ONFRAY ET HOUELLEBECQ …(*)

« J’ai commis l’erreur de ne pas aimer Michel Houellebecq […] qui est probablement le plus grand contemporain de notre époque ».

Michel Onfray nous ouvre une piste royale. Celle qui conduit à l’immense romancier qu’est Michel Houellebecq et nous explique pourquoi il est l’indépassable chroniqueur amer et lucide de notre modernité.

Le hasard a fait que, le 30 décembre, j’ai découvert dans Le Point des extraits exclusifs du volume consacré à Michel Houellebecq dans la prestigieuse collection « Les Cahiers de L’Herne », « regorgeant d’inédits sur sa mère, son père et d’échanges vigoureux avec ses contemporains ».

Puis j’ai appris que, pour ces mêmes « Cahiers », Michel Onfray s’était aventuré dans toute l’œuvre de Michel Houellebecq, surtout Soumission, et qu’il en était revenu enthousiasmé avec une analyse décapante. « Il a fait du dérèglement rimbaldien de tous les sens sa méthode… C’est un sociologue hors pair de l’époque et de notre civilisation… Il n’est pas fautif du monde qu’il décrit et qui s’avère être le nôtre… » Au fond, l’affreux constat d’un monde déboussolé et peu à peu déshumanisé avec la recherche désespérée d’un sens pour justifier sa vie.

Bonheur de ces éclairages qu’une intelligence exceptionnelle et critique porte sur les livres d’un romancier lui-même unique. Un peu comme, dans la correspondance de Van Gogh avec son frère, le premier parle admirablement de l’art de Millet et de la richesse de sa peinture. Le génie se prosternant modestement devant, selon lui, un autre génie.

Ou Franz Liszt s’acharnant avec une infinie générosité et humilité à faire profiter de sa lumière ses admirations encore méconnues.

Puis, tout à coup, cette confidence de Michel Houellebecq, arrachée à ses tréfonds, posant sa détresse, nue, sur la page. « Jusqu’à ma mort je resterai un tout petit enfant abandonné, hurlant de peur et de froid, affamé de caresses. »

Les écrivains incomparables sont exaspérants.

Ils découragent les plus intrépides, les plus audacieux, qui n’osent plus s’engager dans la littérature et les états d’âme. Rien n’est possible après eux. Pourquoi dégrader ce qu’ils ont su déjà si bien exprimer…

Ils ont la prétention de nous connaître mieux que nous-mêmes et le comble est qu’ils ont raison. En un trait, en une fulgurance, en un aveu, parlant d’eux, ils rejoignent miraculeusement la condition de beaucoup dont la fragilité et le sentiment d’abandon s’accordent avec ceux décrits par Michel Houellebecq.

Ils sont capables de révéler tout d’eux et, parce qu’ils ont la grâce et l’aura d’une écriture magique, à la fois simple et universelle, eux ont le droit de s’exposer, presque de s’exhiber. Qu’importe puisque leur singulier est pluriel !

« Un tout petit enfant abandonné… affamé de caresses. » Il n’y a pas d’âge pour la solitude et pour ce qui la rassure et console.

Parce que Michel Onfray nous fait comprendre Michel Houellebecq.

Parce que Michel Houellebecq évoque douloureusement, intensément ce qu’il a été et demeure.

Parce que ce sont eux.

Parce que je me reconnais et que j’admire.

Et que je ne suis que moi.

Il y a des compagnonnages qui réchauffent.

(*) Par Philippe Bilger – BdVoltaire-04012017

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