REGARDS EN COIN (59)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. Le vrai ʺtrouʺ de la Sécu
2. La déconnexion des salariés
3. La caisse noire de la République
4. Justice à deux vitesses
5. L’euro ferme face au dollar
6. L’hypermarché global
7. A lire… « Où va l’histoire ? »


1-Le vrai ʺtrouʺ de la Sécu

« Il aura disparu en 2017 », c’est ce qu’a déclaré la ministre Marisol Touraine concernant le ʺtrouʺ de la Sécurité Sociale, c’est-à-dire le régime général (branche maladie -assurance-maladie-, branche vieillesse –Cnav-, branche famille -Caf-, branche accidents du travail et maladies professionnelles) et le fonds de solidarité vieillesse (FSV).
Qu’en est-il ?

Les comptes annuels de la Sécurité Sociale (*) connaissent certes une nette amélioration depuis 2010, certaines branches étant excédentaires depuis 2013.
Mais la dette sociale (le vrai ʺtrouʺ de la Sécu), c’est-à-dire les déficits accumulés des organismes de Sécurité Sociale, est encore de 152,4 milliards d’euros en 2016, soit 2 287 euros par habitant.

Selon la Commission des Comptes de la Sécurité Sociale, les pertes en 2016 sont moins importantes que les prévisions, à – 7,1 milliards d’euros.
Entre 2010, le déficit annuel de la Sécurité Sociale a donc été divisé par 4.

Pour 2017, le déficit annoncé du régime général n’est que de 400 millions d’euros, pour des dépenses près de 1000 fois supérieures (380 milliards d’euros).
Mais c’est sans compter le FSV, dont le déficit devrait s’établir à 3,8 milliards d’euros.

Ainsi, en 2019, plus de 120 milliards d’euros de dette sociale resteront à rembourser.

Le ʺtrouʺ de la Sécu est donc loin d’être comblé…

(*)Source :PLFSS2017-LFSS2016-CommissionDesComptesDeLaSécuritéSociale-CourDesComptes-ParisMatch.Com

 

2-La déconnexion des salariés

Depuis le développement des smartphones et ordinateurs portables, les salariés des entreprises sont joignables partout et à toute heure. Il n’y a plus de frontière entre vie privée et vie professionnelle…

Pour éviter les abus et les conflits de toutes sortes, la loi Travail, dans son article 55, a défini un « droit à la déconnexion des salariés ». Certes, la loi reste encore très sibylline et aucune sanction n’est prévue, mais ce droit est entré en vigueur ce 1er janvier.

Il est demandé aux entreprises de plus de 50 salariés d’ouvrir des négociations pour définir des accords, ou mettre en place une charte, avec des dispositifs permettant de « respecter les temps de repos et l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle ».

Quelques entreprises s’étaient déjà emparées de la question. Volkswagen a bloqué l’accès aux serveurs BlackBerry de ses salariés de 18h15 à 7 heures, d’autres ont négocié des accords de branche, avec des « chartes de bonnes pratiques ».

Avec la loi, c’est une incitation générale à l’ouverture de dialogues entre les partenaires sociaux…

(*)Challenges-503-05012017-25-CC

   

3- La caisse noire de la République

La vieille dame vient de fêter se 200 ans !

Il s’agit de la Caisse des Dépôts et Consignations, une institution française comme il n’en existe nulle part ailleurs. Elle a pour mission de gérer l’épargne des Français déposée sur les livrets A, c’est-à-dire plus de 250 milliards d’euros, ainsi que celle des régimes de retraite, et les dépôts des notaires ou des administrateurs judiciaires… Toute notre épargne, en somme, 250 milliards d’euros qu’elle gère et 250 milliards d’euros qui sont ses actifs propres…

Etablissement financier public créé en 1816, les missions de la caisse des dépôts et consignations s’appuient sur les politiques publiques conduites par l’Etat et les collectivités territoriales, dans différents domaines d’intérêt général : le financement du logement social, le renouvellement urbain, le développement de l’emploi et des PME, le financement de grandes infrastructures, le financement des très petites entreprises (TPE).
La CDC joue un rôle important dans le système financier du pays, l’argent qu’on lui confie est maintenu en sécurité. Elle a un rôle d’investisseur institutionnel qui permet à l’Etat de soutenir le capital de plusieurs sociétés et de bénéficier de dividendes.Enfin à travers ses filiales, elle intervient dans trois domaines d’activités concurrentielles : CDC IXIS, banque d’investissement et de financement pour une clientèle internationale d’investisseurs institutionnels et d’entreprises ; CNP, l’assurance des personnes (assurance vie, prévoyance) et C3D, l’ingénierie et services par le développement des territoires.

4-Justice à deux vitesses…(*)

 

Dimanche dernier, le JDD nous a appris que Patrick Balkany est passé aux aveux après de nombreuses dénégations. Face à une montagne de preuves, le député-maire de Levallois a été contraint d’admettre une longue pratique des comptes off shore, ainsi que la propriété d’une villa aux Antilles. Les Balkany auraient, ainsi, dissimulé une somme avoisinant les 10 millions d’euros. Quand notre parlementaire passera-t-il devant un tribunal ? En tenant compte du fait qu’il fera appel du jugement, il y en a pour des années avant de le voir véritablement condamné. Notons qu’il a fallu une levée de boucliers de cadres de son parti pour qu’il ne soit pas candidat pour les législatives de juin 2017.

Le 9 novembre 2016, la députée ex-PS des Bouches-du-Rhône Sylvie Andrieux était définitivement condamnée à un an de prison ferme après le rejet, par la Cour de cassation, de son pourvoi. L’élue avait distribué, à des fins électoralistes, quelque 700.000 euros de subventions régionales à des associations bidon.  La procédure a duré près de dix ans. Eh oui, avec de bons avocats et une connaissance approfondie des lois, on arrive à reculer l’échéance. Vous me direz : enfin une peine de prison ferme. Eh non ! Car elle sera effectuée avec « bracelet électronique », dixit la présidente de la cour d’appel d’Aix-en-Provence.

Jeudi 5 janvier, en fin de journée, un homme âgé de 83 ans rentre dans un Super U de Royan, en Charente-Maritime. L’octogénaire se dirige vers le rayon viande et, discrètement, déchire des emballages et met les morceaux récupérés dans des sachets plastiques, avant de les placer dans les poches de son manteau. Mais il n’a fait attention ni aux caméras de surveillance ni aux vigiles. Ces derniers l’alpaguent en flagrant délit. Convoqué au commissariat de police le lendemain matin, le vieillard écope d’un simple rappel à la loi, mais il n’en doit pas moins rembourser le montant de son vol au supermarché, soit la somme de 30 euros. Tout penaud, il expliqua aux policiers que c’était la première fois qu’il volait.

Le supermarché aurait pu faire une fleur à cet octogénaire et le dispenser de payer une somme dérisoire pour une grande surface. Mais non, « que vous soyez grand ou misérable », le compte n’est jamais identique.

(*)ParJ.-P.FabreBernadac-www.bdvoltaire.fr-09012017

 

 

5-L’euro ferme face au dollar

 

L’euro se raffermissait vendredi face au dollar (*), les investisseurs s’inquiétant du manque de précisions apportées par Donald Trump sur sa politique économique au cours de sa récente conférence de presse.

Ce 13 janvier 2017, vers 07h00 GMT (08h00 à Paris), l’euro progressait légèrement à 1,0634 dollar contre 1,0614 dollar jeudi vers la même heure. L’euro montait face à la monnaie nippone à 121,95 yens contre 121,79 yens jeudi. Le dollar reculait légèrement face à la devise japonaise à 114,68 yens contre 114,75 yens la veille.

Le billet vert poursuivait son repli après la première conférence de presse de Donald Trump depuis son élection, au cours de laquelle il n’a apporté aucune précision sur ses promesses de relance des dépenses d’infrastructures, de baisses d’impôts et de déréglementations de certains secteurs.

A suivre…

(*)Inwww.bdvoltaire.fr-13012017

 

6- L’hypermarché global

 

Un hypermarché qui possède 200 millions de références et qui est fréquenté par plus de 300 millions de clients, dont 25 millions en France…

C’est Amazon, le géant de Seattle, une « machine à vendre » dirigée par Jeff Bezos, une « entreprise de technologie qui se trouve faire du commerce de détail », un éco-système en croissance de 20% par an, un poids lourd aux Etats-Unis qui se développe tous azimuts dans le monde et investit 4 milliards de dollars par an dans le seul secteur de l’audiovisuel…

Amazon, c’est aussi (*) :

  • 107 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2015,
  • 230 800 employés,
  • 596 millions de dollars de profits nets en 2015,
  • plus de 7 milliards d’articles vendus en 2016,
  • 346 entrepôts, dont 145 hors des Etats-Unis,
  • 35 articles expédiés par seconde,
  • 74% du marché des e-books avec Kindle,
  • 30 à 45% des ventes de livres (Etats-Unis),
  • et le projet d’ouvrir de plus en plus de librairies physiques.

Le seul qui pourrait un jour concurrencer Amazon, c’est peut-être son frère ennemi chinois, l’Alibaba de Jack Ma…


(*)L’Obs-2720-22122016-22/26-DominiqueNora

 

7- A lire… « Où va l’histoire ? »    

 

 

Philosophe et historien des idées, spécialiste des philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam, Rémi Brague est l’un des plus fins analystes des bouleversements du monde actuel. Il publie un livre d’entretien avec le journaliste Giulio Brotti, « Où va l’histoire ? » (Editions Salvator, 181 p., 20 €) qui aborde tous les « dilemmes » et « espérances » de notre XXI° siècle.

Extraits.
« Où va l’histoire ? Il n’est pas besoin d’avoir lu Raymond Aron pour constater qu’on ne sait jamais où elle va ».
« Le christianisme a eu ce mérite de faire place à ceux qui l’avaient précédé, particulièrement la Bible hébraïque – on parlera donc de racines bibliques – mais il a aussi assimilé des pans entiers de culture grecque et latine. C’est cet ensemble qui a fait l’Europe ».
« Le problème n’est pas la distinction du religieux et du politique, mais l’indistinction du religieux et du normatif, lequel dicte la conduite des individus en matière d’hygiène, d’habillage, de relations familiales, conjugales, filiales, etc. ».
« Serons-nous capables de redevenir fiers de ce que nous sommes, et réticents envers ce que nous ne sommes pas, ou continuerons-nous à baisser les bras pour, finalement, cesser d’exister ?».
« ʺIl n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux ; c’est le suicideʺ, a dit Camus. Le suicide collectif l’est plus encore. Il ne serait pas nécessairement sanglant ni apocalyptique, mais une renonciation à nous-mêmes, à notre intelligence, à notre destin ».

 

Richard POGLIANO

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