REGARDS EN COIN (105)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. Suppression de l’« exit tax »
2. Simplifier l’épargne retraite
3. Le futur service national
4. Brexit contre Brexit
5. Dormir ou pas
6. Pertus en cassation
7. Le mot de l’année 2018

1.► Suppression de l’« exit tax »
Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire s’est défendu jeudi de mener une politique « socialement injuste », assurant que la suppression de l’« exit tax », annoncée par Emmanuel Macron, visait à « créer de l’emploi pour tous les Français ».
« Cette exit tax (littéralement taxe de sortie) », mise en place par Nicolas Sarkozy en 2011 afin de freiner l’exil fiscal des chefs d’entreprise, « n’a pas lieu d’être », a affirmé le ministre sur le plateau de l’émission Les 4 vérités, diffusée sur France 2 (*). « Cette taxe ne rapporte quasiment rien », a poursuivi le ministre, évoquant un rendement de moins de 15 millions d’euros par an, alors que d’autres sources estiment la recette entre 50 et 70 millions d’euros par an.
La suppression de cet impôt – qu’Emmanuel Macron souhaite effective dès 2019 – va « inciter les investisseurs à venir. Ils savent que s’ils viennent, ils ne seront pas piégés avec une « exit tax » qui les empêcherait à un moment ou à l’autre, s’ils le souhaitent, de repartir de France », a ajouté Bruno Le Maire.
« C’est un cadeau pour l’attractivité de la France »
Cette annonce, qui ne figurait pas dans le programme présidentiel d’Emmanuel Macron, même si elle avait été relevée par plusieurs revues spécialisées, a suscité une salve de critiques contre la politique économique du gouvernement, accusé de faire un nouveau « cadeau fiscal » aux « très riches ».
« C’est un cadeau pour l’attractivité de la France », a rétorqué Bruno Le Maire, qui était aussi ministre… de Nicolas Sarkozy lorsque cette taxe avait été instaurée. « L’objectif, c’est avoir des emplois pour tous les Français », a-t-il ajouté. Selon un sondage Odoxa pour BFM Business, Challenges et Aviva Assurances publié jeudi, 72 % des Français jugent la politique économique d’Emmanuel Macron « injuste », 58 % des personnes interrogées en ayant par ailleurs une mauvaise opinion.
(*)20Minutes-AFP-03052018

2.► Simplifier l’épargne retraite
Les produits de l’épargne retraite (Perp, Perco, contrats Madelin) peinent à décoller en France. Ils représentent seulement 200 milliards d’euros de placement, à comparer aux 1.700 milliards d’euros accumulés par les assurances vies. Le gouvernement veut changer cette répartition, estimant que l’assurance-vie ne finance pas assez les entreprises.
Dans un entretien accordé au Parisien publié mercredi, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire annonce les principales pistes pour dynamiser l’épargne retraite. Actuellement, elle permet au particulier d’accumuler un pécule – les versements étant généralement déductibles des impôts – qui ne pourra lui être distribué qu’à la fin de sa vie active, afin de compléter la pension versée par le système de retraite par répartition.
Le secteur de l’assurance inquiet
Premier changement : « Contrairement à aujourd’hui, lorsque vous changerez d’entreprise ou de métier, votre compte d’épargne retraite vous accompagnera », a expliqué le ministre. Second changement : « Chacun sera libre de sortir le fruit de son épargne volontaire, mais aussi de l’intéressement et de la participation, soit en capital soit en rente », a ajouté le ministre.
Autrement dit, le particulier pourra récupérer son épargne retraite en une seule fois, alors que ces produits prévoient généralement un versement sous forme de rente, soit un revenu régulier assuré jusqu’au décès de l’épargnant. Même si Bruno Le Maire promet un dispositif « fiscalement avantageux » en cas de sortie en rentes, cette annonce va à l’encontre des revendications du secteur de l’assurance, dont ce système constitue une chasse gardée, et dont de multiples dirigeants ont mis en garde ces derniers mois quant à une généralisation de la sortie en capital sur les produits de retraite.

3.► Le futur service national
C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Le service national universel obligatoire devrait concerner tous les jeunes d’une même classe d’âge à partir de 16 ans, soit 600.000 à 800.000 jeunes chaque année, révèle Le Journal du Dimanche.
C’est le scénario privilégié par le groupe de travail chargé de définir les contours du futur service national universel (SNU) qui a rendu jeudi son rapport à l’Elysée, précise l’hebdomadaire.
Une phase obligatoire d’un mois en internat
Le dispositif comportera une phase obligatoire d’un mois qui s’effectuera en internat. « La période obligatoire sera consacrée à des activités sportives, à l’enseignement des gestes de premiers secours et l’acquisition de réflexes en cas de situation de crise, ainsi qu’à la transmission des valeurs civiques et républicaines », préconise le rapport du groupe de travail présidé par le général Daniel Ménaouine.
Les arbitrages présidentiels devraient être connus au mois de mai, confie un proche d’Emmanuel Macron.
Le problème du financement
Un rapport commandé par Matignon en février et rendu public par Les Échos révélait « d’importantes réserves » sur la faisabilité du SNU, avec un coût estimé entre 2,4 et 3,1 milliards d’euros par an.
« Même pour un mois, il s’agirait d’une ¬organisation très lourde, nécessitant des hébergements et des dizaines de milliers d’encadrants », souligne le député LR François Cornut-¬Gentille, rapporteur spécial des crédits de la Défense. Le 18 février dernier, les membres de la commission des affaires étrangères et de la défense avaient également affirmé leur « volonté de protéger les moyens des forces armées ».

4.► Brexit contre Brexit
La proposition a été adoptée par 335 voix contre 244. La chambre des Lords britannique a adopté lundi un amendement au projet de loi sur le Brexit donnant au Parlement le pouvoir d’empêcher le gouvernement de quitter l’Union européenne en l’absence d’accord avec Bruxelles. A l’issue de son examen par les Lords (*), le texte doit revenir dans les prochaines semaines devant les députés, qui l’avaient voté en janvier et qui pourraient donc supprimer ou modifier cet amendement embarrassant pour l’exécutif.
Les parlementaires pourraient décide d’un maintien dans l’UE
Le gouvernement conservateur de Theresa May avait précédemment indiqué qu’il laisserait certes le Parlement voter sur l’accord de divorce. Mais en cas de rejet, la seule option restante était alors une sortie sans accord, une perspective qui inquiète en particulier les entreprises britanniques. L’amendement adopté lundi donne aux parlementaires la possibilité «de suggérer de nouvelles négociations», voire de décider d’un maintien dans l’UE, a expliqué le Lord conservateur Douglas Martin Hogg, un des signataires.
Un nouveau camouflet pour le gouvernement
Ce vote constitue un énième camouflet pour le gouvernement depuis le début de l’examen du projet de loi par la chambre des Lords, majoritairement pro-UE, et illustre les divisions du parti au pouvoir sur le Brexit. Avant même son adoption, l’exécutif avait prévenu qu’une telle proposition risquait «d’affaiblir la main du Royaume-Uni dans les négociations sur le Brexit», selon un porte-parole de Theresa May.
Courant avril, les «Pairs», non élus, avaient déjà voté pour que la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne soit conservée dans la loi britannique, et adopté un amendement remettant en cause le projet du gouvernement de quitter l’union douanière.
Le projet de loi gouvernemental sur le retrait de l’UE doit permettre au Royaume-Uni de continuer à fonctionner normalement lorsqu’il aura coupé le cordon avec le bloc européen. Il met fin à la suprématie du droit européen sur le droit national britannique et organise la transposition des réglementations européennes.
(*)20Minutes-AFP-30042018

5.► Dormir ou pas
Parfois, dormir a tout l’air d’une perte de temps.
On a tous rêvé d’utiliser nos nuits à rattraper ce qu’on n’a pas eu le temps de faire pendant la journée. Bouquiner, mater des séries ou faire le ménage sans avoir besoin de recharger ses batteries, c’est le rêve de toute une vie.
Alors que les nouvelles technologies s’invitent dans nos lits et nous promettent d’améliorer nos nuits, comme les applis Sleep Better et iSommeil, ou le bandeau Dreem, qui serait capable d’augmenter le sommeil profond, pourquoi ne pas carrément réduire notre temps de sommeil (*) ?
Fini le calvaire du réveil le lundi matin, finies les crises de nerfs à cause des ronflements de notre conjoint(e) et des bruits de marteau de notre voisin.
Mais avant de balancer votre matelas aux ordures et de sabrer le champagne à l’idée de ne plus jamais ressentir de fatigue, sachez que, petit un, cette technologie n’existe pas encore et que, petit deux, le sommeil a tout de même quelques vertus. Dormir favorise la consolidation et le stockage de la mémoire, nettoie et supprime les déchets toxiques qui ont pu être générés dans le cerveau. Le sommeil est un temps de plasticité cérébrale [la capacité du cerveau à remodeler ses connexions en fonction de l’environnement et des expériences vécues par l’individu]. Il est essentiel pour la gestion des émotions.
Obésité, troubles métaboliques, hypertension
Il se passe beaucoup de choses pendant les nuits. S’il est vrai qu’en dormant moins, on a plus de temps pour faire des choses, on a toutes les chances de moins bien les faire. Et de finir dans un sale état.
La privation de sommeil comporte des risques : obésité, troubles métaboliques, hypertension, troubles cardiovasculaires… sans parler de la folie. « Au bout de quelques jours, on a des distorsions de perceptions sensorielles, avec des hallucinations. Des comportements agressifs et paranoïaques font leur apparition », note Marie-Pia d’Ortho, pneumologue et cheffe du service d’Exploration fonctionnelles de l’hôpital Bichat qui ne voit pas l’intérêt de ne pas dormir.
Pour se passer du sommeil, il faudrait comprendre précisément à quoi il sert. Ensuite la technologie pourrait essayer de reproduire les effets. « On ne sait pas pourquoi on a besoin de dormir, ni pourquoi le simple fait d’être allongé n’a pas les mêmes effets », souligne Paul-Antoine Libourel, ingénieur de recherche dans l’équipe SLEEP du Centre de recherche en neurosciences de Lyon 1. « Toutes les espèces ont besoin de dormir, à quelques exceptions près, poursuit-il. Mais on s’est rendu compte que des animaux, pendant des phases déterminées, arrivaient à se priver de sommeil ».
Les oiseaux migrateurs volent des centaines d’heures d’affilée et ne dorment pas pendant une dizaine de jours. « Pour rester éveillés, ils dorment d’un seul hémisphère. On pourrait s’en inspirer pour imaginer des produits pharmacologiques qui permettraient à l’homme de dormir d’un seul côté de son cerveau », reprend le scientifique qui n’exclut pas que l’on puisse, dans le futur, utiliser la thérapie génique pour arriver à dormir moins.
« Il suffit de prendre de la cocaïne »
Nous ne sommes pas égaux face au sommeil. Il existe des gros dormeurs, des petits dormeurs, des gens du matin, des gens du soir. « Si on arrive à faire un lien entre le patrimoine génétique et la façon de dormir, on arriverait à voir si certains gènes favorisent une bonne récupération », imagine Paul-Antoine Libourel. Chez l’animal, grâce à des virus, on est capables de modifier le génome. L’optogénétique permet d’activer ou d’inhiber certains neurones grâce à la lumière. Pourquoi ne pas imaginer appliquer ces techniques pour les humains, en activant les neurones qui sont utilisés pendant le sommeil ?
Marie-Pia d’Ortho est radicalement opposée à l’idée d’utiliser des thérapies géniques qui ne doivent pas servir à la reprogrammation de confort. Pour raccourcir son temps de sommeil, « il suffit de prendre de la cocaïne », rétorque-t-elle, taquine. « Il y a des moyens pharmacologiques, par des médicaments et des substances, pour moins dormir, il n’y a pas besoin de technologies pour ça », souligne-t-elle avant d’évoquer la molécule éveillante testée pendant la guerre du Golfe [près d’un millier de soldats français ont absorbé des comprimés de modafinil] ou le captagon des djhadistes.
Pour l’heure, aucune nouvelle technologie grand public n’a fait preuve de son efficacité pour améliorer notre sommeil. Il faudrait regarder du côté de l’intelligence artificielle. Quand la machine travaillera à notre place, on aura beaucoup plus de temps libre. Le cauchemar des robots qui travaillent à notre place n’est-il pas en fin de compte notre salut ? On vous laisse méditer sur cette question à votre prochaine insomnie.
(*)20Minutes-LaureBeaudonnet

6.► Petrus en cassation
Coup de tonnerre dans le monde du vignoble bordelais !
La cour d’appel de Bordeaux vient de débouter le célèbre château Petrus à Pomerol qui réclamait à une société girondine de ne plus commercialiser de vin utilisant le mot Petrus.
Le litige remonte à sept ans, quand Stéphane Coureau, dirigeant avec son frère de l’entreprise CGM, négociants et propriétaires à Saint-Savin dans le Blayais (Gironde) avaient décidé de nommer leur vin Petrus Lambertini Major Burdegalensis 1208 en référence au premier maire de Bordeaux au XIe siècle.
Deux marques acceptées par l’Inpi mais contestées par Petrus
« Nous avons déposé deux marques qui ont été acceptées par l’Inpi (l’Institut national de la propriété industrielle). Mais Petrus a fait opposition à l’Inpi » qui a refusé leur demande, a expliqué à l’AFP Stéphane Coureau.
Château Petrus, propriété à Pomerol de la famille Moueix, ne s’est pas déclaré vaincu et l’an dernier, a poursuivi en correctionnel CGM pour « pratiques commerciales trompeuses » après la publication sur internet d’une annonce d’un particulier souhaitant revendre des bouteilles du « second vin de Petrus ».
Une cuvée vendue aux alentours des 10 euros
Et en première instance, Petrus avait gagné : « Aux yeux des premiers juges, même si cette cuvée était vendue sous l’appellation « Cotes de Bordeaux » à un prix voisin de 10 euros, loin des sommes astronomiques des grands millésimes de Pétrus, la présentation visuelle entretenait un risque de confusion prejudiciable à la « Rolls » de Pomerol », a rappelé le journal Sud-Ouest.
Les frères Coureau, qui avaient été condamnés à une amende, avaient fait appel de la décision, ainsi que le parquet, mais lui parce qu’il estimait de son côté que « la condamnation n’était pas assez importante », selon le service communication du château Petrus. Le 3 avril, la cour d’appel a finalement infirmé le jugement du tribunal correctionnel mais le château Petrus a décidé de se pourvoir en cassation, selon son service communication.

7.► Le mot de l’année 2018
Chaque année, on commente les entrées et les sorties dans le dictionnaire au moment de sa publication. Mais, dans la vie, quels sont les mots les plus marquants de notre vocabulaire ? Quels sont ceux qui décrivent le mieux notre présent ?
Lors du Festival du mot de La Charité-sur-Loire, du 30 mai au 3 juin, sera dévoilé le mot de l’année 2018.
Vous êtes invités, avant le 23 mai, à voter pour votre mot préféré parmi une liste de 11 substantifs. Roland Cayrol, le président du jury, a établi une liste de dix mots auxquels est venu s’en greffer un, choisi par les collégiens et lycéens de la Nièvre. Les mots sont : Bitcoin, colère, femmes, glyphosate, harcèlement, jupitérien, porc, réchauffement, ressenti, vegan et métissage (le mot des jeunes).
Comme vous pouvez le constater, les mots de cette année sont engagés. Nous allons bien réfléchir afin de défendre celui qui défendra le mieux 2018 à nos yeux.

En 2017, c’était un mot positif, « renouvellement », qui avait été choisi.

Richard POGLIANO

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