REGARDS EN COIN (43)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1.
Le futur quinquennat de Juppé
2.
Borloo, le retour
3. La recapitalisation d’EDF
4. Grèce – FMI, le tango monétaire
5. Great Britain : in or out
6. A lire… « Nos Mythologies Economiques »


  1. Le futur quinquennat de Juppé

Le 10 mai, Alain Juppé va présenter son programme économique pour la France, sous forme d’un ouvrage, comme il l’avait précédemment fait pour l’éducation et l’Etat.

Une fois élu, la première partie du quinquennat d’Alain Juppé sera consacrée à relancer le pays et à la création d’emploi. Des mesures fortes seront alors proposées, comme décoincer le marché du travail (durée, coût, contrat) et mettre un terme à une fiscalité qui décourage l’investissement. Comme permettre, par la négociation au sein de l’entreprise, de travailler plus de 35 heures, jusqu’à 39 heures, les heures comprises entre 35 et 39 heures payées sans majoration mais défiscalisées. D’autres mesures encore. Le reste du quinquennat sera consacré à la fiscalité, la protection sociale, l’organisation de l’Etat, etc.

Une vision, des projets, des actions…

  1. Borloo, le retour

Ancien ministre et ancien président du Parti Radical, Jean-Louis Borloo réfléchirait à son retour en politique, au moment où Rama Yade semble vouloir se lancer dans la campagne présidentielle de 2017.

Entièrement investi dans son Agence pour l’électrification du continent africain, Jean-Louis Borloo ne s’interdit rien. Il a même réuni ses anciens collaborateurs pour en parler, mais ne semble pas tenté par une aventure solitaire.

Comme toujours, Jean-Louis Borloo est courtisé aussi bien par la gauche, Hollande lui aurait fait des propositions, que par la droite, tous les ténors Les Républicains et ceux de l’UDI.

Attendons la fin des primaires.

  1. La recapitalisation d’EDF

Que se passe-t-il à EDF ?

La moitié des réacteurs, en service depuis les années 1980, seront en fin de vie entre 2019 et 2025. Or l’Autorité de Sûreté Nucléaire impose leur complète révision avant d’autoriser une prolongation d’exploitation de dix ans. EDF va devoir investir 100 milliards d’euros pour cela (*).

Par ailleurs, EDF doit financer deux nouveaux réacteurs EPR de la centrale d’Hinkley Point (Angleterre) à hauteur de 15 milliards d’euros. Or, EDF peine à finir de construire son EPR à Flamanville (France) : les coûts (8 milliards d’euros) ont plus que doublé, et la livraison, prévue pour 2012, a été retardée à 2018.

Alors, l’Etat, qui détient 85% d’EDF, va financer les trois quarts d’une recapitalisation de 4 milliards d’euros, prévue d’ici à la fin 2016.

L’avenir de l’électricien français n’est pas assuré pour autant.
En un an, les prix du marché de l’électricité ont chuté de plus de 30% et ne couvrent plus les charges d’exploitation d’EDF, dont les profits fondent comme neige au soleil.

(*) L’Obs-2686-28042016-20-GillesRolle/REA

  1. Grèce – FMI, le tango monétaire

Aujourd’hui, cela fait six ans que la Grèce est sous tutelle et elle attend une nouvelle tranche de 5 milliards d’euros dans le cadre du troisième plan d’aide international.
Or Athènes doit honorer une échéance de 5,5 milliards d’euros le 20 juillet…

Dans un compte rendu confidentiel, publié par WikiLeaks le 26 mars dernier, les responsables du FMI évoquent la possibilité de laisser le pays faire défaut cet été, afin de se débarrasser du problème sur le dos des Européens.
Aussitôt, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a réagi par un courrier du 2 avril, exigeant des explications à « 
Dear Christine » (chère Christine). La directrice générale du Fons Monétaire International, Christine Lagarde, lui a répondu par un « Dear Prime Minister » (cher Premier ministre) très distant, réfutant l’information selon laquelle le FMI laisserait la Grèce faire défaut cet été.

Par le passé, à propos de l’Allemagne, du Portugal et de la Grèce, la directrice générale du FMI a souvent utilisé l’expression « It takes two to tango »…
Wait and see.

(*)Challenges-473-14042016-26-SabineSyfussArnaud

  1. Great Britain : in or out

Le 23 juin, les 64 millions d’habitants du Royaume-Uni devront se prononcer dans les urnes et dire « oui » ou « non » au maintien de leur pays dans l’Union Européenne (UE).

In or Out ?

Dans la colonne des In…
Dans l’espace Schengen, le Royaume-Uni conserve le droit de contrôler les personnes à ses frontières.
Le coût de l’appartenance à l’UE est évalué à 340 livres par foyer britannique, alors que les échanges économiques avec les membres de l’UE génèrent 3 000 euros de revenus par foyer.
Le Royaume-Uni n’appartient pas à la zone euro mais a un droit de regard sur les décisions de la zone euro. Et dans les sommets internationaux, le Royaume-Uni est représenté deux fois, par son ministre des Affaires Etrangères et par le représentant européen.

Dans la colonne des Out…
Le traité de l’UE prévoit un délai de deux ans pour négocier la sortie et les Anglais espèrent rester dans la zone de libre-échange tout en s’affranchissant des règles communes pour l’agriculture, la justice, etc.
Le Royaume-Uni cesse de payer sa contribution, soit une économie de 8,5 milliards de livres.
Quitter l’UE redonne la possibilité d’édicter ses propres règles nationales et de retrouver sa totale souveraineté en s’affranchissant de toutes règles et normes européennes.

La liste dans chacune des colonnes n’est pas exhaustive.
Toute l’UE est concernée, car un vote « out » pourrait avoir un effet domino…
A suivre.

(*) L’Obs-2685-21042016-33/36-SohieFayetSarahHalifaLegrand

  1. A lire… « Nos Mythologies Economiques »


Professeur à Stanford et à Sciences-Po, l’économiste Eloi Laurent publie un magnifique petit livre « Nos Mythologies Economiques » (Edit Les Liens qui Libèrent, 112 pages, 12 euros).

Un livre comme je les aime. Un livre qui place le politique avant l’économique, qui rejette toute pensée unique et surtout, qui met le doigt sur les idées fausses et refusent donc toutes les mythologies, notamment celle du néolibéralisme, quelle que soit l’appartenance politique.

Que dit-il ?

Tout simplement que lorsque le marché ne joue plus son rôle de régulateur, lorsqu’il est défaillant et que l’équilibre de nos économies est compromis, c’est à l’Etat d’être présent.
Que lorsque le chômage est élevé et les taux d’intérêt très bas, l’Etat doit intervenir, par l’investissement public, mais aussi stratégiquement dans des secteurs comme la rénovation thermique, l’efficience écologique, la transition énergétique.
Qu’il est absurde de penser que notre protection sociale ou nos services publics sont des freins à la croissance, alors qu’ils sont le socle du vivre ensemble de notre société française.
Qu’il ne suffit pas de dire que les diminutions de charges seules sont libératrices pour les entreprises alors qu’il faudrait mettre en place des stratégies coopératives, notamment au plan européen.

Sans jamais le dire, Eloi Laurent réhabilite une certaine vision du keynésianisme.
Et lorsqu’il écrit « 
la crédibilité économique dévore la légitimité politique », il appelle tout simplement nos gouvernants à reprendre en main la maîtrise de nos destinée.


Richard POGLIANO

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