PASSIONS LAIQUES

Le face à face entre l’Eglise catholique et l’Etat en France a longtemps était une lutte sans merci, et parfois, au début, sanglante.
Entre un XVIII° siècle intraitable, un XIX° siècle plus conciliant et un début de XX° siècle rebondissant, les affrontements se sont multipliés, jusqu’à la laïcisation de la République Française, avec la loi d’Aristide Briand en 1905. Un texte qui prévoit que l’Etat se sépare des Eglises, et assure leur liberté de culte, mais qui prévoit aussi que l’ensemble des bâtiments religieux construits soit mis à la disposition des fidèles, dès lors qu’ils se constituent en associations reconnues par les pouvoirs publics. Mais il faudra de longues négociations pour aboutir, en 1924, à une solution… Une loi qui noue le dialogue entre les anticléricaux et les religions (toutes les religions, les catholiques comme les autres), et qui les unit autour d’un même texte.
Passions laïques ou l’histoire de la Laïcité en 5 dates.

  1. 1. 1793-1794
    Apogée de la politique de déchristianisation de la Révolution Française. Ce fut une guerre ouverte entre « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas ».
  2. 2. 1801
    Bonaparte signe avec le pape le Concordat. Le catholicisme est « la religion de la majorité des Français ». Plus tard, le judaïsme et le protestantisme deviennent des cultes reconnus.
  3. 3. 1881-1882
    Les lois Ferry créent l’école primaire gratuite, laïque et obligatoire.
  4. 4. 1905
    Loi de séparation des Eglises et de l’Etat. L’article 2 prévoit que la « République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».
  5. 5. 2004
    Loi interdisant le port de signes religieux à l’école.

Aujourd’hui, la laïcité est menacée par ces formes nouvelles que sont le communautarisme et l’intégrisme, par ces organisations terroristes qui frappent aveuglement notre société. Et ce n’est pas rendre service à l’immense majorité des croyants que de les laisser gagner pas à pas du terrain.
Alors, les débats autour de la laïcité s’enflamment. Il y a ceux qui sont pour une laïcité de combat, fermeté et interdiction, et ceux qui sont pour une laïcité ouverte, apaisement et conciliation.

Comme si les lois actuelles et leur rigoureuse application ne suffisaient pas, pour contenter les uns et les autres. Et, enfin, retrouver calme et sérénité. Mais on peut aussi rêver…

Richard POGLIANO

« Je rêve…
Je rêve d’une laïcité qui soit enfin synonyme de fraternité. Une laïcité qui permette aux humains de s’accepter comme parties prenantes ensemble de « l’humaine condition », partageant les mêmes inquiétudes et se reconnaissant dans les mêmes questions fondamentales.
Comment faire de notre passage sur cette terre un moment porteur de sens ?
Comment se donner un idéal qui agrandisse le cercle de l’humain et prépare un avenir où chacun trouve une place dans un projet commun ?
Comment faire de nos différences des occasions d’enrichissements réciproques ?
Comment assumer nos croyances et convictions réciproques avec cette modestie sereine qui décourage toute agression ?
Comment vivre dignement et profiter de la douceur du temps comme de l’affection de nos proches tout en voulant notre bonheur contagieux ?
Comment être toujours plus humain et toujours plus porteur d’humanité ? D’une humanité qui se sait fragile et dont il faut prendre soin inlassablement.
Je rêve d’une laïcité où la fraternité ne soit pas seulement inscrite aux frontons de nos monuments mais mise en œuvre au quotidien sur tous nos territoires et dans toutes nos institutions. Une laïcité qui nous fasse accueillir l’autre, sans aucune condition, d’un sourire et d’une promesse de rencontre sans violence. Une laïcité où, dans chaque quartier, dans chaque village, chacune et chacun s’implique pour « faire ensemble société ». Une société où tous les adultes, quels qu’ils soient, se vivent comme responsables collectivement de l’éducation de tous les enfants et adolescents. Une société où le partage des savoirs et la transmission de la culture n’intimide plus personne. Une société où les connaissances de chacune et de chacun puissent être échangées avec toutes et tous, tout au long de la vie. Une société où notre École soit attentive, dans son organisation comme dans sa pédagogie, à tout ce qui unit les êtres, contre tout ce qui les divise, et à tout ce qui les libère, contre tout ce qui les assujettit. Une société où la solidarité soit le principe de tous nos systèmes sociaux et nos organisations politiques. Une société où chacune et chacun puisse découvrir que ce qui aide les plus faibles enrichit le monde et prépare un avenir meilleur pour tous.
Je rêve d’une laïcité où la fraternité ne connaisse plus de frontière. Où les humains habitent ensemble la même Terre-Patrie en mesurant que tout ce qu’ils font à des conséquences sur leur destin commun. Un Terre-Patrie qui cesse de gaspiller tout ce qui est épuisable – et risque de faire défaut demain – pour créer inlassablement tout ce qui est inépuisable : les arts, la convivialité, la pensée. Une Terre-Patrie où nul ne soit exclu de la dignité et de la citoyenneté.
Je rêve d’une laïcité qui ait un goût d’humanité heureuse et de solidarité contagieuse.
Je rêve d’une laïcité d’aujourd’hui qui prépare délibérément, pour demain, un monde fraternel. Une laïcité offerte à toutes et tous comme un combat commun. »
Philippe Meirieu, pédagogue, in « Solidarité-Laïque.org « .

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