REFORMER, C’EST RE-INVENTER…

Depuis trois ans, la France n’avance pas, elle stagne, voire régresse.
Nous nous enfonçons dans un chômage de masse et des déficits de plus en plus vertigineux. Les Français ont perdu confiance, pire, ils redoutent l’avenir, pour eux et pour leurs enfants.

Et ce n’est pas la ridicule loi Macron, avec sa libéralisation du transport en autocar et du travail dominical, qui changera quelque chose, ni relancera la croissance.
Ce n’est pas non plus les roulements de tambour inconséquents du 1er ministre qui apporteront à la France les points de croissance qui lui manque ni les emplois qui lui font défaut.
Quand au Président de la République, à l’encre sympathique socialiste, il fait engager des réformes puis les corrige et en détricote certaines, pour notre plus grand bonheur d’ailleurs, tant leurs applications auraient été désastreuses.

Bref, des gouvernants qui endorment la Belle, en attendant le miracle d’une embellie économique, toujours annoncée mais qui n’arrive jamais.

Pourtant il est plus qu’urgent d’engager des réformes, l’œil rivé sur le compteur budgétaire.
Car si nous sommes convaincus de la nécessité d’un retour rapide à l’équilibre budgétaire, et donc de la nécessité de diminuer nos déficits, l’équation entre baisser les dépenses et augmenter les impôts n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Et la réduction de dépenses publiques et sociales ne peut pas se faire n’importe comment, ni à n’importe quel rythme.
D’abord parce que trop souvent les réductions de dépenses publiques ont eu un impact des plus négatif sur l’économie. Et que l’on sait aujourd’hui que 1 euro de baisse de dépense publique ampute le PIB de plus de 1,5 euro. Il faut donc que toute diminution de déficit d’un secteur s’accompagne d’une stratégie de conquête d’un autre secteur. C’est ainsi, par exemple, qu’une réelle et concrète réflexion sur la transition énergétique devrait rapidement être engagée, car dans ce secteur, avec la transformation de toute la filière électrique, c’est plusieurs centaines de milliers d’emploi qui pourraient être créés.
Ensuite parce que tout dépend du choix de société que nous voulons, de la place de l’Etat et du rôle plus ou moins grand que l’on souhaite lui donner. Et nous sommes attachés aux quatre grandes fonctions de l’Etat : un Etat régalien (police, armée, justice), unificateur (laïcité, éducation), redistributif (sécurité sociale, solidarité) et stratège (soutien de l’économie). Ce n’est qu’après avoir tranché ce débat que l’on pourra réellement choisir la bonne méthode pour revenir à l’équilibre budgétaire. En organisant, par exemple, un grenelle de la fiscalité, comme j’ai déjà eu l’occasion d’en parler ici.

Voilà pourquoi, il nous faut changer de modèle, passer à de nouvelles offres et demandes, différenciées et sectorisées. Provoquer un choc d’innovations, avec l’apparition de nouvelles techniques, tant dans la consommation que dans la production de l’ensemble des biens. Comme pour une révolution industrielle. Comme pour celles que nous avons connues lors des trois derniers siècles. Avec de nouvelles filières qui assureront l’avenir de nos sociétés développées, dans l’énergie, le développement durable ou la santé, l’aide à la personne, la croissance verte. D’autres encore. En intégrant, du côté de la demande, l’importance de nouveaux comportements de consommation et, du côté de l’offre, celle de nouveaux gains de productivité. En réorientant le capital financier français vers le financement de l’innovation.
Il faut, pour cela, une action forte de l’Etat. Non pas en augmentant l’endettement public déjà trop lourd, et qu’il faut continuer à diminuer, mais en ayant un Etat stratège qui donne des objectifs, définit les chemins, les filières et mobilise tous les acteurs, toutes les capacités de financements privés, épargne des ménages, profits des entreprises, crédit des banques.
Faire entrer véritablement la France dans le XXIème siècle, c’est faire le choix de filières spécifiques et du financement des innovations qui les accompagnent. C’est à ce prix que nous retrouverons le chemin de la croissance et du plein emploi. Et c’est un problème culturel, pas budgétaire.
Il n’est plus temps de promettre. Il n’est surtout plus temps d’attendre.
Il est urgent d’agir. Ne plus travestir la vérité. Ne plus s’enfermer dans l’immobilisme. Et réformer, c’est-à-dire ré-inventer…

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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