REGARDS EN COIN (108)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. Macron et Poutine
2. Mal-être des policiers
3. Le milliards d’Euros des radars
4. L’Irlande libéralise l’avortement
5. La Chine explore la Lune
6. Première centrale nucléaire flottante
7. L’homme ʺaugmentéʺ

1.► Macron et Poutine
C’est sa première visite officielle en Russie. Jeudi et vendredi, Emmanuel Macron va essayer de trouver des « points d’accord » avec Vladimir Poutine sur les dossiers sensibles du nucléaire iranien et de la Syrie, malgré les divergences (nombreuses) entre les deux pays.

Que va faire Macron en Russie ?
Il a été invité à l’automne 2017 par Vladimir Poutine. Cette rencontre est très attendue, un an après celle du château de Versailles, qui avait marqué les esprits et lancé le nouveau président français sur la scène internationale.
Les deux hommes se retrouvent jeudi en fin de journée dans le cadre majestueux du palais de Constantin, une résidence d’été de Pierre Le Grand située à une vingtaine de kilomètres de Saint-Pétersbourg, pour un entretien et un dîner de travail suivis d’une conférence de presse. Plus tard dans la soirée, le chef de l’Etat doit rencontrer des personnalités culturelles et des membres de la société civile.
Vendredi matin, Emmanuel Macron, accompagné de son épouse Brigitte, rendra hommage aux victimes du terrible siège de Leningrad durant la Seconde guerre mondiale. L’après-midi sera consacré au 22e Forum économique de Saint-Pétersbourg, dont Emmanuel Macron est l’invité d’honneur avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe. Les deux hommes tiendront la scène en compagnie de Vladimir Poutine.
Cette courte visite en Russie, qui ne passera pas par Moscou, se terminera par un hommage au théâtre Mariinski à Marius Petipa, un chorégraphe français qui vécut l’essentiel de sa vie en Russie, 200 ans après sa naissance en 1818 à Marseille.

Quels sont les enjeux de la visite ?
Avant les dossiers bilatéraux, les entretiens porteront sur « les questions internationales actuelles, parmi lesquelles l’accord nucléaire iranien, le règlement syrien et la crise ukrainienne », a annoncé le Kremlin. Emmanuel Macron a la volonté « d’avoir un dialogue substantiel (…) pour dégager des points d’accord communs », a indiqué l’Elysée. « Nous le faisons les yeux ouverts », « avec la conscience de la difficulté que cela représente ».
« Les dossiers problématiques entre Paris et Moscou sont nombreux et ils n’ont pas vraiment vocation à évoluer lors de cette visite, en particulier sur l’Ukraine », estime toutefois Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe et chercheur associé à l’IRIS.
Après le retrait tonitruant des Etats-Unis, les deux dirigeants ont affirmé leur détermination à sauver l’accord sur le nucléaire iranien. « Ce dossier apporte potentiellement une accroche positive à l’agenda de cette rencontre, souligne Arnaud Dubien. Les Russes observent avec grand intérêt ce qu’Emmanuel Macron et l’Union européenne font car un découplage entre l’Europe continentale et le grand large anglo-saxon est intéressant d’un point de vue stratégique pour eux ». Mais ils divergent sur la stratégie. Moscou, qui s’est rapproché de Téhéran, réclame qu’il reste en l’état, tandis que Paris veut un nouvel « accord élargi » prenant en compte le contrôle de l’activité nucléaire après 2025, le programme balistique de l’Iran ainsi que la situation en Syrie et au Yémen.
Pour Emmanuel Macron, l’enjeu est également de rabibocher l’Europe avec la Russie après des années de tensions liées à l’annexion de la Crimée, la guerre dans l’est de l’Ukraine et la récente affaire de l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal en Angleterre. Son souhait est d’« arrimer la Russie à l’Europe et non laisser la Russie se replier sur elle-même », a-t-il récemment expliqué.
Des accords bilatéraux dans les domaines économique, universitaire, culturel et sportif (entre les fédérations de rugby) seront signés durant la visite, « très importante pour les entreprises françaises, qui n’ont pas toujours le sentiment d’être soutenue par Paris, alors que les intérêts économiques français en Russie sont importants bien plus qu’en Iran par exemple », poursuit Arnaud Dubien.
Pour Poutine, la venue d’Emmanuel Macron complète « une séquence diplomatique très dense, après ses rencontres avec Assad, Merkel, Modi et Abe. Cela lui permet de montrer que la Russie est incontournable sur la scène internationale, qu’elle n’est pas isolée », poursuit le chercheur.

Macron et Poutine, quelle entente ?
« Je le respecte. Je le connais. Je suis lucide », a déclaré Emmanuel Macron en parlant de son homologue russe, qui « est fort et intelligent », sur la chaîne américaine Fox News le 22 avril. Avant d’avertir : « Je crois que nous ne devrions jamais nous montrer faibles face au président Poutine. Quand vous êtes faibles, il s’en sert ». Le chef de l’Etat a appliqué ce principe en disant ses quatre vérités sur les ingérences médiatiques ou les armes chimiques à un Poutine impassible sous les ors de Versailles.
« Le chef de l’Etat ne se rend pas à Saint-Pétersbourg avec un enthousiasme débordant, estime Arnaud Dubien. Le Quai d’Orsay était plutôt défavorable au maintien de cette visite, après l’affaire Skripal. Elle a d’ailleurs été raccourcie. Il se rend à Saint-Pétersbourg sans illusions, peut-être à reculons ou avec une certaine appréhension ».
A Moscou, où Vladimir Poutine vient d’entamer son quatrième mandat, l’attentisme prédomine un an après l’élection d’Emmanuel Macron. « Il tente de positionner la France de nouveau comme une puissance mondiale. Cela fait longtemps que ce n’était plus le cas. S’il est sérieux, alors il y a de quoi discuter entre Poutine et Macron. S’il ne s’agit que de mots, alors Vladimir Poutine le comprendra très vite », avertit l’expert Fiodor Loukianov, président du Conseil pour la politique extérieure et de défense.
(*)20Minutes-LC&AFP-24052018

2.► Mal-être des policiers (*)
Tandis que, ce mardi 22 mai, Macron faisait son show à l’Élysée devant 600 personnes et diverses associations – pour ne rien annoncer sur les banlieues -, les fonctionnaires défilaient dans les rues de Paris et de plusieurs villes de France. Les forces de l’ordre étaient, une nouvelle fois, agressées par l’ultra-gauche. Et, la veille, Marseille était le théâtre d’une opération commando de la part de narco-trafiquants. Rien ne pouvait mieux résumer l’état de délabrement moral et institutionnel dans lequel se trouve notre pays, et la distance qui sépare désormais Jupiter du reste du monde réel.
Ce mardi, des milliers de fonctionnaires ont manifesté en France pour défendre leur avenir. Depuis plusieurs années, ils subissent le poids des restrictions budgétaires, des diminutions d’effectifs, du gel des traitements et des réformes qui, d’année en année, repoussent l’âge légal de la retraite. Cette fois-ci, et même s’ils étaient apparemment moins nombreux à Paris, des policiers se sont joints à eux pour défendre le statut spécial qui, jusque-là, leur permettait de trouver quelques compensations statutaires à un métier qui devient de plus en plus difficile. Ainsi, à l’initiative du syndicat Alliance police nationale, des actions ont été menées afin d’attirer l’attention des Français sur une situation qui s’aggrave de jour en jour.
Rappelons que si les policiers n’ont pas le droit de grève, ils ont la possibilité, conformément à la loi, de manifester hors service et en civil comme n’importe quel autre citoyen.
Par ailleurs, alors que les uns manifestaient, d’autres étaient gravement pris à partie par des manifestants encagoulés et vêtus de noir, comme on prend l’habitude d’en voir à chaque manifestation.
Mais les faits les plus graves se sont déroulés lundi à Marseille.
Plusieurs individus, également cagoulés et lourdement armés, ont fait une descente en bonne et due forme dans un quartier de la cité phocéenne, n’hésitant pas à ouvrir le feu et à braquer des policiers. Fort heureusement, aucune victime ne serait à déplorer. Cette opération commando, digne des cartels sud-américains, n’est pas la première. Marseille avait été, il y a quelques mois déjà, le théâtre d’une opération similaire dont on ne sait, d’ailleurs, toujours pas quelles en furent les motivations réelles. La drogue semble, toutefois, être le mobile principal de ces opérations répétées et atteste de ce que certaines de nos villes sont particulièrement gangrenées.
Dans ce contexte, le discours de Macron à l’Élysée de ce mardi 22 mai prend toute sa saveur. Il est clair qu’aucune stratégie globale pour nos banlieues n’a été élaborée. Que l’exécutif est complètement dépassé par un phénomène qui est maintenant hors de contrôle et que le mal, favorisé par des décennies de démissions successives, ne peut que se répandre. Aussi, l’annonce faite par le chef de l’État de s’attaquer aux trafics de drogue dans nos banlieues et à ceux qui les dirigent relève de la plus pure fanfaronnade. Aucune volonté politique suffisamment forte n’est, aujourd’hui, disponible pour s’attaquer aux racines du mal. Cela supposerait la mise en place d’un état d’exception dans un grand nombre de nos quartiers, ainsi que l’application avec la dernière fermeté des dispositions du Code pénal contre les auteurs de ces trafics. Aucun de ceux actuellement au pouvoir n’a l’envergure pour prendre une telle décision, pour l’imposer et, surtout, pour l’assumer.
Nous allons donc continuer ainsi, à coups de campagnes de com’ et de grands discours éculés. En attendant, les gangs prennent peu à peu le contrôle de nos cités.
(*)ParOlivierDamien-CommissaireDivisionnaireHonoraire-BdVoltaire-24052018

3.► Le milliards d’Euros des radars
Nous avons appris, jeudi 24 mai, que les nouveaux radars « ont généré un milliard d’euros », soit un tiers de plus que l’an dernier (*). Bien sûr, cela va encore augmenter avec ces compagnies privées qui n’auront rien d’autre à faire que de sillonner en permanence les routes pour choper les malheureux qui, avec l’abaissement de la limite de vitesse à 80 kilomètres/heure, seront évidemment, eux aussi, plus nombreux.
Les présentateurs du JT annoncent ça avec une mine réjouie. La seule chose qui les choque, c’est que – d’après la Cour des comptes – cet argent va en grande partie au remboursement de la dette au lieu d’aller à l’amélioration des conditions de sécurité.
Alors nous, ce qui nous choque, c’est que pour être allés à 96 au lieu de 90, et demain à 87 au lieu de 80, on nous enlève un point. Et que la vitesse à laquelle on perd les maigres douze points de notre permis est vertigineuse. Surtout si, inquiète, on a répondu une fois en voiture à un appel urgent de la nounou alors que bébé avait 40 de fièvre. « Prendre dans la main son iPhone » vous enlève trois points d’un coup…
Or, sans permis, vous ne pourrez plus rouler. C’est-à-dire vous déplacer, travailler, aller chez le médecin, faire vos courses… Vivre, enfin.
Alors, cet argent, Messieurs les présentateurs du JT, nous, on préfère encore qu’il serve à rembourser la dette plutôt qu’à acheter de nouveaux radars.
Avez-vous déjà, réduits à deux points et, donc, au bord de la catastrophe, fait des stages de rattrapage de points ? Au bout de trois stages et 900 euros dépensés – 300 euros par stage -, vous aurez sans doute constaté :
1) Que ça ne sert à rien.
2) Qu’on y rencontre les gens les plus toniques qui soient.
3) Que le 2 explique le 1. Un esprit libre reste un esprit libre, et il ne deviendra pas, du jour au lendemain, un papy Mougeot qui vit à 30 à l’heure.
Vivement une « appli » qui proposera de vous conduire partout et tout le temps en prenant pour elle amendes et retraits de permis. Illégal ? Peut-être, mais est-il légal, est-il constitutionnel même, compte tenu de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 qui forme le préambule de la Constitution, de restreindre autant la liberté de circulation des citoyens ? D’instaurer un impôt déguisé frappant les seuls automobilistes ? La gabelle, l’impôt sur les portes et fenêtres, tous ces abus de l’Ancien Régime tant dénoncés réapparaissent. Au moins, à l’époque, ils finançaient Chambord, puis Versailles. Là, ils financent la dette mais aussi « le budget de l’État » et, donc, les dépenses somptuaires des directeurs d’Air France ou de la SNCF, entreprises qui nous font subir grève sur grève, entravant eux aussi… notre liberté de circulation ! Ainsi que les indemnités des maires de grandes villes qui laissent les nids de poule, racines d’arbre et autres avanies rendre les rues dangereuses, et autorisent les vélos à brûler les feux, rouler à contresens et monopoliser des voies de circulation qui permettaient, jusqu’ici, aux voitures de traverser leur ville à peu près normalement.
Le milliard des radars provoquera-t-il la révolte, comme la hausse du pain en 1789 ? À la légitime colère d’automobilistes pressurés, rackettés, sans emploi car sans permis répondra-t-on « S’ils n’ont plus de permis, qu’ils prennent des chauffeurs de maître ».
(*)BdVoltaire-CatherineRouvier-27052018

4.► L’Irlande libéralise l’avortement
Près de deux électeurs irlandais sur trois ont voté pour libéraliser l’avortement. Selon un sondage de l’institut Ipsos/MRBI réalisé pour le journal Irish Times auprès de 4.000 électeurs à la sortie des urnes, le oui l’emporterait avec 68 % des suffrages contre 32 % pour le non, avec une marge d’erreur de 1,5 %. Les résultats définitifs seront connus samedi après le dépouillement.
Un second sondage, réalisé par Behaviour & Attitudes pour le compte de la chaîne publique RTE, auprès de 3.800 électeurs, donne le « oui » encore plus largement en tête avec 69,4 % contre 30,6 % pour le « nonʺ
L’Irlande, un pays de 4,7 millions d’habitants à très forte tradition catholique, se prononçait par référendum pour abroger l’interdiction constitutionnelle de l’avortement ajoutée dans la constitution en 1983 par le 8e amendement.

Clash générationnel
Près de 3,5 millions d’électeurs étaient appelés à se prononcer à l’issue d’une campagne âpre, au cours de laquelle les divisions entre villes et campagne, jeunes et moins jeunes se sont montrées particulièrement exacerbées.
Selon le sondage IPSOS/MRBI, les femmes ont voté à 70 % pour la libéralisation de l’IVG et 30 % contre ; la proportion chez les hommes est de 65 % pour le oui et 35 % pour le non. Les personnes âgées de plus de 65 ans ont, elles, voté majoritairement contre le changement de législation tandis que les 18-24 ans ont voté à 84 % pour.

5.► La Chine explore la Lune
La Chine a lancé lundi un satellite relais chargé d’assurer les communications entre la Terre et un petit robot qui devrait être déployé sur la face cachée de la Lune courant 2018, selon l’agence spatiale chinoise.
Une fusée Longue Marche-4C a décollé à 05H28 heure locale (21H28 GMT dimanche) depuis la base de lancement de Xichang (sud-ouest) avec à son bord le satellite Queqiao, qui poursuit actuellement sa route dans l’espace, a indiqué l’Administration nationale spatiale chinoise.

« Une étape cruciale pour la Chine »
Lors de l’arrivée du robot téléguidé sur la Lune, le satellite se trouvera à un endroit lui permettant d’assurer les échanges avec la Terre, tout en ayant dans sa ligne de visée la face cachée de la Lune.
« Ce lancement est une étape cruciale pour la Chine dans son objectif de devenir le premier pays à envoyer une sonde capable d’alunir en douceur et d’explorer la face cachée de la Lune », s’est félicité Zhang Lihua, le responsable du projet de satellite, cité par l’agence Chine nouvelle.
Le satellite permettra le contrôle par des techniciens restés sur Terre du robot Chang’e-4, qui tire son nom d’une déesse de la mythologie chinoise.

Un hémisphère encore jamais exploré
La face cachée de la Lune désigne l’hémisphère de l’astre lunaire qui n’est pas visible depuis la Terre. Elle est photographiée depuis 1959 mais n’a jamais été explorée.
Le robot sera envoyé d’ici fin 2018 dans le bassin Pôle Sud-Aitken, une zone censée avoir un grand potentiel pour les recherches, selon Chine nouvelle. Ce sera le deuxième véhicule téléguidé chinois sur la Lune. En 2013, la Chine y avait déjà fait débarquer un rover nommé « Lapin de jade ». Celui-ci avait connu des périodes de coma, mais avait finalement pu arpenter la surface lunaire pendant 31 mois, bien au-delà de sa durée de vie prévue.
Un autre robot (Chang’e-5) devrait être envoyé sur la Lune en 2019 pour y collecter des échantillons et les ramener sur Terre.
La Chine investit des milliards d’euros dans son programme spatial, coordonné par l’armée. Le pays espère avoir une station spatiale habitée d’ici à 2022, et envoyer à terme des humains sur la Lune.

6.► Première centrale nucléaire flottante
Ses détracteurs dénoncent un « Tchernobyl sur glace ». La Russie a présenté la première centrale nucléaire flottante au monde, censée alimenter les régions reculées de l’Arctique (*).
Bâti à Saint-Pétersbourg, l’Akademik Lomonossov s’est amarré dans le port de Mourmansk samedi, à environ 10 km au nord du centre-ville, dans l’estuaire, au son d’une fanfare, sous le soleil malgré les neuf degrés de température. Il doit y être chargé en combustible nucléaire avant de rejoindre sa destination finale, une région reculée de Sibérie orientale.
La centrale a été construite par le conglomérat public nucléaire russe Rosatom, dont le PDG Alexeï Likhatchev a salué « un nouveau record mondial » soulignant « l’incontestable rôle de leader de Rosatom et du secteur de l’énergie nucléaire russe dans le monde ». « J’espère qu’aujourd’hui sera un jour symbolique pour l’Arctique », a-t-il affirmé, ajoutant que Rosatom « établit une tendance, une demande pour des centrales nucléaires de puissance moyenne, mobiles, pour de nombreuses décennies ».

Alimenter 200.000 personnes mais surtout des plateformes pétrolières
Ce bloc flottant massif de 144 mètres de long et 30 de large, couleur marron et moutarde, comporte deux réacteurs d’une capacité de 35 MW chacun (contre plus de 1.000 MW pour les réacteurs de nouvelle génération), proches de ceux utilisés par les brise-glace. Dépourvue de moteur, cette barge de 21.000 tonnes sera remorquée à l’été 2019 jusqu’au port de Pevek, dans le district autonome de Tchoukotka, dans l’Extrême-Orient russe, à 350 km au nord du cercle arctique.
Bien que la population de cette petite ville ne dépasse pas 5.000 habitants, la centrale couvre la consommation de 200.000 personnes mais surtout de plateformes pétrolières, alors que l’exploitation des hydrocarbures se développe dans l’Arctique. Elle remplacera notamment une centrale nucléaire et une centrale de charbon obsolètes.
« L’idée, c’est que la centrale soit de faible puissance, mobile, et soit utilisée dans l’Arctique russe, où d’importantes capacités ne sont pas nécessaires » et la construction d’une centrale classique compliquée et coûteuse, explique à l’AFP Sergueï Kondratiev, de l’Institut de l’énergie et des finances à Moscou. « Les solutions alternatives sont le charbon, le gaz, le diesel. Mais le diesel est très cher, et le gaz doit être livré sous forme de GNL », le gaz naturel liquéfié.

« Titanic nucléaire »
« Les centrales nucléaires flottantes vont permettre d’alimenter en électricité et en chaleur les régions les plus reculées, soutenant ainsi la croissance et le développement durable », soutient Vitali Troutnev, chargé de la construction et de l’exploitation des centrales nucléaires flottantes de Rosatom, qui affirme que près de 50.000 tonnes de CO2 pourront être économisées chaque année. « Cette installation dispose des systèmes (…) de sécurité les plus modernes et devrait être l’une des installations nucléaires les plus sûres au monde », estime-t-il.
Des arguments balayés par Greenpeace, qui craint un « Titanic nucléaire » ou un « Tchernobyl sur glace » 32 ans après la catastrophe de 1986 et appelle les autorités à mettre en place une surveillance internationale.

Inquiétudes des pays riverains, notamment scandinaves
« Toute centrale nucléaire produit des déchets nucléaires, les accidents sont possibles. Une centrale flottante sera particulièrement exposée aux phénomènes météorologiques et aux menaces telles que le terrorisme. Imaginez que la barge se détache des vaisseaux de remorquage, les conséquences peuvent être graves », avertit Rashid Alimov, du département de l’énergie de l’ONG.
« La barge va être chargée et testée près d’une ville de 300.000 habitants (Mourmansk), puis remorquée avec deux réacteurs remplis de combustible irradié le long de la route maritime du Nord. Son installation dans l’environnement rude de l’Arctique russe constituera une menace constante pour les habitants du Nord et la nature vierge de l’Arctique », renchérit Jan Haverkamp, expert nucléaire de Greenpeace.
La barge devait initialement être chargée en combustible nucléaire à Saint-Pétersbourg puis traverser chargée les eaux proches de pays européens. Cela avait suscité les inquiétudes des ONG et des pays riverains, notamment scandinaves, et il a été décidé de ne la charger qu’à Mourmansk.
(*)20Minutes-MC&AFP-20052018

7.► L’homme ʺaugmentéʺ
Si vous aviez imaginé le cyborg version « Schwarzie » dans Terminator, vous allez être déçu. Intellectuellement, l’homme augmenté n’aura rien de vraiment extraordinaire, à part un cerveau connecté à son portable bien sûr. Nous avons rencontré le père de l’homme augmenté de demain autour d’un expresso (et d’un verre de Chardonnay) dans un bistrot du quartier d’Odéon. Pendant une petite heure, Newton Howard, professeur en neurosciences à Oxford et fondateur de ni2o (Neuron Input to Output), nous a parlé de son implant dans le cerveau pour soigner les maladies dégénératives et du futur de notre espèce (*).
De la taille d’un grain de riz, Kiwi [le prototype ressemblerait au fruit] promet de réduire les effets d’Alzheimer, de la maladie de Parkinson, de la dépression et, à terme, elle pourrait même augmenter les capacités intellectuelles et cognitives de tout le monde. A l’origine du Mind Machine Project au MIT, Newton Howard, qui sera l’invité vedette de Futur.e.s organisé le 21 juin prochain à la Villette, est bien déterminé à rendre à l’homme toute sa dignité.

L’homme régresse
Si, selon ce chercheur touche-à-tout (Newton Howard est diplômé en mathématiques à Oxford, en informatique cognitive à la Sorbonne, en Neurochirurgie à Oxford, il a obtenu un doctorat de sciences médicales à la Sorbonne, on s’arrête là sinon on va vous perdre) la technologie a un grand rôle à jouer dans nos vies, il reste très prudent sur les annonces futuristes d’un Raymond Kurzweil, icône mondiale du transhumanisme et directeur de l’ingénierie de Google, qui prévoit l’immortalité et la numérisation du cerveau pour 2045. « On verra ça », sourit-il.
Il ne fait pas partie du camp de ceux qui souhaitent copier la conscience de l’homme et l’enregistrer sur une machine (ou dans le cloud). « Nous ne sommes pas en train de créer des monstres ou des humains cybernétiques, nous cherchons à compenser ce que l’homme a perdu au fil des générations », se défend celui qui a partagé son bureau avec le scientifique américain Marvin Minsky, le mentor de Ray Kurzweil et de nombreux chercheurs en intelligence artificielle. Mais la sentence est cruelle : l’homme régresse. Il n’a plus les mêmes capacités et Newton Howard qui, jusque-là travaillait en sous-marin, a bien l’intention de remédier à ce problème.

Des zones du cerveau détériorées
« Les enfants sont de plus en plus nombreux à être atteints de déficit de l’attention, nombre de gens développent des TOC (troubles obsessionnels du comportement), des dépressions… Et avec la technologie, nous espérons pallier cela », poursuit Newton Howard, qui enchaîne les expressos pour contrer les effets du décalage horaire. Dans le cas des TOC ou des dépressions lourdes, les dégâts sont visibles sur les scanners, des régions du cerveau sont détériorées. Avec Kiwi, l’idée est d’inverser cette tendance, de restaurer ces zones endommagées.
L’implantation de Kiwi se fait à travers la cavité nasale, l’opération dure un peu plus de deux heures, contre près de 14 heures pour les interfaces existantes fixées par craniotomie [on découpe un ou plusieurs os du crâne pour accéder à l’encéphale]. Elle évite ainsi les risques d’infections. Une fois implantée dans la région concernée, la puce interagit avec les neurones à travers la lumière et des impulsions électriques et recrée un environnement naturel. La technologie sera d’abord testée sur les cochons et les singes avant de s’inviter dans le cerveau des premiers patients -d’abord les cas lourds de Parkinson- d’ici environ deux ans.
Il faudra attendre un peu pour « l’augmentation de confort », ceux qui voudraient « juste » avoir une meilleure mémoire ou une attention plus développée. Newton Howard a bien conscience que son dispositif sera surtout jugé sur sa capacité à soigner les malades. Devant le discours chargé d’espoir de ce passionné de l’organe de la pensée, on ne peut que se laisser embarquer. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre celui qui rendra possible une nouvelle espèce d’homme…
(*)20Minutes-LaureBeaudonnet-26052018

Richard POGLIANO

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