailler en voiture déclarent ne pas avoir d’autre alternative. Ils font en moyenne 44 kilomètres (aller-retour) entre leur domicile et leur lieu de travail. Les habitants des petites et grandes communes mettent le même temps pour aller travailler, soit en moyenne 29 minutes. Ceux situés en région parisienne mettent 43 minutes. L’utilisation d’un véhicule permet ainsi de gagner en moyenne 20 minutes sur le temps de trajet.

Des facilités en entreprise
En entreprise, 78 % de ceux dont l’entreprise propose un remboursement forfaitaire des frais kilométriques en bénéficient, et 71 % profitent d’un remboursement de ces frais au réel. 55 % des actifs dont l’entreprise effectue un remboursement partiel de leur abonnement de transports en commun en bénéficient, et 74 % de ceux dont l’entreprise le permet se voient accéder au remboursement total de ces frais.
(*)CourrierCadres-JulieTadduni-20102017

6.► Ennuyez-vous !
10h : séance de devoirs de vacances ; 12h30 : déjeuner ; 14h : visite du château de Chambord ; 18h : cours de tennis… Pendant les vacances, les parents prévoient pléthore d’activités pour leurs enfants, histoire de bien en profiter. Quitte à en organiser beaucoup trop et à ne pas les laisser souffler…
« Les parents ont peur que les enfants perdent le rythme qu’ils ont le reste de l’année et planifient beaucoup de sorties et d’activités. Mais si on remplit l’emploi du temps des enfants à fond pendant les vacances, ce ne sont plus vraiment des vacances. On ne les laisse pas ralentir et savourer le temps », observe Isabelle Pailleau, psychologue et coauteur de Vive les Zatypiques !.
Etty Buzyn (*), psychologue et psychothérapeute spécialiste de la petite enfance abonde dans son sens : « dans une société qui valorise l’énergie et la suractivité, on a tendance à reproduire pendant les vacances ce que les enfants vivent le reste de l’année. Du coup, ils ont perdu l’habitude de s’ennuyer. Ils n’inventent plus de jeux et sont moins curieux », constate-t-elle.
Et leur surconsommation en tout genre n’arrange pas les choses, comme le souligne Anne Lefebvre, psychologue et présidente de l’association Alerte : « ils sont en recherche de plaisirs immédiats et lorsqu’ils arrêtent, ils sont comme vidés, n’ont plus envie de rien faire et sont repliés sur eux-mêmes », observe-t-elle.
Et pourtant, selon les psychologues, il est nécessaire de laisser les enfants s’ennuyer en vacances. Car le désœuvrement a plus de vertus que l’on ne croit, explique Isabelle Pailleau : « des connexions neuronales se construisent lorsqu’on ne fait rien et qu’on laisse son esprit en jachère. C’est indispensable pour stimuler son imaginaire ». « Le mode neuronal par défaut s’active lorsque l’on ne reçoit pas de stimulations individuelles. Cela permet à l’enfant de se concentrer sur sa propre construction, de développer son introspection et son empathie », ajoute Anne Lefebvre.
Pour Etty Buzyn, les moments d’oisiveté permettent aussi à l’enfant de développer son autonomie : « Les parents ne peuvent pas être en permanence des animateurs de centres de loisirs pour leurs enfants. Il faut que ces derniers apprennent à déterminer seuls ce qu’ils ont envie de faire et comprennent par la même occasion, qu’ils peuvent se passer de béquille électronique », insiste Isabelle Pailleau.
Le désœuvrement favorise aussi l’inventivité, comme l’observe Etty Buzyn : « Grâce à ces moments d’ennui, l’enfant va décider lui-même ce qui l’intéresse et va développer ses capacités créatives. Il va s’inventer des histoires ou des jeux, se mettre à lire. Et même peut-être découvrir de nouvelles passions éphémères ou pas », poursuit-elle.
Reste que tous les enfants ne sont pas égaux face à leur capacité à transformer l’ennui positivement. « Ceux qui ont perdu l’habitude de ce dialogue avec eux-mêmes peuvent craindre ces moments de désœuvrement », signale Anne Lefebvre. D’où la nécessité parfois pour les parents de les aider à réenclencher leur capacité à s’occuper par eux-mêmes : « ils peuvent les guider dans un premier temps en mettant à leur disposition du matériel créatif, des jeux, des livres, des feuilles… Et une fois que l’enfant aura créé son espace imaginaire, il n’aura plus besoin d’eux », assure-t-elle.
Pour que les enfants apprécient à nouveau le plaisir de ne rien faire, il faut aussi que les adultes portent un regard bienveillant sur leur oisiveté, insiste Isabelle Pailleau : « Si un petit regarde la pluie tomber pendant une demi-heure, il faut le laisser faire, sans lui mettre de pression pour qu’il change d’activité », indique-t-elle.
Et en parvenant à transformer l’ennui, l’enfant y trouve une satisfaction personnelle, assure Etty Buzyn : « il découvre un espace de liberté qui n’est pas contrôlé par les parents, il apprivoise la solitude. Ce qui renforce sa confiance en lui », poursuit-elle. Un avis partagé par Isabelle Pailleau : « en s’ennuyant, l’enfant va développer sa capacité à se contenter de lui-même, à avoir une vie intérieure riche, à devenir un bon compagnon pour lui. Et ça, c’est utile pour la vie entière », souligne la psychologue.
(*)Minutes-25102017

7.► Des dinosaures géants
Les empreintes d’une nouvelle espèce de dinosaure géant découvertes en Afrique (*)

Ces traces de pattes, laissées il y a 200 millions d’années au bord d’une rivière, constituent une découverte majeure pour la connaissance des dinosaures. Une équipe internationale de paléontologues a découvert les empreintes fossilisées de pattes à trois orteils d’une nouvelle espèce de dinosaure carnassier géant dans le sud de l’Afrique. Il s’agit des plus grandes traces de pied de théropodes trouvées à ce jour sur le continent africain.
Vu leurs dimensions – 57 centimètres de longueur sur 50 cm de largeur -, l’animal devait mesurer environ neuf mètres de long et près de trois mètres de haut au niveau des hanches, selon les scientifiques dont la découverte est publiée mercredi dans la revue américaine Plos One.
Ce dinosaure avait quatre fois la taille d’un lion, estiment ces chercheurs des universités de Manchester (Royaume-Uni), du Cap en Afrique du Sud et de Sao Paulo au Brésil. Cette nouvelle espèce, baptisée « Kayentapus ambrokholohali », appartient au groupe de dinosaures « méga-théropodes », des bipèdes géants comme le Tyrannosaure rex (T. rex), qui évoluait plus tard sur le continent américain et mesurait douze mètres de long environ.
Ces empreintes ont été trouvées sur une couche géologique ancienne au Lesotho datant de 200 millions d’années. Cette zone est recouverte de craquements ayant résulté du dessèchement du sol, signes de la présence antérieure d’une rivière préhistorique.
C’est la première preuve que des théropodes carnivores de très grande taille se trouvaient dans cet écosystème surtout dominé par une variété de dinosaures herbivores, omnivores et carnivores beaucoup plus petits, expliquent ces scientifiques.
Cette découverte est également importante car elle indique que ces dinosaures géants étaient déjà présents au début du Jurassique. Jusqu’alors les paléontologues pensaient qu’à cette période ces dinosaures étaient beaucoup plus petits, soit de trois à cinq mètres de long en moyenne.
C’est seulement beaucoup plus tard, au crétacé, qui a commencé il y a 145 millions d’années, que des théropodes géants comme le T. rex commencent à apparaître selon les fossiles et les empreintes de pied.
« Cette découverte marque la première présence de très grands dinosaures carnivores au début du Jurassique dans le sud de Gondwana, le continent préhistorique qui s’est plus tard brisé pour former l’Afrique et les autres masses continentales », pointe Lara Sciscio, chercheuse à l’université du Cap.
« Ces empreintes de pied de grande taille sont très rares dans le monde. Il n’existe qu’un seul autre site connu datant également de 200 millions d’années où des traces similaires ont été découvertes. Il se situe en Pologne », précise-t-elle.
(*)20Minutes-MCavecAFP-26102017

8.► A lire… « l’Éclipse de la mort »
Le décès serait aujourd’hui caché, dénaturé.
C’est ce qu’affirme l’essayiste Robert Redeker dans son dernier ouvrage, l’Éclipse de la mort (Edit. Desclée de Brouwer, 224p., 18 €).
Un phénomène auquel contribue le transhumanisme, qu’il dénonce…
Notre époque n’est-elle pas celle de l’éclipse de la mort ? Entre rêve d’immortalité, culte de la jeunesse et peur du cadavre, la mort ne doit plus faire partie de la vie. Elle est cachée, dénaturée, éclipsée. C’est à la fois une éclipse dans le langage (où « partir » a remplacé « mourir ») et une éclipse sociale (la mort a été évacuée de la cité).
Aujourd’hui, le transhumanisme porte et achève cette éclipse. La vie est désormais sans mort, et la mort, sans vie. C’est à cette difficulté, d’une vie qui n’est plus ordonnée vers une fin, vers la mort qui lui donnait sa profondeur et son sens, que Robert Redeker s’attaque. En analysant ce que l’éclipse de la mort nous dit de notre époque, il évoque les thèmes de la crémation, de l’euthanasie, de la place du corps et pose cette question cruciale pour notre société contemporaine : pourquoi devons-nous nous réjouir d’avoir à mourir ?
Le philosophe Robert Redeker revient dans son livre l’Éclipse de la mort sur la peur de la mort en Occident, sur son évacuation qui s’accroissent avec le trans-humanisme.
Question : « L’éclipse de la mort », le thème de votre dernier livre, est pour vous une éclipse de la vie (*) …
« En effet. Nous voulons que nos corps soient en pleine forme, dans la beauté de l’âge. Nous ne supportons pas qu’ils s’autodétruisent plus rapidement qu’ils ne se régénèrent. Nous vénérons les corps du sportif et du top-modèle, figés dans une interminable jeunesse. Comme nous n’acceptons qu’un idéal, nous avons perdu le rapport à la chair telle qu’elle est. Le cadavre devient une insulte. On le cache autant que possible. Je connais beaucoup de personnes d’un certain âge qui n’ont jamais vu de leur vie le corps d’un mort autrement que comme mise en spectacle à la télévision, en boucle, lorsque survient un attentat. Ce phénomène, à son tour, contribue à déréaliser la mort, créant toujours plus d’angoisse ».
(*)LaVie-AlicePapin&FlorenceDauly&JPDenis-25102017/

Richard POGLIANO

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