REGARDS EN COIN (45)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. Alain Juppé : propositions pour l’emploi (1)

2. L’Autriche gagnant-perdant

3. La Norvège veut changer l’entreprise

4. Renault, Nissan et Mitsubishi

5. L’alliance du numérique et de l’alimentation

6. A lire… « Marchés de Dupes »

 

1- Alain Juppé : propositions pour l’emploi (1)

« Un objectif clair : le plein emploi. C’est ambitieux. Pour cela il faut changer de logique »

Principales propositions concernant l’emploi :

  • Libérer le travail
    • Sortir des 35 heures
      • Fixation par chaque entreprise de la durée du travail hebdomadaire dans le cadre d’une négociation.
      • Augmentation du temps de travail appliquée à la fonction publique.
    • Sécuriser le CDI en clarifiant les conditions de sa rupture
      • Inclusion dans les CDI de motifs prédéterminés de rupture, adaptés à l’entreprise, encadrés par la loi et homologués par l’administration.
    • Soutenir les indépendants
      • Alléger les cotisations au RSI de 2 Md€.
      • Mettre fin aux dysfonctionnements inadmissibles du RSI.
    • Organisation de référendums d’entreprise à l’initiative du chef d’entreprise et d’au moins un syndicat représentatif en cas d’échec des négociations, le résultat de ce référendum ayant force obligatoire.
    • Rendre le travail compétitif
      • Refondre et simplifier les allégements de charges existants en les ciblant sur les bas salaires
        • Refonte des allégements généraux de charges sur les salaires et du CICE dans un dispositif pérenne de zéro charge patronale au niveau du SMIC.
      • Favoriser le développement des emplois de services à la personne
    • Rendre le travail attractif
      • Alléger la fiscalité des familles sur les revenus de leur travail
        • Relèvement du plafond du quotient familial de 1500 à 2500 € par demi-part supplémentaire.
      • Aider les chômeurs de longue durée à se réinsérer sur le marché du travail
        • Remise au demandeur d’emploi d’un chèque représentatif de toutes les aides dont l’entreprise pourra bénéficier en l’employant
        • Pour les personnes très éloignées de l’emploi, mise en œuvre d’un programme de retour à l’emploi en entreprise.

(à suivre)

►2- L’Autriche gagnant-perdant

L’élimination des sociaux-démocrates et des conservateurs autrichiens dès le premier tour de la présidentielle a permis au candidat d’extrême droite Norbert Hofer de se retrouver largement en tête.

Tout simplement parce que le régime autrichien sclérosé a vécu ses derniers jours : un régime fondé sur la coalition des deux grands partis de gouvernement soudés par le Proporz, un système de partage des places et des prébendes dans l’appareil public totalement rejeté par le peuple autrichien(*).

La démission du chancelier social-démocrate Werner Faymann et la victoire, surprise et sur le fil, d’Alexander Van der Bellen, ex-patron des écologistes sans aucun projet ni aucune perspective, ne font que renforcer la montée de l’extrême droite.

A deux ans des législatives autrichiennes, les partisans d’un repli isolationniste, nationaliste, populiste et communautariste s’approchent du pouvoir.

Que nos candidats aux présidentielles de 2017 en France, de droite comme de gauche, primaire(s) ou pas, en tirent les leçons qui s’imposent. Seule une vision pour la France et donc, un projet pour la France avec des propositions claires, précises et chiffrées, ainsi qu’un calendrier des actions à réaliser, peuvent mobiliser des Françaises et des Français qui ne croient plus aux politiques…

(*) Challenges-479-26052016/47-JeanGabrielFredet

 

►3- La Norvège veut changer l’entreprise

« Nous pensons qu’étant donné la façon dont a évolué la question de la rémunération des dirigeants, nous devons aussi examiner quel doit être leur niveau approprié ». Ainsi parle Yngve Slyngstad (*), le patron du NBIM, fonds souverain norvégien, le premier fonds d’investissement du monde.

Autrement dit, il en va de l’intérêt de tous de respecter un socle de pratiques et de principes communs. Non seulement pour obtenir des rémunérations de dirigeants d’un « niveau approprié », mais aussi pour lutter contre une série de maux : dégâts environnementaux, corruption, travail forcé, exploitation des enfants, torture, violation des droits en situation de guerre…

Autant de critères bannis par le fonds d’investissement, qui dialogue avec les entreprises dont il est le partenaire, en usant de son droit de vote… allant jusqu’à les exclure, si elles font la sourde oreille, en les plaçant sur une liste noire. NBIM, c’est 750 milliards d’euros d’actifs et des participations dans plus de 9 000 groupes, comme Nestlé, Apple, Roche Holding, Novartis, Alphabet ou Microsoft.

Il est difficile de mesurer exactement l’influence de NBIM, mais il est « rafraichissant » de constater une réelle volonté de changer les comportements dans les entreprises…

(*) Challenges-478-19052016/41-AntoineJacob

 

4-Renault, Nissan et Mitsubishi

Renault-Nissan vient d’annoncer l’élargissement de son alliance à un troisième constructeur automobile, Mitsubishi, via Nissan qui prend 34% du capital de son concurrent nippon pour 240 milliards de yens, soit 1,9 milliards d’euros.

Cette nouvelle alliance représentera un volume mondial de vente de 9,6 millions de véhicules, à savoir : 5,4 millions pour Nissan, 2,8 pour Renault, 1,1 pour Mitsubishi et 0,3 pour Avtovaz.

Une fois opérationnel, ce groupe deviendra le quatrième constructeur mondial derrière Toyota (10 millions de véhicules), Volkswagen (9,9) et General Motors (9,8).

 

►5- L’alliance du numérique et de l’alimentation

En 2015, 5 milliards de dollars ont été investis dans le secteur du « food tech »(*) et les start-up se multiplient.

En cliquant sur une recette conçue par de grands chefs, les consommateurs reçoivent quelques heures après tous les ingrédients, pour faire la cuisine… comme les grands chefs !

Après les Etats-Unis avec Amazon associé avec Tyson Foods, la France, pays de gastronomie, joue sa carte. Fin avril, Frichti, créé il y a sept mois, a levé 12 millions d’euros. A 10 euros en moyenne le repas, Frichti remplace les courses au supermarché. Chaque jour, plusieurs milliers de commandes sont honorés, et l’entreprise comptera 200 salariés fin juin.

La « food tech » fait recette…

(*) Challenges-478-19052016/32-KM

 

6- A lire… « Marchés de Dupes »

Robert Shiller et George Akerlof, tous deux Prix Nobel d’économie, viennent de publier un remarquable essai « Marché des Dupes » (Edit. Odile Jacob, 330 pages, 25,90€) dans lequel ils remettent en cause le dogme de la liberté économique sans entrave.

« Nous avons tendance à penser que si notre revenu était multiplié par au moins cinq, nous serions à l’abri des soucis et nos problèmes financiers seraient terminés C’est une conviction que partageait John Maynard Keynes, un des économistes les plus perspicaces de l’histoire ».

A partir de là, Shiller et Akerlof conteste la théorie d’un marché pur et parfait, et donc ceux qui soutiennent les politiques ultra libérales du « laissez faire », dans lequel le consommateur éclairé est supposé exercer son libre choix.

« L’équilibre du marché produit des tentations pour chaque faiblesse humaine Le PIB réel par tête peut bien quintupler encore une fois, la situation restera la même », car le marché, livré à lui-même, finit par engendrer plus de dupes que de gagnants.

A l’heure où la France semble découvrir, à droite comme à gauche, le libéralisme (et l’ultralibéralisme), les Etats-Unis qui l’ont expérimenté depuis plus de 50 ans, redécouvrent Keynes… A nous de voir…

Richard POGLIANO

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