REGARDS EN COIN (65)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. François Bayrou candidat ?
2. Les entreprises sociales en France
3. La « stagnation séculaire »
4. Le droit à l’oubli au Conseil d’Etat
5. Le Maire de Los Angeles s’oppose à Trump
6. De qui sont ces citations ?
7. A lire… « Mémoire de paix… »


1- François Bayrou candidat (*) ?

François Bayrou a structuré sa vie politique autour de l’élection présidentielle, depuis sa conquête de l’UDF en 1998. La question de sa quatrième candidature se pose encore aujourd’hui, pour au moins trois raisons : personne n’est parvenu, depuis 2012, à incarner véritablement le centre, s’il ne se lance pas dans la course à l’Elysée, il acterait la mort politique du MoDem, enfin, il est convaincu d’avoir un destin présidentiel.

Quatre scénarios sont possibles.

Il se déclare candidat à la présidentielle (50%)

C’est le plus vraisemblable. A moins que le maire de Pau ne se satisfasse à l’avenir de son mandat d’édile du sud-ouest, il doit se lancer pour continuer à incarner le centre et peser – s’il obtient un score important sur son nom – aux législatives comme chef de parti. En renonçant, il laissera à Emmanuel Macron tout l’espace politique qu’il occupait jusque-là, ce qui le mettrait en retrait de la vie politique une bonne fois pour toute.

Il se rallie à François Fillon (30%)

François Bayrou a très longtemps et très souvent dit l’estime qu’il porte à l’ancien Premier ministre. Depuis sa désignation comme candidat de la droite et du centre – qu’il n’avait pas anticipée – le président du MoDem a eu des mots durs à son endroit, jugeant son programme « inquiétant » et même « dangereux pour l’alternance et le pays ». Mais François Bayrou pourrait lui apporter un soutien précieux s’il parvient, dans les négociations, à infléchir sa ligne libérale. Il apparaîtrait alors comme l’homme ayant apporté de la mesure à un projet jugé radical.

Il se rallie à Emmanuel Macron (10%)

Ce serait peut-être pour lui le scénario le plus enthousiasmant, mais il lui faudrait alors accepter de jouer le second rôle et lâcher le guidon de l’aventure centriste. Dans les faits, après cette campagne présidentielle, En Marche absorberait le MoDem, ce qui devrait laisser François Bayrou dans l’expectative. Dans un entretien au Monde le 6 janvier, alors qu’on lui demandait s’il pourrait soutenir un candidat de gauche, il répondait : « Non, la France a besoin d’alternance ».

Il ne soutient personne et renonce à se présenter (10%)

Ce serait une petite surprise, mais la position de l’homme d’expérience venant prodiguer sa sagesse dans une campagne présidentielle n’est pas la plus inconfortable. François Bayou n’est crédité que de 5% d’intentions de vote, selon les plus récents sondages. Même s’il parvient à susciter une petite dynamique, il est peut-être préférable de rester en retrait que de faire la campagne présidentielle de trop.

(*)InBdVoltaire-02022017

 

2-Les entreprises sociales en France (*)

La création d’entreprise d’utilité sociale attire de plus en plus de jeunes. Il y a un mouvement particulièrement fort en France, avec un tissu d’entreprises déjà solide. On sent bien que l’envie d’entreprendre autrement est de plus en plus répandue, notamment auprès de tous ces jeunes qui souhaitent donner du sens à leur activité professionnelle et intégrer les besoins d’une plus forte cohésion sociale. L’économie sociale et solidaire a toujours été porteuse d’innovation : c’est elle, par exemple, qui a imaginé l’insertion par l’activité économique, les circuits courts, ou la valorisation des déchets.

Ce secteur rassemble 14 % de l’emploi salarié privé en France – de 8 % en Île-de-France à plus de 16 % dans quelques départements comme le Limousin. La croissance de l’emploi dans l’ESS est plus forte que dans le reste de l’économie, non seulement parce que ces entreprises répondent à des besoins sociaux croissants, mais aussi parce qu’elles sont plus résilientes : quand vous réinvestissez au minimum 50 % de vos bénéfices dans l’entreprise, vous avez un effet sur son développement de long terme.

Quant au nombre de structures, l’Insee a entrepris un recensement à l’été 2016 et en a comptabilisé 225 000, dans 140 activités différentes – ce qui montre la diversité des acteurs. Sur ce total, il y a plus de 200 000 associations et seulement une petite centaine de sociétés commerciales.

L’objectif n’est pas simplement d’avoir des indicateurs de résultats : activité et nombre d’emplois créés, taux de sortie positive des demandeurs d’emploi en insertion… Il faut aussi évaluer l’ensemble de la valeur sociale créée : effets induits en termes de santé, de logement ou de qualité de vie familiale ; et pour la collectivité, les retombées en termes de nouvelles recettes publiques et de moindres dépenses sociales. C’est avec de telles approches que l’économie sociale et solidaire sera reconnue pour sa valeur sociétale et irriguera l’ensemble de l’économie.

(*)LaCroix-OdileKirchner-Séverin Husson-31012017-

   

 

3-La « stagnation séculaire »

Pour Robert Gordon, le progrès technologique ne produit plus de croissance. C’est l’économiste que tout le monde s’arrache aux États-Unis. C’est ʺLEʺ théoricien de la « stagnation séculaire ». Dans son best-seller The Rise and Fall of American Growth, sorti en janvier (pas encore traduit en français), Robert Gordon explique pourquoi l’économie américaine a connu un pic de croissance exceptionnelle durant le « siècle spécial », de 1870 à 1970. Et pourquoi cela ne devrait pas se reproduire de sitôt.

La stagnation économique, ou plus simplement stagnation, est une période de faible croissance économique (mesurée à l’aide du PIB). Le taux de croissance du PIB est inférieur à la croissance potentielle. C’est l’économiste Alvin Hansen qui en 1939, dans  » Economic Progress and Declining Population Growth  » (American Economic Review) utilise la notion de stagnation séculaire pour désigner une situation économique où la fin de la croissance démographique et du progrès technique conduisent à une période d’activité économique anémique.

La lente reprise après la grande récession de 2007-2008 et la baisse du taux d’inflation à des valeurs inférieures à 2 % sont des signes qui rappellent les craintes exprimées par Hansen. Le seuil d’un taux d’intérêt nul peut empêcher d’atteindre l’égalité entre épargne et investissement et le plein emploi. Il est possible de voir apparaître une déflation déstabilisante avec un taux d’intérêt réel encore plus élevé. Par ailleurs, des taux d’intérêt très bas voire presque nuls mettent en péril la stabilité financière avec la création de bulles spéculatives.

Les autres raisons sont la faible hausse de la population active, la hausse des inégalités, le progrès technologique et la technologie de l’information qui diminuent la demande de biens d’équipement. C’est ce que reprend aujourd’hui Robert Gordon…

 

4-Le droit à l’oubli au Conseil d’Etat

 

Le droit à l’oubli est un concept qui a été discuté et mis en pratique dans l’Union européenne et en Argentine tout à la fin du xxe siècle. Il permet à un individu de demander le retrait de certaines informations qui pourraient lui nuire sur des actions qu’il a faites dans le passé. Le droit à l’oubli s’applique concrètement soit par le retrait de l’information sur le site d’origine, on parle alors du droit à l’effacement, soit par un déréférencement du site par les moteurs de recherches, on parle alors du droit au déréférencement.

Le droit à l’oubli est le produit de plus de 10 années de travail des institutions européennes, de la Directive sur la protection des données en 1995 à un nouveau travail depuis 2012 qui a abouti à la décision de la Cour de justice de l’Union européenne du 13 mai 2014 consacrant un droit à l’oubli en Europe.

Le « droit à l’oubli » s’arrête-t-il aux frontières des Etats ? C’est ce dont doit débattre le Conseil d’Etat, saisi par Google après sa condamnation par la Cnil pour ne pas avoir déréférencé des informations sur la totalité des extensions de son moteur de recherche.

La Commission nationale informatique et libertés (Cnil) avait condamné en mars le géant américain à 100.000 euros d’amende pour ne pas avoir respecté, selon elle, le principe de « droit à l’oubli », en refusant de retirer ces informations de ses moteurs hors d’Europe. Google conteste cette décision. Le groupe estime que la Cnil n’a pas la moindre compétence hors de France, ce qui justifie son appel auprès du Conseil d’Etat.

 

 

5-Le Maire de Los Angeles s’oppose à Trump

 

Le maire de Los Angeles, Eric Garcetti, a fustigé dimanche le décret migratoire du président américain Donald Trump, rappelant que sa ville, candidate à l’organisation des JO 2024, était «une ville d’immigrants».

«L’histoire de Los Angeles est celle d’une ville globale d’une diversité sans commune mesure dans le monde», a déclaré M. Garcetti lors d’une manifestation de soutien aux musulmans empêchés d’entrer sur le territoire américain. «Los Angeles est une ville d’immigrants, je suis moi-même fils et petits-fils d’immigrants (…) Los Angeles est une ville de refuge, une ville qui offre des deuxièmes chances, une ville qui défend les droits de chacun», a poursuivi le maire démocrate de la métropole californienne, très impliqué dans la candidature de sa ville à l’organisation des JO 2024.

La ville de San Francisco a également déposé plainte contre le président Donald Trump pour sa décision de supprimer des financements fédéraux aux villes dites « sanctuaires », qui veulent protéger leurs habitants sans papiers, jugeant cette mesure anticonstitutionnelle.

« Le décret du président n’est pas seulement anticonstitutionnel, il est anti-américain », a fait valoir le procureur de la ville Dennis Herrera en précisant que la plainte avait été déposée devant un tribunal fédéral.

La plainte réclame une injonction à l’encontre du président et de son administration pour les empêcher de supprimer les financements fédéraux aux villes « sanctuaires ». Ces villes refusent de coopérer avec les autorités fédérales pour la mise en œuvre des lois sur l’immigration.

 

6-De qui sont ces citations ?

 

Quizz en 7 questions : de qui sont les citations suivantes (*) ?

 

 

  • « Nos meilleures idées viennent des autres »

 

a. Ralph Waldo Emerson
b. Henry David Thoreau
c. Melania Trump

 

 

  • « Je suis prêt à rencontrer mon Créateur. Quant à savoir s’il est préparé à l’épreuve de me voir, c’est une autre histoire »

 

a. Emmanuel Macron
b. Winston Churchill
c. Søren Kierkegaard

 

 

  • « Une partie de ma beauté, c’est que je suis riche »

 

a. Bernard-Henri Lévy
b. Donald Trump
c. Sénèque

 

 

  • « Le propre du travail, c’est d’être forcé »

 

a. Karl Marx
b. Alain
c. Myriam El Khomri

 

 

  • « La démocratie s’arrête là où commence la raison d’État »

 

a. Thomas Hobbes
b. Manuel Valls
c. Charles Pasqua

 

 

  • « La seule victoire, c’est la fuite »

 

a. Friedrich Nietzsche
b. Nigel Farage
c. Napoléon Ier

 

 

  • « La démocratie, c’est aussi le droit institutionnel de dire des bêtises »

 

a. François Mitterrand
b. Boris Johnson
c. Alexis de Tocqueville

 

RESULTATS

Questions 1 2 3 4 5 6 7
Réponses a b b b c c a

 

(*)InPhilomag-012017

 

 

7- A lire… « Mémoire de paix… »   

Dominique de Villepin vient de publier un remarquable ouvrage, « Mémoire de paix pour temps de guerre »  (Edit. Grasset, 671p., 24€) dans lequel il définit les nouveaux paramètres de la géopolitique mondiale et cible les priorités en matière de diplomatie et d’alliances.

L’ancien ministre des Affaires Etrangères de Jacques Chirac s’est rendu célèbre en prononçant à la tribune de l’ONU en 2003 un discours contre l’intervention américaine en Irak. Aujourd’hui, il prône le retour au réalisme en politique étrangère et plaide pour une vision renouvelée de ce qu’est la diplomatie.

« Le moment est venu de s’atteler au travail de la paix, d’ouvrir les yeux sur les blessures du monde et de nous doter des outils pour construire un nouvel ordre, stable et juste » explique Dominique de Villepin, tout en exposant les enjeux planétaires de l’avenir.

Et de conclure : « Notre diplomatie actuelle est trop assujettie aux impératifs de la défense, avec un Quai d’Orsay à la traîne de la Défense. De même à l’Elysée, l’état-major pèse plus que les conseillers diplomatiques. Le successeur de François Hollande aura la tâche difficile d’engager le nécessaire renouveau de la diplomatie. Je regrette pour ma part que la France soit revenue au sein de l’OTAN. Nous y avons perdu de notre indépendance et de notre rayonnement ».

 

Richard POGLIANO

Les commentaires sont fermés.