PROPOS DE RASPAIL ET FINKIELKRAUT (extraits) (*)

La nostalgie.
Jean Raspail – « Je ne suis pas nostalgique et je sais que les temps révolus ne reviendront pas. Pour le pire et le meilleur, je vis dans mon siècle, même si j’ignore internet et les réseaux sociaux. J’assume ce rôle de gardien de ruines –titre d’un beau roman de François Nourissier- ou de veilleur au chevet de grandeurs évanouies et de fidélités moribondes. »
Alain Finkielkraut – « A l’ère des flux, le verbe ʺsauverʺ doit impérativement prendre la place du verbe ʺchangerʺ dans notre vocabulaire politique : sauver les livres, sauver la langue, bref sauver les meubles de ce qui reste de la civilisation française. Les pessimistes croient que la catastrophe est à venir. Je ne partage pas leur optimisme. La catastrophe est en cours. »

L’engagement.
Jean Raspail – « Je peux être un citoyen engagé, mais si on me considère comme un écrivain engagé, je ne suis pas prisonnier de mes engagements. Je ne suis pas d’extrême droite, mais je campe et patrouille aux confins de la droite. J’ai toujours refusé d’adhérer à un parti politique, car ma position est avant tout éthique et métaphysique. Mon jugement sur la politique, il est simple : elle pourrit les meilleurs ! »
Alain Finkielkraut – « La gauche, soucieuse d’en finir avec l’élitisme, fait disparaître le grec et le latin, c’est-à-dire les humanités de l’enseignement secondaire. L’antiélitisme en matière scolaire provoque des dégâts considérables. Mais l’héritage que la gauche abandonne au nom de l’égalité, la droite s’en débarrasse au nom de l’utilité. Il y a longtemps que je ne crains plus les foudres de la gauche divine. Si j’étais de droite, je le dirai sans hésiter. Seulement voilà : mon parti n’existe pas. »

L’après Charlie Hebdo.
Jean Raspail – « L’instrumentalisation et la récupération de la mort tragique des malheureuses victimes de ces massacres m’ont paru honteuses. Tout est bon à nos gouvernants pour se faire valoir et tenter de faire oublier la trahison de leurs promesses et l’échec piteux de leur politique. Qu’il soit de gauche ou de droite, de toute manière, le milieu politique français est un désert, et je ne vois pas un politicien pour racheter l’autre. »
Alain Finkielkraut – « Au fanatisme et à la haine meurtrière, les français ont réagi par un sursaut de fierté culturelle. Dès le 12 janvier, et jusqu’au sommet de l’Etat, certains défenseurs de la République se sont mués en procureurs. Selon le schéma traditionnel de la critique de la domination, les assassins sont devenus les victimes d’un apartheid ethnique, culturel et territorial. Et c’est en vain que Charb a dit : j’ai moins peur des intégristes religieux que des laïques qui se taisent. Le 11 janvier, c’était l’affirmation que la France –esprit Charlie inclus- n’est pas négociable. Des voix s’élèvent depuis lors pour dire, au contraire, que la France doit être renégociée et redéfinie à partir de ce qu’elle est aujourd’hui. L’enfant d’immigrés que je suis ne se reconnait pas dans cette exigence. »

La ʺbien pensanceʺ.
Jean Raspail – « C’est la sacralisation de l’Autre, particulièrement quand il s’oppose à notre culture et à nos traditions. La mauvaise conscience soigneusement entretenue, avec piqures de rappel à la repentance pour nos fautes et nos crimes supposés. Nos gouvernants ont le monopole du Vrai et du Bien, et ne tolère pas de voix discordantes. Comme on l’a vu, ces dernières années avec Renaud Camus, Richard Millet ou tout récemment avec Michel Houellebecq et Michel Onfray, quiconque exprime une opinion hétérodoxe ou contraire au consensus est voué à l’opprobre et à une lapidation symbolique. »
Alain Finkielkraut – « Tout le ʺshowbizʺ fredonne sans répit la même rengaine bien-pensante. Malgré ce grand déploiement, le politiquement correct est peut-être moins dominateur qu’il ne l’espérait. Mais ce n’est pas la domination qui le définit, c’est la dénonciation. Le sentiment d’appartenance et l’identité nationale ne sont pas conforme à leur manière hors-sol d’être et de communiquer, ils les rejettent donc avec horreur. Le politiquement correct est bien vivant, puisque me voici sommé de m’expliquer sur mes fréquentations. Eh bien, je m’y refuse. »

(*) Jean Raspail : In Jean Raspail le prophète – Valeurs Actuelles-4089-150415 et Alain Finkielkraut : In Alain Finkielkraut ma France – Le Point-2222-090415.

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