REGARDS EN COIN (63)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. L’échec de l’apprentissage
2. Payer pour appeler la police
3. Grossir pour mieux résister
4. L’inquiétant M. Trump
5. Le mirage irlandais
6. Je pollue donc je suis
7. A lire… « Foutez-vous la paix ! »


1- L’échec de l’apprentissage

En matière de politique d’apprentissage, la France a encore ʺraté le cocheʺ !

La France comptait 436.334 apprentis en 2011. Quatre ans plus tard, ils étaient 405.200. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les objectifs n’ont pas été atteints. Même avec un très léger rebond en 2016, les 500.000 apprentis annoncés n’arriveront pas avant fin 2020, dans le meilleur des cas.

Pourtant les vertus de l’apprentissage, pour l’insertion des jeunes dans le monde du travail, ne font absolument aucun doute. Malheureusement, les mesures prises ne sont pas à la hauteur de l’enjeu, même si l’effort financier engagé par l’État a été très important. Entre 2004 et 2010, l’effort national en faveur de l’apprentissage a augmenté de 56 %. Dans le même temps, le nombre d’apprentis n’augmentait que de 16 %.

Le rendement de la dépense supplémentaire a donc été très faible, ce qui amène logiquement à douter de l’efficacité globale du système, que n’a jamais remis en cause l’actuel gouvernement… Songez qu’un apprenti coûtait 18.700 euros par mois en 2012 contre 14.200 euros en 2004. Un phénomène qui ne se dément pas.

L’apprentissage est confronté à trois problématiques majeures.
D’abord, un déficit d’image, car l’apprentissage est  perçu comme un échec, dans la voie de la formation.
Ensuite, les apprentis ne trouvent pas toujours un emploi stable au terme de leur cycle, seuls 55 % d’entre eux étaient en CDI sept mois après la fin de leur contrat d’apprentissage.
Enfin, les chefs d’entreprise sont parfois, et même très souvent dans le cas des métiers les plus faiblement qualifiés, rétifs au système.

Ne faudrait-il pas commencer par créer de Grandes Ecoles des Métiers, pour ennoblir la voie professionnelle ?


 2-Payer pour appeler la police

La plate-forme des appels non urgents, la ʺPFANUʺ, est le nouveau standard de police à Paris. Il reçoit 450.000 appels par an, qui jusqu’alors aboutissaient à la préfecture de police et dans les différents commissariats.

La grande innovation, c’est que ce nouveau ʺserviceʺ est maintenant payant : 6 centimes d’euro la minute, en plus du coût normal de la communication.

Il s’agit donc d’une nouvelle facturation du service public, même si, pour l’instant, ce dispositif n’inclut pas les appels d’urgence, tels ceux dirigés vers le ʺ17-police-secoursʺ, ou bien ceux à destination de la police judiciaire ou du service des passeports.

Il faut rappeler que la notion d’accès à tous, gratuitement, au service public est un principe fondamental auquel les Françaises et les Français sont particulièrement attachés. Et n’est-ce pas le rôle de l’impôt que de faire face aux dépenses induites par le fonctionnement des services de l’État ? Ne devrions-nous pas plutôt avoir une réflexion globale sur l’organisation de ces missions ?

Dans cette affaire, on ne peut que regretter, une fois de plus, le manque de vision, d’appréciation et d’anticipation d’un Etat qui préfère solliciter et pressurer, encore et toujours, le citoyen-contribuable plutôt que de remettre en cause des pratiques dépassées.

   

3- Grossir pour mieux résister

En ce début d’année, les acquisitions-fusions vont bon train…

Safran et Zodiac, un nouveau géant de l’aéronautique
Les deux groupes ont annoncé le 19 janvier leur fusion, avec l’OPA amicale lancée par Safran sur Zodiac.
Ce rapprochement crée un nouveau géant tricolore, dont l’Etat reste un des premiers actionnaires, qui devient le numéro deux mondial des équipements aéronautiques avec un chiffre d’affaires de 31 milliards d’euros et un résultat opérationnel d’environ 2,7 milliards d’euros. Le nouveau groupe, qui s’appellera Safran, devrait employer 90 000 personnes, dont la moitié en France, et sera présent dans une soixantaine de pays.
Safran est le premier motoriste mondial, Zodiac est le numéro un dans les équipements montés à bord des avions commerciaux, régionaux et d’affaires. Le nouvel ensemble couvrira l’ensemble de la chaîne : la propulsion de l’appareil, les trains d’atterrissage, les systèmes de sécurité embarqués et l’aménagement des cabines avec les sièges (plus d’un million déjà vendus), les toilettes, ou encore les toboggans d’évacuation, qui équipent un avion commercial sur six dans le monde.

Optique, Essilor et Luxottica voient leur avenir ensemble
La semaine a démarré par l’annonce d’un mariage franco-italien spectaculaire : Essilor, numéro un mondial des verres ophtalmiques, va fusionner avec Luxottica, fabricant de lunettes de marques de luxe, pour former le leader mondial de l’optique avec une capitalisation boursière de plus de 50 milliards d’euros.
Ce nouveau géant, baptisé EssilorLuxottica pèsera plus de 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires et comptera plus de 140 000 employés dans le monde.  
Fondé en 1961, Luxottica est propriétaire de marques prestigieuses telles que Ray-Ban, Oakley ou encore Persol, et de nombreuses licences de marques de luxe pour les lunettes (Giorgio Armani, Chanel, Prada, Versace, Ralph Lauren…). Le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 9 milliards d’euros en 2015 pour 80 000 salariés. Essilor a pour sa part réalisé un chiffre d’affaires de plus de 6,7 milliards d’euros en 2015 et compte 61 000 salariés.

Tabac, Lucky Strike absorbe Camel
Le cigarettier britannique British American Tobacco (BAT), propriétaire des marques Dunhill, Lucky Strike, Kent et Rothmans va prendre le contrôle de Reynolds American, détenteur des Camel et Newport pour près de 50 milliards de dollars (46,5 milliards d’euros), afin de devenir un leader aux États-Unis et dans l’e-cigarette.
BAT devient ainsi la première entreprise cotée de tabac du monde en termes de chiffre d’affaires et de bénéfice opérationnel. En termes de nombre de cigarettes vendues, elle consolide sa troisième place mondiale, avec 12,5 % de parts du marché mondial, derrière le mastodonte d’État China National Tobacco Corporation (CNTC, 44 % de parts de marché) et Philip Morris International (près de 15 %) qui vend notamment les Marlboro en dehors des États-Unis ainsi que les L & M et les Chesterfield.
Le groupe britannique sera aussi l’un des leaders dans le domaine de l’e-cigarette. Il vend notamment sa cigarette électronique Vype au Royaume-Uni, où elle l’a lancée en 2013, ainsi qu’en France entre autres, tandis que Reynolds commercialise aux États-Unis l’e-cigarette Vus, présentée comme une des principales marques sur le marché américain – le premier du monde dans ce domaine.

A suivre…

4-L’inquiétant M. Trump

L’arrivée  de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis annonce des temps durs, à tout le moins incertains.

Pour s’en convaincre, il suffit de voir et revoir,  sa dernière conférence de presse avant son investiture, et  entendre les devises du nouveau président vie : « Je cogne donc je suis. Et si je perds, je me présente comme victime. Je ne mens jamais : je pratique l’hyperbole véridique. Si je suis dans l´ombre, je me sens diminué. » Même quand il fait faillite, les banques le paient pour continuer à faire la promotion de sa marque. Et, même vide, celle-ci lui fait gagner beaucoup d´argent.

A le voir, on comprend que Trump fera ce qu’il dira : oublier l’Otan, abaisser l’Europe, militer en faveur d’Israël, murer les frontières américaines et mettre la Chine au défi. On en passe, et beaucoup d’autres.

Soit une remise en cause absolue des fondements diplomatiques de ce début de XXIe siècle…

5-Le mirage irlandais

Dans les milieux financiers, il est de bon ton de présenter l’Irlande en miracle économique: la croissance du PIB irlandais était de 26,3 % en 2015 (la plus forte croissance au monde cette année-là), les exportations ont doublé entre 2009 et 2015 (passant de moins de 160 milliards d’euros à 317 milliards d’euros, soit presque autant que l’Espagne pour un pays beaucoup moins peuplé) et chaque emploi irlandais exporte en moyenne 151.000 euros (c’est-à-dire 6,7 fois plus qu’un Français ou un Britannique et 4,3 fois plus qu’un Allemand).

Comment ce pays, qui ne dispose pas d’infrastructures portuaires d’envergure, peut-il exporter autant que l’Espagne, qui compte certains des plus gros ports du continent ?
Comment ce pays, dans lequel le nombre d’emplois industriels a chuté de 22,1 % – soit autant que la France depuis 2000 -, a pu ainsi doubler sa production ?
Est-il réaliste de croire qu’un pays qui n’a augmenté son nombre d’emplois que de 3,9 % depuis la reprise de 2013 peut avoir, dans le même temps, fait flamber son activité économique de 37 % ?
Le miracle irlandais ne serait-il donc qu’un mirage ?

Pour expliquer les chiffres irlandais, il faut comprendre le système comptable irlandais, avec une fiscalité extrêmement avantageuse pour l’installation des filiales de compagnies étrangères, qui réalisent d’énormes bénéfices, sans rien produire sur le sol national irlandais. En somme, l’Irlande est un paradis fiscal pour les entreprises européennes et mondiales.

A l’image du Luxembourg de Jean-Claude Juncker, l’Irlande détourne purement et simplement une partie de l’impôt qui devrait revenir à d’autres Etats membres, comme la France, en attirant des entreprises étrangères grâce à sa fiscalité ridiculement basse (12,5 % d’impôt sur les sociétés, et souvent bien moins car il y a quantité de niches).

Or ces avantages fiscaux sont des aides d’Etat strictement opposées au droit de la concurrence dans l’Union européenne. La politique menée à Dublin est pourtant issue d’une double perversion caractéristique de l’Union. En effet, l’Irlande perturbe toute l’économie européenne par son dumping fiscal ultra-agressif, mais elle y est contrainte parce que l’Union européenne a dépouillé les petits pays de leurs capacités industrielles à mesure qu’ils respectaient les engagements comptables d’intégration à la zone euro.

Nous sommes tous menacés par ces mirages économiques, tant l’Irlande que les pays partenaires commerciaux. Cette bulle spéculative peut exploser du jour au lendemain. Toute l’économie européenne est fondée sur des contradictions mortelles…

6-Je pollue donc je suis

Les villes de Chine sont régulièrement frappées par un brouillard grisâtre chargé de particules fines, très dangereuses pour la santé. La récurrence du phénomène, couplée à l’impression que la situation ne s’arrange pas, provoque la colère de nombreux Chinois.

Le niveau d’alerte le plus élevé (rouge) est décrété lorsqu’un épisode de pollution grave est prévu pour plus de 72 heures. Il peut déclencher la circulation alternée, l’arrêt de la production dans les usines ou la fermeture d’écoles.

L’Administration nationale météorologique a ordonné à ses services locaux de « stopper immédiatement la publication d’alertes au brouillard de pollution », selon une note interne publiée sur le site de Weibo. La mesure a été prise car « il est arrivé que les bureaux locaux de la météo et l’administration de la protection environnementale publient des informations contradictoires » sur le sujet, a déclaré un responsable de l’Administration nationale météorologique. Ce problème était notamment survenu durant une vague de pollution à Pékin aux alentours de Noël 2015. Les deux services avaient émis des alertes de niveaux différents.

Un mécanisme commun sera désormais mis en place afin de déterminer quel service décrétera chaque alerte, a indiqué ledit responsable.

Une annonce accueillie avec scepticisme par beaucoup, suspicieux vis-à-vis des mesures officielles de pollution…

7-A lire… « Foutez-vous la paix ! »    

Fondateur de l’Ecole Occidentale de Méditation et pionnier de la psychologie positive, Fabrice Midal publie « Foutez-vous la paix ! et commencez à vivre » (Edit. Flammarion, 188 p., 16,90 €).

Pour Fabrice Midal, la méditation traditionnelle est un contre-sens. On accède à la joie de se sentir bien vivant et heureux, en s’affranchissant de toutes les règles, en se libérant de toutes les injonctions et fausses contraintes. Bref, ne cherchez pas à suivre des consignes, à vous conformer à tel ou tel modèle, ne faites rien, c’est tout. Et advienne que pourra…
Pour Fabrice Midal, « il n’y a pas de normal ou d’anormal. Si vous avez envie de dormir, eh bien, dormez et foutez-vous la paix ! ». Il ne faut plus tenter de comprendre les dysfonctionnements, le malaise, les névroses pour les guérir, mais s’attacher à ce qui rend l’homme heureux, à ce qui détermine les conditions de son bonheur. C’est en s’abstenant de soigner qu’on commence à guérir, c’est en s’abstenant de faire qu’on commence à vivre.

Le livre de Fabrice Midal exhorte donc à se libérer de la pression et du conformisme ambiant, et à laisser s’accomplir ce qu’il décrit comme un petit miracle : ne rien faire. Et goûter aussitôt, assure-t-il, à l’ivresse de se sentir vivant…

Richard POGLIANO

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