REGARDS EN COIN (103)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. Les grévistes dans la durée
2. Bus et covoiturage
3. 62 % de Pour…
4. Chine c/s Etats-Unis
5. Quais du polar
6. 2° C de plus ! ?
7. Ski et réchauffement climatique

1.► Les grévistes dans la durée
Aussitôt partie, aussitôt revenue. La grève à la SNCF redémarre samedi soir pour culminer dimanche et lundi. Si le niveau de mobilisation des cheminots n’est pas encore connu, la direction de l’entreprise a bien précisé que les jours de grève ne seraient pas payés. Or, le mouvement social est prévu pour s’étaler jusqu’à fin juin : une durée qui pourrait poser des difficultés financières aux cheminots grévistes (*).
Pour faire face, différentes initiatives ont vu le jour, sur le modèle des « caisses de grève ». Souvent tenues par les syndicats, elles permettent à leurs adhérents – et parfois aux non-syndiqués – d’obtenir une somme plus ou moins importante, pour compenser en partie la perte de salaire. Ainsi, la CFDT dispose depuis 1973 d’une « caisse nationale d’action syndicale » (CNAS), financée via les cotisations des adhérents. Son montant s’élève aujourd’hui à 126 millions d’euros.
« Le cheminot qui fait grève est toujours perdant financièrement »
« Nos adhérents sont indemnisés à partir du deuxième jour de grève, explique Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT Cheminots. Ils perçoivent environ 50 euros par jour dans ce cas-là ». Autre syndicat, autre méthode : Sud-Rail a lancé une cagnotte en ligne, à laquelle n’importe qui peut faire un don afin de soutenir les grévistes de la SNCF. Jeudi, elle atteignait les 25.000 euros.
Une autre cagnotte en ligne, lancée par le sociologue Jean-Marc Salmon, a dépassé les 300.000 euros. Début mai, elle sera entièrement redistribuée aux fédérations de cheminots. « Ils défendent un de nos biens communs, une entreprise de service public que le gouvernement cherche à transformer en société anonyme » écrivent les soutiens du projet, parmi lesquels des écrivains et des philosophes. Ils soulignant que « les journées de grève coûtent et que pour le succès de leurs revendications, il importe que le mouvement puisse durer ».
La somme atteinte par la cagnotte peut paraître impressionnante. Mais il faut la relativiser : si ces 300.000 euros étaient répartis entre 1.000 grévistes (moins de 1 % des effectifs de la SNCF, à comparer aux 30 à 35 % de grévistes recensés par la direction de l’entreprise en début de semaine), ces derniers ne seraient indemnisés que pendant six jours (à raison de 50 euros par jour) avant que la cagnotte ne soit à sec.
« Plus le gouvernement attendra, plus les gens vont se radicaliser »
« Le cheminot qui fait grève est toujours perdant financièrement, reconnaît David Dugué, membre du bureau confédéral de la CGT. Mais toutes les sommes récoltées, même les plus petites, permettent de montrer aux salariés mobilisés qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils sont soutenus. » La CGT a d’ailleurs lancé une « caisse de solidarité » pour rembourser les frais des adhérents liés à la grève (repas, déplacements, matériel, etc).
Une manière de dire que la caisse de grève joue aussi un rôle symbolique et pas seulement financier. Dans Le Parisien, un élu LREM estimait jeudi que les grévistes « ne pourront pas tenir [financièrement] plus de quinze jours ». « Le gouvernement doit se méfier, rétorque Didier Aubert. Pour avoir vécu la grève de 1995, je me souviens qu’après dix jours, les salariés de l’époque ne voulaient pas reprendre le travail avant d’avoir obtenu quelque chose. Ils estimaient que cela ne valait pas la peine de se sacrifier pour rien. » Conclusion du syndicaliste : « Plus le gouvernement attendra, plus les gens vont se radicaliser ».
(*)20Minutes-NicolasRaffin-06042018

2.► Bus et covoiturage
La grève à la SNCF ne fait pas que des malheureux. Les voyageurs qui ne pourront pas prendre le train mardi et mercredi se reportent massivement sur l’autocar et les plateformes de covoiturage dont les réservations explosent, indiquent ce dimanche soir des entreprises du secteur.
Au sein des trois compagnies de « cars Macron » actives en France, Isilines, filiale du groupe Transdev, a vu ses réservations « tripler par rapport à la normale, sur l’ensemble des lignes, tant pour les courtes distances que les Paris-Lyon ou Paris-Marseille », indique à l’AFP son directeur général, Hugo Roncal, ce dimanche soir (*).
Des réservations de bus en hausse
« Sur ces deux jours de grève, nous avons plusieurs dizaines de milliers de passagers en plus, c’est un niveau comparable à celui d’un 23 décembre ou une veille de 14 juillet », précise-t-il.
Isilines, qui exploite une centaine d’autocars au quotidien, va doubler ou tripler son offre, en mettant deux ou trois autocars au lieu d’un au départ de certains trajets. « Mais il faut relativiser : 4,5 millions de personnes prennent le train tous les jours, et nous en transportons 8 millions… en un an ! », souligne Hugo Roncal.

Du côté du concurrent FlixBus, les réservations ont bondi de 60 % pour mardi. « Nous étions à +40 % jeudi soir, et là on a beaucoup, beaucoup, beaucoup de réservations de dernière minute », dit à l’AFP Yvan Lefranc-Morin, directeur général de FlixBus France.
La société mettra 300 cars en circulation mardi, soit 50 de plus qu’en temps ordinaire et constate déjà des réservations en hausse de 30 % pour les 8 et 9 avril, les deux jours suivants de grève.
Le covoiturage fait de nouveaux adeptes
Même ruée sur les plateformes de covoiturage : BlaBlaCar a constaté « deux fois plus d’inscrits, ces derniers jours, qu’une semaine normale », a déclaré à l’AFP Robert Morel, porte-parole de Blablacar. En ce moment deux fois plus de nouveaux utilisateurs s’inscrivent sur le site, par rapport à une période normale.
La circulation des trains sera très perturbée comme annoncé, mardi, par la direction de la SNCF qui table sur un TGV sur huit en circulation en moyenne, un Intercités sur huit, un TER sur cinq et un Transilien sur cinq.
(*)20Minutes-AFP-01042018

3.► 62% de Pour…
Une large majorité des Français (62 %) souhaite que le gouvernement aille jusqu’au bout de la réforme de la SNCF, en dépit du mouvement de grève en cours, selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche réalisé les 5 et 6 avril.
Le taux de Français souhaitant « que le gouvernement aille jusqu’au bout de la réforme de la SNCF telle qu’elle a été annoncée, sans céder aux mobilisations et aux grèves » fait un bond de 11 points depuis les 30/31 mars, passant de 51 % à 62 % des personnes interrogées. Seuls 38 % (-10) des personnes interrogées ne le souhaitent pas.
Ils restent par ailleurs confiants sur la fermeté du gouvernement, en dépit d’un léger reflux : 69 % (-3) pensent que le gouvernement ira jusqu’au bout, contre 31 % (+4) d’un avis contraire.
42 % des personnes interrogées apprécient le rythme des réformes
Sur le fond de la réforme, 72 % (contre 28 %) se disent favorables à l’ouverture à la concurrence des TGV et des TER. Quelque 56 % des Français jugent la mobilisation et la grève « pas justifié (es) » et 44 % les jugent justifiées, contre respectivement 53 % et 46 % les 30 et 31 mars.
Quant à l’appréciation du rythme de l’ensemble des réformes engagées par Emmanuel Macron, 42 % des personnes interrogées jugent qu’il est « comme il faut », contre 38 % qui le jugent « trop rapide » et 20 % « pas assez rapide ». Un sondage Ifop pour L’Opinion et la Fondation Spinoza réalisé du 13 au 16 octobre révélait que seulement 35 % des Français jugeaient le rythme « comme il faut », 38 % « trop rapide » et 27 % « pas assez rapide ».

4.► Chine c/s Etats-Unis
La Chine réplique aux Etats-Unis en imposant des taxes sur 128 produits américains
Rancunière la Chine ? Le pays a annoncé lundi des mesures de rétorsion contre les importations américaines en imposant des taxes sur 128 produits, d’une valeur de trois milliards de dollars, en réplique aux taxes américaines sur l’acier et l’aluminium, selon l’agence Chine nouvelle.
Pékin avait prévenu le mois dernier qu’il envisageait l’imposition de ces taxes, faisant craindre le déclenchement d’une guerre commerciale entre les deux géants économiques mondiaux. Les nouvelles taxes chinoises, imposées par la commission chargée des tarifs douaniers au sein du Conseil d’Etat (gouvernement), portent sur des produits divers allant des fruits à la viande de porc.
Washington accuse la Chine de piller les innovations technologiques américaines
Donald Trump avait annoncé le 22 mars que les Etats-Unis imposeraient de nouvelles taxes sur quelque 60 milliards de dollars d’importations chinoises, une nouvelle qui avait secoué les marchés financiers. Dès le lendemain, la Chine avait répliqué en dévoilant une liste de 128 produits sur lesquels elle affirmait vouloir appliquer des droits des douanes de 15 % à 25 % en cas d’échec des négociations entre les deux pays.
Washington reproche depuis longtemps à Pékin de tirer profit du système de coentreprises imposé aux firmes étrangères qui s’implantent en Chine pour piller les innovations technologiques américaines.

5.► Quais du polar
Ils étaient policiers, ils sont devenus des auteurs à succès
Traques de tueur en série ou de baron de la pègre, rapt, kidnapping d’enfants… (*) Qui d’autre qu’un policier est le mieux placé pour en parler ? Depuis quelques années, de plus en plus prenne la plume pour écrire des romans noirs, inspirés parfois d’histoires réelles sur lesquelles ils ont enquêté et qui cartonnent auprès des lecteurs. Cette année, le festival Quais du Polar, qui s’ouvre vendredi à Lyon, en a convié trois : Christophe Molmy, Christophe Guillaumot et Olivier Norek.
Mais le vécu ou l’expérience sur le terrain n’est pas en soi un gage de réussite. Loin de là. La clé du succès, c’est « avant tout l’écriture », répond Ivan Buthon de la librairie Esprit Livre. « Être commissaire de police ne fait pas forcément de vous un bon romancier. Il faut savoir mettre en scène ses histoires. Il ne s’agit pas d’écrire point par point ce que l’on observe. Le tout est de savoir captiver le lecteur, le plonger dans une ambiance en s’affranchissant des règles de procédure. »
Du vécu mais un talent de conteur avant tout
Danielle Thiéry, lauréate du Prix Quais des Orfèvres en 2013 pour Des clous dans le cœur, est l’une des premières à l’avoir compris. Ancienne commissaire divisionnaire, elle a pris la plume dans les années 1990 à la fin de sa carrière. Elle est d’ailleurs la seule policière française à écrire des romans aujourd’hui.

Si on a simplement des enquêtes à raconter, on va vers le documentaire. Il faut avant tout avoir un talent de conteur d’histoire. Vous devez respecter certains codes », explique-t-elle. Comme « mettre en scène des ingrédients pour accrocher le lecteur et le tenir en haleine ». Elle poursuit : « Il doit se sentir intelligent mais au final vous êtes le marionnettiste qui tire les ficelles. Vous êtes le seul à connaître la fin de l’histoire. ». Une histoire qui se dessine au fil des pages et non au gré des dossiers d’archives ressortis pour l’occasion.
Le « réalisme », ligne directrice d’Olivier Norek
« Le polar, c’est vraiment l’antithèse de l’enquête de police, estime Danielle Thiéry. On est dans une démarche totalement inverse. Dans le roman, on part d’une idée, d’une chose qui vous tracasse ou vous interpelle, pour servir l’affaire et mettre en place les éléments de la vérité. Dans l’enquête, on part d’un fait, un crime ou un assassinat par exemple, et on tire le fil. La vérité existe avant que vous ne la découvriez. »
Une fois que l’idée est là, l’ex-commissaire divisionnaire pioche des éléments dans ses souvenirs, des affaires qu’elle a traitées ou des personnages rencontrés. Elle n’hésite pas non plus à « replonger dans la vie de service qui [l’a] fait toujours vibrer » pour rester réaliste. Le « réalisme » est aussi la ligne directrice d’Olivier Norek, lieutenant à la police judiciaire de Saint-Denis pendant 18 ans et aujourd’hui « en dispo ».
« Une carte de police pour ouvrir des portes, un flingue pour fermer des gueules »
Pour les besoins d’Entre deux mondes, l’homme s’est immergé trois semaines dans la Jungle de Calais. « J’ai pu goûter à la peur, aux angoisses de chacun. Comme une éponge, je me suis imprégné de tout ça pour retranscrire ensuite des émotions. Il faut aller voir les choses avant d’écrire dessus », appuie-t-il. Et d’ajouter : « Pour réaliser un bon livre, il faut connaître les textures, les odeurs, les couleurs. C’est essentiel. » Le vécu ne suffit pas. En faire des tonnes non plus.
« Quand je raconte certaines affaires sur lesquelles j’ai travaillé, les gens écoutent et me renvoient cette impression que ma vie est un film. Mais au fond, je suis quelqu’un de très ordinaire, qui a simplement été face à des situations extraordinaires », ajoute l’écrivain se refusant de mettre en scène des super flics. Pas question non plus d’exorciser des années de travail au moment de remplir une page.
« Il faut arrêter de penser que l’écriture est une catharsis. Pendant des années, j’ai eu une carte de police pour ouvrir des portes et un flingue pour fermer la gueule de certains. J’ai toujours su prendre du recul. J’avais une devise : ce ne sont pas tes proches, ce n’est pas ta peine. Sinon, on porte un fardeau de quatre tonnes sur les épaules », explique-t-il. Un avis partagé par Danielle Thiéry. « N’allez pas imaginer qu’on a trop de choses sur le cœur et qu’on n’en peut plus de cette vie-là. Si c’était le cas, je serais allée consulter un psychologue et cela aurait été bien plus efficace », conclut-elle en plaisantant.
(*)20Minutes-CarolineGirardon-04042018

6.► 2°C de plus ! ?
Hausse des mers, perte de biodiversité, accès compliqué à la nourriture, moindre niveau de vie… Même si le monde parvient à limiter le réchauffement à 2°C, les conséquences seront significatives, selon des études publiées lundi (*).
« Nous décelons des changements importants dans les impacts climatiques pour un monde à 2°C, donc nous devons prendre des mesures pour l’éviter », explique à l’AFP Dann Mitchell, de l’université de Bristol, auteur principal du texte qui introduit ce numéro spécial de la revue britannique « Philosophical Transactions of the Royal Society A ».
L’urgence à agir à nouveau soulignée
Plus de deux ans après la signature de l’accord de Paris qui vise à maintenir la hausse du thermomètre sous 2°C, voire 1,5°C, par rapport à l’ère pré-industrielle, la vingtaine d’études comparent notamment l’incidence des deux scénarios.
« L’un des défis concerne la vitesse à laquelle nous atteindrons +2°C », ajoute Dann Mitchell. Autrement dit, le temps que le monde aura ou non pour s’adapter aux multiples conséquences du réchauffement. Le groupe des experts du climat de l’ONU (Giec) doit publier en octobre un rapport sur une éventuelle planète à +1,5°C. Le projet de texte estimait en janvier qu’au vu des engagements actuels des Etats et des trajectoires d’émissions de CO2, il était « extrêmement improbable » d’atteindre l’objectif.
« L’adaptation est essentielle »
Même si la montée de température se stabilise à +1,5 ou +2°C, le niveau de la mer continuera à s’élever « pendant au moins trois siècles », de 90 ou 120 cm d’ici à 2300, selon une des études. S’ensuivront inondations, érosion et salinisation des nappes phréatiques. Plus le scénario est optimiste, plus les îles du Pacifique, le delta du Gange ou les villes côtières auront du temps pour construire des défenses ou déplacer des populations.
Si rien n’est fait pour limiter les émissions de CO2, la hausse moyenne du niveau de la mer, provoqué par la fonte de glaces et la dilatation de l’eau, atteindra 72 cm d’ici à 2100. Mais cette perspective est repoussée de 65 ans pour le scénario à +2°C, et de 130 ans pour +1,5°C. « Les impacts pour le XXIe siècle sont plutôt reportés qu’évités », notent les chercheurs. Alors « l’adaptation est essentielle », insiste Robert Nicholls, de l’université de Southampton.
L’accès à la nourriture sera plus difficile
Une hausse des températures va entraîner une plus grande insécurité alimentaire à travers le monde, sous le coup à la fois d’inondations et de sécheresses plus importantes, avertit une des études. Avec un réchauffement de 2°C, Oman, le Bangladesh, la Mauritanie, le Yémen et le Niger seraient les pays les plus vulnérables à la pénurie.
Au contraire, le Mali, le Burkina Faso et le Soudan verraient leur situation légèrement s’améliorer car ils souffriraient de sécheresses moins dures. Mais il s’agit d’une « exception », précise le professeur Richard Betts, qui a conduit l’étude. En cas de réchauffement de 1,5°C, « 76 % des pays étudiés enregistreraient une augmentation plus faible de leur vulnérabilité à l’insécurité alimentaire ».
La croissance des inégalités
Si +1,5°C ne devrait pas changer grand chose à la croissance économique mondiale, « un réchauffement de 2°C laisse entrevoir des taux de croissance considérablement plus bas pour de nombreux pays, en particulier autour de l’équateur », indique à l’AFP Felix Pretis, économiste à l’université d’Oxford.
La différence est encore plus marquée avec le PIB par habitant. D’ici à la fin du siècle, il serait de 5 % inférieur si le réchauffement atteint 2°C plutôt que 1,5°C, selon cette étude. En outre, « les pays qui sont pauvres aujourd’hui devraient devenir encore plus pauvres avec le changement climatique, et plus en cas de +2°C que +1,5°C, alors que les pays riches vont probablement être moins touchés », souligne Felix Pretis.
(*)20Minutes-AFP-02042018

7.► Ski et réchauffement climatique
La neige n’a pas totalement fondu en ce début avril dans les Vosges. L’hiver 2017-2018 a plutôt été très bon. Mais il reste loin de l’époque des avalanches observées en dessous de 600 mètres d’altitude dans les fonds de vallées à la fin du XIXe siècle, et même jusqu’en 1952, à côté de Mittlach. Le réchauffement climatique et ses effets…(*)

Même si la variabilité est forte d’un hiver à l’autre, la neige en montagne est forcément touchée. Chef du centre Météo France de Besançon, Bruno Vermot-Desroches embraye : « Il y a toujours eu des hivers sans neige et d’autres avec beaucoup de neige. Mais en 30 ans, la durée moyenne d’enneigement a diminué de 10 jours à 900 mètres. »
Un enneigement plus que divisé par deux en 2100 ?
Selon les mesures, depuis les années 60, la quantité de neige diminue aussi. Du point de vue climatique, les montagnes perdent l’équivalent d’un centimètre de hauteur par jour. « Sur 10 ans, ça fait près de 40 mètres, 400 sur 100 ans », calcule le météorologue chargé, entre autres, du suivi du manteau neigeux dans les Vosges et le Jura.
Au centre d’étude de la neige de Grenoble, les enregistrements de Météo France sont injectés dans des modèles pour tenter d’estimer la baisse de l’enneigement à l’avenir. « D’ici la fin du siècle, à 1.500 mètres dans le massif de la Chartreuse, la quantité de neige pourrait être divisée par deux », complète l’ingénieur Nicolas Eckert.
Les Vosges, elles, culminent seulement à 1.424 mètres… Selon les mêmes hypothèses des chercheurs, les conditions actuelles à 600 mètres d’altitude pourraient être celles des crêtes du massif en 2100.
Jusqu’à quand pourra-t-on skier dans les Vosges ?
Ce changement interroge l’avenir des stations de ski des Vosges – nées à travers les skis clubs dès 1895 et développées à partir des années 1960. Le 29 mars, la Chambre de commerce et d’industrie d’Alsace et Alsace destination tourisme ont réuni à ce sujet nombre d’exploitants et d’acteurs touristiques du massif à Colmar.
Ici, le ski représente des millions d’euros de chiffre d’affaires et des milliers d’emplois saisonniers. Côté lorrain et côté alsacien, chacun semble avoir pris conscience des conséquences du réchauffement sur cette activité. Au Lac Blanc, à la création du gros télésiège en 2005, un bikepark pour VTT a été créé pour le faire vivre toute l’année.
« À l’heure actuelle, il y a toujours de la neige »
Sur l’installation proposant une diversification des activités, le vélo ne représente pour autant que 20 % du chiffre d’affaires, contre 80 % pour le ski. « On est conscient que la Terre change mais à l’heure actuelle, il y a toujours de la neige », rebondit Christophe Bergamini, directeur de l’office du tourisme de la vallée de Kaysersberg à proximité.
« Aujourd’hui, rien ne peut encore remplacer entièrement le ski qui s’est tellement démocratisé… En hiver, qu’est-ce qui rapporte autant que le ski ? Pour quelle autre activité autant de gens seront-ils prêts à mettre 50 ou 60 euros par jour ? »
Loin d’être fermée à la mutation, la station haut-rhinoise a néanmoins monté un projet de luge sur rail entre deux pistes de ski – freiné, lui, par une étude d’impact environnemental à refaire. « La luge ne remplacera pas le ski, mais elle complétera l’offre, termine Christophe Bergamini. C’est un début. Avant, peut-être, d’allonger la période de VTT. »
D’autres activités créées, mais laquelle remplacera le ski ?
Plusieurs pistes de diversification existent. Mais essentiellement pour les autres saisons, pas forcément énormément en hiver. Le Markstein a par exemple une luge d’été. Le Champ du Feu propose, lui, des balades à cheval toute l’année. L’escalade, le ski de fond, la randonnée, les raquettes ou les chiens de traîneaux se développent toujours.
Avant la révision de la stratégie touristique du massif des Vosges, celle de la région Grand Est et une étude sur le ski nordique, ces réflexions sur le futur ne pourront être évitées. Visant à aider les sociétés du Rhin-Supérieur à s’adapter aux changements climatiques, le projet européen Clim’Ability n’oubliera pas les massifs dans ses fiches. Car oui, dans 100 ans, il sera probablement bien rare de skier dans les Vosges.
(*)20Minutes-BrunoPoussard-06042018

Richard POGLIANO

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