NOUS SOMMES LOIN DE SORTIR DE LA CRISE…(*)

Ayons l’honnêteté de le dire, la France compte actuellement 5.500.000 de demandeurs d’emploi, par rapport à une population active de 28.400.000 de personnes, soit un taux de chômage de 19,3 %.
Et si on retranche de cette population active, les 5.500.000 fonctionnaires qui ne sont pas susceptibles de perdre leur emploi, cela nous donne un taux de chômage ajusté de 23,9 %.

Que nous sommes loin des chiffres annoncés par le Président de la République, le Premier Ministre et le Ministre de l’Economie !

Bien entendu, il faut avoir l’honnêteté de dire aux français que la politique du gouvernement échoue, que les propos sont trompeurs, que les 3.364.000 chômeurs annoncés ne sont que ceux de la catégorie A.
A cela, il faut ajouter les catégories B (625.000) et C (895.000) qui sont les demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite, ainsi que les catégories D (263.000) et E (353.000) qui sont les demandeurs d’emploi dispensés de recherche d’emploi.
Cela nous donne donc un total de 5.500.000 demandeurs d’emploi.

Le premier qui dit la vérité…

Quand on sait que chaque année, depuis 2012, 130.000 postes sont détruits et 120.000 nouveaux arrivent sur le marché, cela nécessite de créer, a minima, 250.000 emplois par an pour les absorber… sans pour autant diminuer les 5,5 millions de chômeurs existants.
Il faudrait à la France une croissance supérieure ou égale à 1,5 % pour créer quelque 150.000 emplois…
De plus, selon l’agence Standard & Poor’s, entre mi-2013 et mi-2015, l’économie française n’a créé que 57 000 postes dans le secteur privé, soit en moyenne 23 500 emplois par an !, quand l’Allemagne en générait 482 000 et l’Espagne 651 000. Même l’Italie, pourtant confronté à une baisse de son PIB entre 2012 et 2014, fait mieux que la France avec 288 000 nouveaux postes…
Alors Hollande, Valls et Macron, même combat : une communication qui semble efficace, mais une action qui est totalement stérile et des résultats quasiment nuls !

Il y a donc loin de la coupe aux lèvres…

C’est bien pour cette raison qu’il faut changer de politique, en France et en Europe.

Se dire d’abord que les réductions de dépenses publiques, si elles ne sont pas ciblées, ont un impact plus négatif que prévu sur l’économie. Et qu’il n’y a pas de réponse générale dans le débat entre baisse des dépenses et hausse des impôts, tout comme celui entre relance par la demande ou par l’offre. Tout dépend du choix de société que nous faisons, de la place de l’Etat et du rôle plus ou moins important qu’on souhaite lui donner. Et c’est seulement après avoir tranché ce débat que l’on peut décider des actions à entreprendre pour revenir à l’équilibre budgétaire et relancer l’économie du pays.

Se dire aussi que notre pays traverse une crise non plus seulement financière, mais systémique et énergétique. Et que pour faire face à ce que j’appellerai la Troisième Révolution Industrielle, il faut à la France à la fois une plus grande décentralisation des politiques industrielles, et tout particulièrement dans le domaine de la transition énergétique et des énergies renouvelables, et une intervention forte des pouvoirs publics pour mettre en place de nouvelles filières, de nouvelles infrastructures et un Etat, pilote et stratège, qui incite tous les acteurs socio-économiques à relever ces nouveaux défis.

Se dire enfin que l’Europe a un rôle essentiel, non seulement monétaire, avec une baisse de l’Euro, insuffisante mais qui, aujourd’hui, va dans le bon sens, mais surtout dans la relance de l’investissement pour de grands projets qui contrebalancent les effets pervers de l’austérité. Redéployer les fonds structurels du budget européen, c’est-à-dire une centaine de milliards d’euros, vers des projets pérennes et ciblés sur l’emploi, particulièrement celui des jeunes. Relancer, et surtout multiplier, les fameux emprunts obligataires project bonds pour financer les secteurs d’avenir pour notre continent européen, à savoir l’énergie, les transports, la croissance verte.

C’est tout cela, entre autre, qui pourrait permettre de recréer un peu de croissance, voire une croissance durable.

Mettre en place une nouvelle fiscalité et relancer l’investissement productif. Tous le reste n’est que leurres…

Faute de quoi, non seulement nous ne sortirons pas de la crise, mais la zone euro pourrait entrer dans une phase déflationniste. Ce qui aurait pour la France, des conséquences dramatiques.

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

(*) Cf. Newsletter du 09.06.14

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