REGARDS EN COIN (52)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. Sauver le soldat Alstom
2. Le sondage de la semaine
3. Le Positive Economy Forum
4. La société offshore de la Commissaire Européenne
5. Tenzin Gyatso, le 14° dalaï-lama
6. A lire… « Histoire secrète d’un krach qui dure »

 

 

1-Sauver le soldat Alstom

 

Le dossier Alstom vient d’être confié au nouveau secrétaire d’Etat à l’Industrie, Christophe Sirugue, qui s’est donné « jusqu’à la fin du mois » (septembre ou octobre ?) pour trouver une solution, notamment par la commande de 30 rames Intercités, pour les trains territoriaux (*).

Deux ans après la vente mouvementée de la branche énergie de Alstom à l’américain General Electric (GE) — voir ma Newsletter n°29 du 07.07.2014 (1) et celle n°22 du 05.05.2014 (2) —, le sort du constructeur  ferroviaire français est toujours d’actualité.

Sauf qu’aujourd’hui, le nouveau patron d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, annonce purement et simplement la fermeture de l’usine de production des trains à Belfort… alors que lors de la présentation des comptes résultats 2015-2016, ce même Henri Poupart-Lafarge annonçait qu’Alstom ne s’était jamais aussi bien porté !

General Electric n’aurait pas fait mieux !

A la lumière de ce qui a toujours été ma position (cf. ci-dessous en fin de rubrique), nous analyserons prochainement le cas Alstom et, au-delà, le cas de la désindustrialisation française…

(*)Challenges-490-22092016-16/18-PaulineDamour

 

2- Le sondage de la semaine

Avec entre  25 et 28 % des voix, Marine Le Pen se qualifierait pour le second tour de la présidentielle dans tous les cas de figure, selon un sondage Elabe.

Alain Juppé serait le seul candidat des Républicains à la devancer au premier tour, son socle oscillant entre 26 et 34 %, contre une fourchette de 18 à 23 % pour Nicolas Sarkozy, qui pâtirait de la candidature de François Bayrou.

Emmanuel Macron s’imposerait pour sa part systématiquement face à un candidat de la gauche. Il devancerait François Hollande de 2 points, Manuel Valls de 5 à 6 points et Arnaud Montebourg de 9 points.

Jean-Luc Mélenchon, crédité de 14 à 15 % des intentions de vote, ferait quant à lui jeu égal avec l’actuel chef de l’Etat.

 

3- Le Positive Economy Forum

 

Pour la 5ème année consécutive, Jacques Attali a présidé le Positive Economy Forum qui, pendant cinq jours, a réuni des entrepreneurs, des intellectuels et des artistes du monde entier, avec plus de 10 000 visiteurs qui sont allés à la rencontre de personnalités exceptionnelles comme Salman Rushdie, Angus Deaton, le Dr Denis Mukwege ou encore Christian Lacroix.

Cet événement inspirant a eu pour ambition de participer à l’émergence d’une société positive, qui réoriente l’économie vers la prise en compte de l’intérêt des générations futures. C’est pourquoi il est entièrement gratuit et ouvert à l’ensemble des citoyens, premiers bâtisseurs de cette société positive.

A l’ordre du jour… de nombreux débats et conférences, d’innovants  projets et expérimentations, parce que c’est l’unique moyen de relever les défis économiques, écologiques, technologiques, sociaux et politiques qui attendent le monde d’ici 2030.
Pour mettre en place une société positive, qui réoriente l’économie vers la prise en compte de l’intérêt des générations suivantes, le Positive Economy Forum fédère, sensibilise et pense le monde d’aujourd’hui et les solutions de demain.

Pour Jacques Attali « l’économie positive est une économie au service des générations futures, qui favorise une croissance responsable, durable et inclusive, respectueuse de l’environnement et au service de la société. L’économie positive est véritablement le cœur de l’économie de demain; c’est à la fois ce qui est en train de pousser dans le sous-terrain de la société planétaire et l’élément fondamental de réponse aux grandes crises que nous vivons aujourd’hui ».

 

4- La société offshore de la Commissaire Européenne

 

Dans ma dernière Newsletter, et dans celle n°107 du 05.09.2016, je vous parlais de  » l’indécent M. Barroso « , ancien président de la Commission Européenne qui, à l’encontre de toute morale et de l’article 245 du traité de l’Union, avait rejoint la banque d’affaires Goldman Sachs.

Force est de constater aujourd’hui que le bilan de la Commission Barroso s’alourdit et que de nouvelles révélations se font jour.
Et de pire en pire…

L’ancienne commissaire européenne à la concurrence, la néerlandaise Neelie Kroes (*), a été directrice d’une société offshore aux Bahamas jusqu’en 2009, alors qu’elle était en poste à la Commission Européenne, de 2004 à 2014 !

C’est ce que révèle l’enquête « Bahamas-Leaks », qui concerne les Bahamas, véritable paradis terrestre pour les stars d’Hollywood fuyant les paparazzis, mais l’un des paradis fiscaux les plus florissants des Caraïbes, résolument tourné vers le business de l’argent à coups d’impôt zéro, de sociétés écrans et de comptes bancaires secrets.

Outre les questions d’ordre éthique que soulevait déjà l’affaire Barroso, le président actuel de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker va devoir affronter ce qui devient aujourd’hui de véritables conflits d’intérêts avec les responsabilités publiques de Mme Kroes.

Alors, M. Juncker ne devrait-il pas rapidement solder « l’héritage Barroso » ?
Beaucoup ne comprennent pas pourquoi il hésite encore…

(*)LeMonde-23092016-2/3-JérémieBaruh/AnneMichel/MaximeVaudano

 

5- Tenzin Gyatso, le 14° dalaï-lama

 

Invité par plusieurs centres et congrégations bouddhistes tibétains de France, sa sainteté le dalaï-lama était en France du 12 au 18 septembre, où il n’était pas venu depuis 2011.

A 81 ans, lauréat du prix Nobel de la Paix, 14ème dalaï-lama, Tenzin Gyatso a fui son pays en 1959. Jouissant d’un immense prestige spirituel auprès des Tibétains, il n’a jamais cessé de demander davantage d’autonomie pour le Tibet plutôt qu’une indépendance formelle. Refusant catégoriquement la violence, il n’a cessé de moderniser les institutions tibétaines du gouvernement en exil, avant de se recentrer sur son rôle d’autorité morale et de voyager dans le monde entier pour dispenser son enseignement.

Toujours souriant, bienveillant, le dalaï-lama aime aussi surprendre, en dépassant le cadre de la spiritualité pour donner son avis sur des questions d’actualité…

(*) LeFigMag-09092016-25-CyrilHofstein

 

6- A lire… «Histoire secrète d’un krach qui dure»

 

 

Nous voici plongés dans les méandres du krach de 2008…

L’ouvrage de Marc Roche (*),  » Histoire secrète d’un krach qui dure  » (Edit Albin Michel, 320p, 19,50 euros), nous fait découvrir les coulisses de la finance internationale, de New York à Paris, en passant par Bruxelles, Francfort, Londres ou Salzbourg. Un véritable roman policier, mené à un rythme endiablé…

Extrait. « Le 13 octobre, Londres injecte 37 milliards de livres en prenant des participations dans la Royal Bank of Scotland, HBOS et Lloyds TSB. Darling contraint les principaux dirigeants à la démission. Bob Diamond [PDG de Barclays Capital] l’a échappé belle. Amanda et Diana [amies] se frottent les mains. Les marchés tremblent, mais elles vont se partager une prodigieuse commission : autour de 300 millions de livres. De quoi sabler le champagne ! »

Un véritable tableau vivant de la comédie humaine, qui s’agite autour du monde bancaire, en décortiquant en particulier le rôle des établissements européens, dont BNP Paribas, un an avant le déclenchement officiel de la crise des subprimes.

Et de conclure que, malgré « une certaine moralisation de la finance », l’économie mondiale reste « assise sur un baril de poudre »…

 

(*)Challenges-490-22092016-38-AMR

 

Richard POGLIANO

(1)  Newsletter n°29 du 07.07.2014.

ALSTOM : UNE TRES CURIEUSE NEGOCIATION !

Dans l’affaire Alstom, j’ai toujours milité pour une solution franco-française (voir ma Newsletter du 5 mai 2014).
Mais en écoutant les déclarations des membres du Gouvernement, et tout particulièrement celle du ministre de l’Economie, je me suis demandé si la solution miracle avait été trouvée.
Alors, j’ai regardé de plus près…

Donc, entre la solution américaine General Electric et la solution japan-allemande Siemens-Mitsubishi, le gouvernement a tranché, ce sera General Electric. Et Arnaud Montebourg d’annoncer, lors d’une conférence de presse le 20 juin, que l’Etat Français, aux côtés de General Electric, prendra une participation de 20 % au capital d’Alstom.

En fait, Alstom va être ‘‘découpée’’.
General Electric acquiert 100 % des turbines d’Alstom, qui représentent  60 % des activités énergie du groupe.
Les 40 % restant, éoliennes en mer, réseaux électriques, etc., sont  répartis sur trois entreprises à 50/50, entre Alstom et General Electric.
Au total, l’investissement de General Electric  s’élève à 7,3 milliards d’euros, au lieu des 12,35 prévus au départ.
Alstom récupère pour 600 millions d’euros, mais dans le cadre d’activités qui n’ont d’application qu’aux Etats-Unis.

On n’est plus du tout dans un grand projet d’avenir pour notre entreprise française…

Et la participation de l’Etat ?
Le gouvernement a décidé de racheter les deux tiers de la participation de Bouygues dans Alstom, soit 20 %, au cours de 35 euros l’action, qui le 20 juin n’en valait que 28. Soit un investissement de 2 milliards d’euros. C’est la banque publique, BPIFrance, qui est sollicitée pour la moitié de cet investissement, en appui de l’Agence des Participations de l’Etat.

N’aurait-il pas mieux valu faire une augmentation du capital d’Alstom, plutôt que racheter des actions ? Vous me direz, cela aurait été tout bénéfice pour General Electric… et vous auriez raison !  

N’aurait-il pas mieux valu assurer l’avenir d’ Alstom dans les grands défis énergétiques européens et mondiaux ? Vous me direz, le nouvel Alstom n’aura toujours pas la taille critique pour faire face aux concurrents internationaux… et vous auriez encore raison !

Alors ?
… Alors, oui, vraiment, une bien curieuse négociation !


Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

 

(2) Newsletter n°22 du 05.05.2014
L’AVENIR D’ALSTOM AURAIT DU… DEVRAIT ETRE FRANCO-FRANÇAIS !

 

Une fois de plus, il est stupéfiant de constater l’inconséquence, voire l’incompétence, de nos dirigeants français ! Car ce qui est en jeu dans l’affaire Alstom, ce n’est ni plus ni moins que l’indépendance de la France dans certains domaines technologiques de pointe, et son positionnement international dans les secteurs d’avenir, notamment énergétiques.

 

Alstom est le leader mondial du TGV –Train à Grande Vitesse- et des équipements hydro-électriques. C’est donc le fer de lance de notre politique énergétique et de transport, de la maintenance de nos centrales thermiques et nucléaires, ainsi que de l’avenir de nos filières de développement durable. Ce qui place notre pays en position très favorable, non seulement pour sa propre politique industrielle et énergétique, et donc pour la fameuse transition que nous appelons de nos vœux, mais également à l’international, dans le développement de la mondialisation et du nécessaire rapport de force économique que nous devons établir pour, tout simplement, exister.

 

Il s’agit donc d’enjeux industriels nationaux stratégiques, mais aussi, et surtout, d’enjeux géopolitiques européens et mondiaux. Et puis, au bout du compte, il s’agit de l’avenir industriel de la France, et donc de l’emploi pour notre pays dans les filières correspondantes, la diminution du chômage par la croissance de nos industries, la diminution de nos dettes et déficits par la création de richesse nationale.

 

Mais cela nos gouvernants actuels ne le voient pas, parce qu’ils n’ont aucun projet à moyen et long terme, aucune analyse ni macro ni micro-économique, aucune vision industrielle pour la France, aucune vision tout court.
Parce qu’ils croient – Montebourg aussi ! – que la mondialisation, que personne ici ne rejette, va naturellement répondre à l’intérêt général de nos populations.
Parce qu’ils appliquent avec la plus grande ferveur – Valls aussi ! – les préceptes de la bible ultralibérale de Bruxelles, qui amplifient chaque jour un peu plus l’austérité, et donc la récession, dans nos pays européens.
Parce qu’ils participent pleinement, après l’avoir dénoncé, – Hollande aussi ! – à la recapitalisation de la finance internationale par l’ensemble des contribuables nationaux, tout particulièrement européens.

 

C’est pour toutes ces raisons qu’une solution franco-française est vitale pour notre pays, et qu’il nous faut la rechercher. Il reste un mois pour la mettre en place. D’autant que ni General Electric, ni Siemens, ne garantissent l’avenir du carnet de commandes d’Alstom et les investissements suffisants. Sans compter que dans les deux cas, les économies d’échelle réalisées seraient dramatiques pour l’emploi des salariés français.

 

General Electric n’est pas la solution…

Depuis la crise de 2008, le groupe américain est devenu une énorme banque… qui possède des usines. Et si General Electric cherche à retrouver une vocation industrielle, ce n’est que pour la conquête de nouveaux marchés dans les équipements lourds et les infrastructures. C’est une vision à long terme qui, malheureusement, échappe à la France. En revanche, aux Etats-Unis, la conquête industrielle est devenue une stratégie plus que centrale dans la politique du Président Barak Obama. Conquérir de nouveaux marchés par croissance externe, c’est-à-dire par acquisition d’entreprises étrangères. Et transférer les brevets, récupérer les savoir-faire, bref dans notre cas, désindustrialiser la France.

L’échec, en 2009, de la reprise d’une filiale d’Areva par General Electric au profit d’Alstom, reste, en cela, un point de friction entre les français et les américains. Ce qui doit nous faire prendre conscience que l’avenir d’Alstom n’intéresse pas General Electric. Que si General Electric est une entreprise performante, c’est parce que ses intérêts ne sont pas ceux d’Alstom, ni de la France, mais de General Electric et des Etats-Unis.

 

…Siémens, non plus !

 

Siémens est le concurrent direct d’Alstom. Mais un concurrent avec lequel aucune alliance n’est souhaitable. Cela fait dix ans que Siémens cherche à racheter Alstom. Nous nous y sommes toujours opposés. D’abord parce que la stratégie de Siémens condamnerait le nucléaire et supprimerait toutes les activités françaises concurrentielles. Ensuite parce que les garanties de Siémens, quelque soient les chiffres annoncés, ne sont pas économiquement viables pour Alstom et ses salariés, donc pour la France. Ce que Siémens apporte à Alstom, un autre Train à Grande Vitesse, Alstom l’a déjà, et en mieux. Si la filière du transport urbain reste allemande, c’est Alstom qui apporte à Siémens, et pas l’inverse

Alors, cherchons une solution franco-française d’urgence !

Encore une fois, je le répète souvent, l’Etat français doit mettre en place une stratégie industrielle et se comporter en stratège. Non un Etat omniprésent, centralisateur, nationaliste, mais un Etat pilote et stratège.
Un Etat qui organise et investit lorsque nécessaire, faisant fi de Bruxelles lorsqu’il y a péril éminent pour notre économie. Un Etat qui mettrait autour de la table Alstom, Areva, EDF, Schneider, d’autres sûrement, et qui permettrait à Alstom de prendre une nouvelle dimension. Car Alstom a un problème de taille, comme toute notre industrie française.

Il est temps de préparer le futur industriel de la France.


Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

 

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