REGARDS EN COIN (87)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. La croissance repart-elle ?
2. Des faillites bancaires annoncées !
3. 130 millions de filles…
4. Trump abroge le plan climat d’Obama
5. Peut-on ficher ses salariés ?
6. On a découvert la tombe du Père Noël !
7. Engrenages : la réalité dépasse la fiction
8. A lire… « Hommage à Jean Rochefort »

1.► La croissance repart-elle ?
Selon les dernières estimations, notre taux de croissance atteindra 1,8 % en 2017 (un record depuis 2011) et 1,6 % en 2018 (*). Cependant, le PIB de la zone euro croîtra en moyenne de 2,3 %, cette année et de 1,9 % l’an prochain. L’Allemagne fera, bien sûr, mieux que nous et des pays comme la Lettonie, la Roumanie, le Luxembourg ou le Portugal verront leur PIB augmenter de plus de 3 %. A contrario, l’Italie, la Grande-Bretagne (qui commence à ressentir les effets néfastes du Brexit) et la Belgique feront moins bien que nous. Cependant, nous sommes actuellement 20èmesur 28 en Europe, ce qui montre la médiocrité de notre performance.
De plus, le commerce extérieur qui a « mangé », en 2016, 0,8 point de croissance n’en détruira plus, cette année, que 0,3 %, la construction se redresse enfin et les marges des entreprises s’améliorent (du fait du CICE cher à l’ancien Président, mais dont le coût semble exorbitant pour le peu de résultats obtenus).
Néanmoins, cette reprise est fragile. Si l’investissement se tient bien (mais sans excès), la consommation des ménages ne progresse pas. Or, il s’agit du moteur principal, celui qui rend une expansion durable. En cause : une stagnation persistante des salaires et une faible inflation (ce qui constitue un mystère pour les économistes). De plus, les mesures gouvernementales ne redonneront pas du pouvoir d’achat aux Français, bien au contraire. L’augmentation de la CSG consiste à voler trois milliards aux retraités et à les donner à la fin 2018 aux salariés. Quant à la baisse de la taxe d’habitation, elle ne sera que d’un tiers et sera intégralement mangée par la hausse des impôts fonciers. En outre, l’augmentation des taxes sur le diesel coûtera dix milliards aux Français (souvent modestes).
Le taux de chômage risque de stagner. En effet, notre économie crée de nouveaux emplois à partir de 0,8 % de croissance mais, comme notre démographie est dynamique, il y a plus de jeunes qui arrivent sur le marché du travail que de personnes prenant leur retraite (la différence est de 120.000 par an), d’autant plus que le durcissement des règles pousse les Français à retarder l’âge où ils font valoir leurs droits à pension. De plus, le gouvernement a supprimé, au second semestre 2017, 150.000 emplois aidés mis en place en 2016. Pour ne rien arranger, la prime à l’embauche a été également abrogée (mais celle-ci était peu efficace et avait surtout un effet d’aubaine). En outre, il semble que le travail féminin progresse sensiblement, même s’il s’agit souvent d’emplois à temps partiel, mal rémunérés.
M. Macron vient d’arriver au pouvoir. Le budget 2018 sera le premier à porter sa marque. Réussira-t-il là où ses deux prédécesseurs ont échoué ?
J’espère pour mon pays qu’il y arrivera…
(*)D’aprèsBdVoltaire-ChristiandeMoliner-11102017

2.► Des faillites bancaires annoncées !
Une dépêche du 27 septembre de l’agence Reuters, retransmise par l’AGEFI (Agence économique et financière), nous informe « que le secteur bancaire européen est surdimensionné et pourrait avoir besoin d’une cure d’amaigrissement, probablement à travers des fusions ou des fermetures » (*).
Ces propos ont été tenus par madame Danièle Nouy, qui n’est autre que la responsable de la supervision bancaire au sein de la Banque centrale européenne. Et d’ajouter : « Au final, il semblerait que le secteur bancaire européen soit devenu trop gros. Et nous pouvons en voir au moins l’une des conséquences : de nombreuses banques dans la zone euro ne gagnent pas leurs coûts du capital. Il semble que beaucoup trop de banques se font concurrence pour attirer des clients. Il y a de bonnes chances que la taille du secteur bancaire doive en effet diminuer. » Propos de vérité mais propos lénifiants de haut fonctionnaire européen qu’il importe de traduire aux Européens : ça va « barder » dans le secteur bancaire, des faillites sont à venir.
Il suffit de voir la vérité en face et d’écouter son bon sens : pourquoi la directive BRDD de l’Union européenne qui permet de chypriser et de ponctionner les comptes des clients ? Pourquoi la loi Sapin 2, qui permet de bloquer les comptes de l’assurance-vie s’il n’y a pas des dangers imminents ou des risques d’incendie un de ces jours prochains à la demeure ?
Les premiers feux annonciateurs se sont, en fait, déjà subrepticement déclarés : la Deutsche Bank qui a été sauvée par des fonds d’investissement des pays du Golfe, des rumeurs de rachat de la Commerzbank par la BNP, le rachat de deux banques vénitiennes par Intesa Sanpaolo avec 4.000 suppressions d’emplois et 17 milliards d’euros d’engagements pour l’État italien, le sauvetage de Monte Paschi avec sa perte abyssale de trois milliards d’euros, les 350 milliards d’euros de créances douteuses dans les actifs des banques italiennes.
En Espagne, Banco Popular avait renforcé à trois reprises son capital pour cinq milliards d’euros et cela n’a pas empêché son sauvetage en hâte par Banco Santander. Et voilà que maintenant, nonobstant les problèmes en Catalogne qui augmentent les risques économiques, bancaires et financiers, on parle de Liberbank comme d’une nouvelle banque en difficulté ! Or, Liberbank, créée en 2011, n’est rien d’autre que le mariage forcé de trois « cajas » (banques d’épargne) : Cajastur, Caja de Extremadura, Caja Cantabria. Le titre, qui valait encore 1,7 euro à fin août, ne vaut plus aujourd’hui que quelques centimes.
Quant à la Grèce, pays en faillite qui ne tient que par des prêts nouveaux européens, son système bancaire détient des titres de la dette souveraine grecque, ce qui fait que les banques grecques seraient immédiatement en faillite si l’État grec devenait insolvable.
Le comble, c’est le Crédit agricole, qui a fait une expérience catastrophique en Grèce et a essuyé de très lourdes pertes pour se retirer à tout prix de ce pays. Attiré par l’appât du gain, il recommence la même erreur en Italie ! Il vient d’acheter, le 29 septembre 2017, trois caisses d’épargne italiennes pour 130 millions d’euros après que le Fonds interbancaire de garantie des dépôts italiens a décidé de prendre à sa charge trois milliards d’euros de créances douteuses.
C’est Napoléon qui disait : « L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain ».
(*)BdVoltaire-MarcRousset-10102017

3.► 130 millions de filles…
Il reste encore du chemin à parcourir pour l’égalité filles-garçons dans le monde. A l’occasion ce mercredi de la journée internationale de la fille, l’ONG One a dévoilé un classement de leur scolarisation dans le monde. Et le constat est alarmant : plus de 130 millions de filles n’ont toujours pas accès à l’école .
Neuf des dix pays du monde où les filles ont le moins accès à l’éducation sont en Afrique, le premier étant le Soudan du Sud. Dans ce pays d’Afrique orientale, une fille sur quatre seulement va à l’école primaire et seuls 15,93 % des filles ont accès à l’éducation. Le Soudan du Sud est suivi par la République centrafricaine (17,75 %), le Niger (21,50 %), l’Afghanistan (23,51 %), le Tchad (27,16 %), le Mali (29,28 %) et la Guinée (30,35 %).
Plus de la moitié des filles se marient avant leur 18e anniversaire
L’accès des filles à l’éducation et la poursuite de leur scolarité se heurtent à de nombreux obstacles sociaux, culturels et économiques. Dans les dix pays du classement, plus de la moitié des filles se marient avant leur 18e anniversaire, et en moyenne, une fille sur quatre est obligée de travailler, souligne notamment ONE.
« Pour se rendre à l’école, parfois sans sanitaires ou manuels scolaires adaptés, elles doivent généralement parcourir de longues distances, souvent dans des conditions dangereuses », poursuit-elle. « Autant de raisons qui expliquent pourquoi, en 2017, près d’un demi-milliard de femmes dans le monde ne savent toujours pas lire ».
La réduction des inégalités pourrait rapporter entre 112 et 152 milliards de dollars
« Cet index montre que pour améliorer réellement l’accès de toutes les filles à l’école et à l’instruction, une attention particulière doit être accordée aux pays les plus pauvres et aux pays en conflit – en particulier en Afrique », a estimé l’ONG cofondée par le leader du groupe U2 Bono pour lutter contre la pauvreté.
La journée internationale de la fille « est l’occasion de rappeler que l’éducation des filles est un levier inestimable pour lutter contre l’extrême pauvreté », a déclaré la directrice France de ONE Friederike Röder, citée dans ce communiqué. Selon l’ONG, la réduction des inégalités dans le monde entre les filles et les garçons en matière d’accès à l’éducation pourrait rapporter entre 112 et 152 milliards de dollars chaque année aux pays en développement.
(*)20Minutes-HB&AFP-11102017

4.► Trump abroge le plan climat d’Obama
Deux pas en arrière pour la planète. Après avoir annoncé en juin sa décision de quitter l’accord de Paris, l’administration Trump s’apprête à abroger une mesure phare de l’ex-président Barack Obama sur le climat, mettant en œuvre une promesse de campagne du candidat républicain pour la relance de l’industrie minière américaine qui est dénoncée par les écologistes (*).
Le président républicain va revenir sur le « Clean Power Plan » (plan pour une énergie propre) signé par son prédécesseur démocrate en août 2015. Cette mesure avait pour but d’accélérer la transition énergétique et d’imposer aux centrales thermiques des réductions de leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2) de 32 % d’ici 2030 par rapport à 2005. Les Etats-Unis sont le deuxième plus gros émetteur de gaz à effets de serre derrière la Chine.
Le Plan entraînerait la fermeture de nombreuses centrales à charbon, les plus anciennes et les plus polluantes. Il est cependant bloqué depuis février 2016 par la Cour suprême, saisie par une trentaine d’Etats majoritairement républicains.
« La guerre contre le charbon est finie », a lancé lundi le chef de l’Agence américaine de protection de l’Environnement (EPA), Scott Pruitt, lors d’un discours dans le Kentucky, une terre minière de l’est du pays. « Demain (mardi) à Washington, je signerai un projet de décision pour abroger le soi-disant Clean Power Plan de la précédente administration », a annoncé ce climato-sceptique qui a combattu les initiatives environnementales de Barack Obama.
Ce plan, a-t-il affirmé, « était fait pour désigner les vainqueurs et les perdants (…) La précédente administration utilisait tout son pouvoir et son autorité pour faire que l’EPA désigne les vainqueurs et les perdants et la façon dont on fabrique de l’énergie dans ce pays. C’est mal ». En 2015, alors procureur général de l’Oklahoma, il avait estimé que ce plan était « une tentative illégale d’accroître le pouvoir des bureaucrates fédéraux sur la politique énergétique des Etats ».
Cette décision est « l’une des plus grosses attaques contre la santé publique, notre climat et la sécurité de chaque communauté aux Etats-Unis », a dénoncé Michael Brune du Sierra Club, l’une des plus importantes ONG environnementale américaine. Selon lui, le Clean Power Plan « empêcherait des milliers de morts prématurées et des dizaines de crises d’asthme chez les enfants chaque année ».
L’association rappelle qu’avant la signature du plan climat, « aucune règle n’existait pour limiter » les émissions de dioxyde de carbone des centrales thermiques, qui sont « la première cause du réchauffement climatique ».
Donald Trump a plusieurs fois mis en doute la réalité du réchauffement de la planète et le rôle des activités humaines dans ce dernier, et promis de relancer l’industrie du charbon pour redonner du travail aux mineurs. Selon l’Association nationale des mines, l’abrogation du Plan sauverait 27.700 emplois de mineurs et près de 100.000 sur l’ensemble de la chaîne d’utilisation du charbon.
(*)20Minutes-MG&AFP-10102017

5.► Peut-on ficher ses salariés ?
« Vicieux », « beurk », « branleur », « mou du genou ». Les intérimaires de la plateforme logistique Leroy-Merlin de Valence ont eu la malheureuse surprise de découvrir qu’un fichier « sauvage » aux commentaires peu amènes avait été mis en place dans l’entreprise, a révélé France 3 Rhône-Alpes. Le syndicat CGT de l’enseigne s’est indigné contre ce fichier en libre accès et décidé de se tourner vers un avocat qui envisagerait de saisir le parquet.
Ce n’est pas la première fois qu’un « listing » peu flatteur des salariés est ainsi découvert. La SNCF, Free, ou plus récemment Radio France ont été épinglés pour des cas similaires.
Mais qu’en est-il de la loi ? (*)

  • Est-ce qu’un employeur a le droit de collecter des données ?
  • Tout dépend du type de données. « L’entreprise peut bien sûr collecter des informations pour établir par exemple le bulletin de salaire, comme les noms prénoms et adresses de ses salariés. Il peut également collecter des données nécessaires à une mission de travail. Si je dois mettre à disposition d’une personne une tenue professionnelle, je peux avoir besoin de la taille d’un salarié, ou de sa pointure. Mais si je n’ai pas cette nécessité-là, je n’ai pas à obtenir cette information personnelle », indique Eric Rocheblave, avocat spécialiste en Droit du travail au barreau de Montpellier.

  • Peut-il collecter des informations sur le travail d’un salarié ?
  • « Les employeurs peuvent porter des appréciations sur le travail des salariés, faire des évaluations quand la rémunération est liée au travail, par sa qualité ou sa quantité. Quand il y a, par exemple, des primes sur le résultat ou des objectifs à accomplir », précise le spécialiste. Ici, la loi précise que « les méthodes et techniques d’évaluation des salariés doivent être pertinentes au regard de la finalité poursuivie ».
    Eric Rocheblave précise : « Il faut que l’appréciation soit non stigmatisante, non discriminante, et qu’elle ne porte pas atteinte à l’honneur des salariés. Enfin, il faut qu’elle soit objective : l’expression « mou du genou » est par exemple une appréciation subjective, et plutôt péjorative. »
    Le site de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), chargé de surveiller ces questions, explique que « le responsable doit faire en sorte d’empêcher que des commentaires subjectifs, outranciers voire insultants y figurent. Il peut prévoir des menus déroulants, un système de filtrage de mots-clés ou bien vérifier régulièrement leur contenu ».

  • Le salarié doit-il être informé par son entreprise ?
  • Oui, « aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n’a pas été porté préalablement à sa connaissance », confirme le Code du travail. Chaque salarié évalué peut également accéder à ses propres données d’évaluation sur simple demande et en obtenir une copie. « Toutes les appréciations doivent être portées à la connaissance du salarié. L’employeur va devoir justifier par des faits objectifs le fondement de telle ou telle donnée: Dans quel but a-t-il mis en place ce fichier ? Tout traitement informatique doit également être déclaré à la Cnil qui est chargée de vérifier la légalité et la proportionnalité des informations recueillies », poursuit Eric Rocheblave.

  • Un salarié peut-il porter plainte en cas d’abus ?
  • « Il va falloir apporter la preuve d’un préjudice. Montrer que telle qualification n’était pas objective ou discriminante, qu’elle a eu des conséquences sur une évolution de carrière, une rémunération de manière injuste », répond l’avocat.
    La Cnil peut sanctionner les comportements abusifs. « Les sanctions peuvent aller d’un avertissement public comme elle l’a fait récemment avec un organisme spécialisé dans l’aide aux devoirs, jusqu’à une sanction financière. La Cnil peut également transmettre les éléments dont elle dispose à la justice si elle constate des infractions pénales », précise le site.

    (*)20Minutes-TLG-10102017

    6.► On a découvert la tombe du Père Noël !
    Des archéologues sont sur le point de résoudre l’un des plus grands mystères de l’histoire. Ils pensent avoir découvert en Turquie la tombe de Saint Nicolas, inspirateur du Père Noël et de Santa Claus (*).
    Le magazine Newsweek révèle ainsi qu’une tombe quasi-intacte a été découverte dans une crypte, jusque-là inaccessible, dans une église du district de Myre, au sud-ouest de la Turquie.
    C’est dans la province d’Antalya que des archéologues ont accumulé des indices qui laissent penser qu’il s’agit bien de la tombe de ce saint chrétien du IVe siècle, emmurée sous une église.
    Les chercheurs, grâce à des scanners, ont découvert une cavité, semblant indiquer la présence d’un mausolée souterrain. « Le tombeau sous l’église semble en bon état. Normalement, il n’a pas été endommagé par nos opérations. Il est difficile d’accès car de gros blocs de pierre et des mosaïques le recouvrent. On va devoir les extraire du sol », a expliqué au Hurriyet Daily News Cemil Karabayram, directeur des services de protection du patrimoine de la province d’Antalya.
    « Nous allons creuser à cet endroit et peut-être allons-nous découvrir la dépouille intacte de Saint Nicolas », a confié Cemil Karabayram à Ouest-France.
    (*)20Minutes-CAp-06102017

    7.► Engrenages : la réalité dépasse la fiction
    Une série télévisée en douze épisodes : Engrenages (*).
    Les cinq premières saisons nous avaient déjà pris à la gorge de par leur réalisme, mais cette sixième saison est plus que réaliste : c’est un véritable reportage sur les conditions de vie de nos policiers, sur la pauvreté de la Justice et sur l’état de nos banlieues. Aucune concession n’est faite au politiquement correct. Ce qui expliquerait, d’ailleurs, son succès international. Très peu de séries françaises ont réussi à être vendues dans soixante-dix pays, dont la très sélective Amérique hollywoodienne.
    Les bandes africaines de Seine-Saint-Denis, avec leur charismatique mais criminel meneur, trafiquent en tout genre avec la bénédiction angélique de Mme le maire et la complicité de quelques policiers d’une BAC peu recommandable. Un campement de Roms qui envoie ses enfants voler dans Paris et ses filles se prostituer. Un juge malade, superbement interprété par Philippe Duclos, fait face à un procureur malsain et essaye de rendre justice aussi bien qu’il le peut avec ses faibles moyens. Des avocats jouent le jeu de leurs clients souvent véreux. Les banlieues s’enflamment dès qu’un des leurs tombe en pleine action de cambriolage. Quant à l’État, il intervient pour calmer le jeu en ordonnant aux flics de ne pas faire leur boulot. Des policiers qui n’en peuvent plus de se donner corps et âme à leur métier, sans horaires et une vie de famille impossible.
    Engrenages est à regarder sans modération. Comme pour l’autre série vedette, Le Bureau des légendes, aucune faute n’est à relever dans l’écriture. Le réalisme est rendu avec une étonnante authenticité. Les heureux réalisateurs n’hésitent pas à montrer le vrai visage de notre environnement. Pour Anne Landois, la scénariste: « On ne cherche pas à coller aux événements, mais on s’en imprègne, Engrenages prend tout le temps le pouls de la société. »
    « Nos comédiens n’avaient pas le droit de tourner avec des armes à feu en pleine ville », explique à Télé 7 Jours Frédéric Jardin, l’un des deux réalisateurs de la saison 6 d’Engrenages. Autre exemple :
    « Pour un décor, on a eu le feu vert de la mairie, mais on a dû quitter les lieux parce qu’on n’avait pas eu l’accord, disons informel, des bandes du quartier. On a dû modifier le plan de travail parce que le chef d’une bande nous a dit “si vous restez, ça va très mal se passer”. »
    Et on s’imagine la difficulté de tourner, en pleine gare du Nord, une scène de pickpocket avec poursuite de voleuses roms. Il a fallu beaucoup de patience pour arriver à ce que la SNCF accorde sept heures pour mettre en boîte cette scène.
    Une enquête, certes romancée, mais qui décrit la vie quotidienne de nos flics…
    (*)D’aprèsBdVoltaire- FlorisdeBonneville-08102017

    8.► A lire… « Hommage à Jean Rochefort »
    Jean Rochefort : derrière le comédien, un homme, tout simplement (*)
    A la mort d’une vedette, c’est toujours le même rituel : hommages – sincères de ses amis encore vivants, plus convenus de la part des politiques –, bouleversement de la grille des programmes… Puis elle rejoint le cimetière des éléphants.
    Pourquoi Jean Rochefort, qui vient de nous quitter à l’âge de 87 ans, est-il digne de mémoire ? Plus que sa moustache et sa voix singulière, plus que sa distinction et son humour, son souvenir ne peut se distinguer de ses films ni de ses confidences. Un bon film est un film qu’on aime revoir sans se lasser parce qu’il parle toujours au cœur et à l’esprit, un propos spontané révèle le fond de l’homme.
    S’il ne fallait garder que deux de ses films, je citerais sans doute Le Crabe-tambour, de Pierre Schoendoerffer (1977), et Le Mari de la coiffeuse, de Patrice Leconte (1990).
    Je vois encore le commandant du Jauréguiberry quittant Lorient pour les bancs de Terre-Neuve. Mutilé d’une main, rongé par un cancer des poumons, soigné par un médecin dont le rôle est admirablement joué par le regretté Claude Rich, il part à la recherche du « crabe-tambour », un « soldat perdu » devenu capitaine d’un chalutier, toujours accompagné d’un chat noir.
    Personnage en partie inspiré par l’histoire du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume : guerre d’Indochine, Điện Biên Phủ, périple à bord d’une jonque pour s’échouer sur les côtes de Somalie… Il part combattre en Algérie, rejoint l’OAS, est condamné.
    Le commandant veut le revoir avant de mourir, sans doute pour lui expliquer pourquoi il n’a pas démissionné comme il l’avait promis, peut-être pour quitter ce monde en paix avec lui-même. Finalement, il n’entendra que sa voix à la radio du bord. Symbole de la déchirure d’une armée, dont certains choisirent de rester fidèles au gouvernement du général de Gaulle, d’autres à la parole donnée. Les premiers, à part quelques opportunistes, souffrirent de ce dilemme, les seconds perdirent tout, fors l’honneur.
    Le Mari de la coiffeuse est d’un tout autre genre. Plein de tendresse et d’ironie, plein de fantaisie et de sensibilité, tragique et optimiste à la fois.
    Dès l’enfance, Antoine est attiré par les coiffeuses et s’est promis d’en épouser une. Son rêve se réalise avec la jolie Mathilde. Dans le salon de coiffure, il vit le grand amour. Jusqu’au jour où Mathilde, qui redoute d’être un jour moins aimée, se jette dans le canal, du haut de l’écluse. Pour arrêter le temps, pour que, à défaut du bonheur lui-même, son souvenir se perpétue. Antoine ne change rien à ses habitudes, faisant ses mots croisés et souriant amoureusement en direction de la caisse où Mathilde s’asseyait quand elle ne coiffait pas. Un petit conte de fées, qui est aussi un hymne à l’amour.
    Que Jean Rochefort ait pu jouer avec autant de talent deux rôles si différents est une preuve de son génie. J’incline à croire que c’est aussi, derrière son masque de pince-sans-rire, la marque d’une extrême sensibilité.
    Cette sensibilité, on la décèle dans certains de ses propos. J’ai retrouvé par hasard, dans les archives de l’INA, un entretien télévisé de 1981 où il explique à un journaliste pourquoi il n’est pas, contrairement à beaucoup d’acteurs, « un homme de parti ». Il évoque un épisode de la Libération qui l’a beaucoup marqué, quand il avait quatorze ans : « Une femme nue, complètement rasée, un gros homme avec une culotte de cheval, des brodequins, tenant dans sa main gauche un petit bébé de trois semaines que cette femme avait sans doute eu avec un soldat allemand. Une horreur. »
    On est loin du manichéisme des bien-pensants de notre époque.
    Ce que l’on doit admirer chez Jean Rochefort, c’est sans doute le comédien hors pair, mais c’est aussi, tout simplement, l’homme.
    (*)L’hommage de Philippe Kerlouan in BdVoltaire

    Richard POGLIANO

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