NICE : UNE VILLE DE VILLAGES (2)

Il nous faut donc étudier chacun de nos villages, chacun de nos quartiers, pôle par pôle.
(…)
Jetons donc un rapide regard sur nos villages…
(…)
Au Centre… la Vieille Ville, Carabacel, Medecin, Vernier, Thiers, Rue de France, Gambetta, Baumettes. Dans ce secteur, fort de ses 450 hectares, vivent plus de 60 000 habitants, avec donc d’importantes densités.

A partir de la Vieille Ville, qui fut à l’origine la Ville Basse, avec le Château, la Ville Haute, Nikaïa fondée par les grecs au V° siècle avant Jésus Christ, la ville s’étend sur le littoral, le long de la Promenade des Anglais. Celle là même connue du monde entier. Certes, pas un village, mais comme un orle avec ses musées, ses galeries, ses grands hôtels et cette mer qui roulent nos galets, égrènent nos plages.

Entre la mer et les places Masséna et Garibaldi, le jardin Albert 1er et le Château, le Vieux Nice reste le village de la nissartitude.
Ce n’est certes pas le seul, l’âme niçoise habite encore tous ses autres quartiers. Mais ici, plus qu’ailleurs, rien ne change, ou très peu. Ici plus qu’ailleurs les pierres se souviennent et racontent, dans ses ruelles étroites, le livre de Nice.
Ce Vieux Nice, sur lequel il y aurait tant à dire et dont j’ai déjà évoqué les particularismes. Mais, s’il en est un, c’est celui de ses églises, majestueuses et baroques. La Cathédrale Sainte Réparate, Sainte Rita, l’église du Gèsu, celles de Saint Augustin et de Saint François de Paule, la Chapelle de la Miséricorde, celles de Sainte Croix, du Saint Suaire, de la Visitation et de la Providence. Sans oublier, dans ce parcours religieux et artistique, ces magnifiques façades du Palais Lascaris et des rues que traverse le Chemin de Croix.

Longtemps séparée par le Paillon, la rive droite rejoignit la Vieille Ville en 1869, date où fut inaugurée sa première couverture. A partir de 1893, une nouvelle couverture du Paillon permettait au quartier bourgeois de Félix Faure et au quartier populaire de Jean Jaurès, deux mondes différents, d’être réunis. Et d’oublier qu’on a été séparé un jour. La Place Masséna va alors prendre sa forme actuelle et devenir, entre le jardin Albert 1er  et la coulée verte  le véritable coeur de la ville, là où tout converge.

Les quartiers entre Gambetta, Thiers et Carabacel constituent le Centre de Nice.

De  Carabacel à l’avenue Médecin, puis de l’avenue Médecin à Gambetta, le Centre Ville s’étend jusqu’au quartier  Thiers.

Là, Gioffredo, Hôtel des Postes, Pastorelli, Dubouchage, Lépante, ces quartiers qui sont nés à la fin du XIXème siècle et qui respirent une époque différente, mais aussi prégnante que les autres. Avec leurs squares Wilson, Durandy, leurs églises du Vœu, Notre-Dame, leurs lycées Masséna, Calmette. Avec son imposante poste, construite en 1888, et son Théâtre de la Photographie, l’ancien Artistique fondé en 1895.
Ici, Verdi, Rossini, Gounod, Berlioz, le quartier des musiciens  aux riches immeubles et grands appartements bourgeois. Où jamais un musicien n’a vécu, mais où l’on retrouvait des écrivains célèbres, comme Tchékhov, Nietzsche et notre « jardinier de Nice », Alphonse Karr. Avec son square Mozart. Et accolé, comme une limite supérieure, le quartier Thiers, populaire et cosmopolite, avec sa cité marchande, sa poste et sa gare SNCF.

Enfin ces quartiers séparés du centre par Gambetta, mais qui ne sont pas encore à l’ouest. Grosso et son lycée Estienne d’Orves, où ma seconde fille, Sophie, fait actuellement ses classes.
Tzarewitch, ce village ambivalent, entre sa Cathédrale Saint Nicolas, du nom du Tzar Nicolas II qui en décida la construction, la plus belle d’Europe, et son Lycée du Parc Impérial. Mais aussi, son Nice Lawn Tennis Club venu s’installer  tout près de sa championne, qui habitait la rue qui porte aujourd’hui son nom, Suzanne Lenglen.

     Au Nord… Cimiez, Rimiez, Gairaut, Saint Maurice, Le Ray, Saint Sylvestre, Mantega, Libération, Le Piol, Saint Philippe, Saint Pierre de Féric, Saint Pancrace, Pessicart. Constitué de plusieurs collines, le Nord de Nice est très fortement contrasté, avec une importante population de plus de 110 000 habitants sur 1 800 hectares.

Cimiez, Cemenelum, « Civitas Cemenelensium », une vraie ville, la ville nouvelle créée par les romains, en 14 av. J-C, autour des arènes. Cimiez, colline la plus proche du centre-ville, quartier des palaces reconvertis en appartements de standing, baignant dans une histoire tissée de dorures éclatantes, comme l’une de ses perles majestueuses qu’est le Régina. Un village, non, une ville dans la ville.
La colline de Rimiez, comme… ailleurs, hors de la ville, et presque du temps. C’est encore un peu la campagne, même si elle s’efface, de plus en plus, devant l’inexorable percée immobilière. Village d’eau, avec les usines de la Compagnie Générale des Eaux, village de recueillement, avec le monastère des Clarisses, et de soin, avec la très moderne clinique Saint Georges. Village de fête aussi, quand on dansait à la Gaité, devenue Nallino, lorsqu’un des fils du fabricant de pianos épousa la fille Carles. Avec la colline de Gairaut, c’est tout  un habitat résidentiel qui s’est installé et bénéficie d’un patrimoine historique et architectural des plus riches.

Quartiers bourgeois et populaire à la fois, Malausséna et Borriglione constituent l’axe central qui relie le centre au nord de la ville. De facture récente, du début du XXème siècle.
Comme en témoigne la Gare du Sud, transférée près de l’école Thérèse Roméo, et son Train des Pignes qui traverse Nice, tantôt « métro aérien », tantôt « sous colline ».
Avec les familles qui, de père en fils, ont marqué ces lieux, les Menardo, restaurateur dont on savoure encore les raviolis et les tripes, les Verola, et leurs caves de vin, les Pastor, écailleurs,  les Lions, maîtres-tailleurs. Et rue Michel-Ange, les éditions Gilletta, sauvées par Gilbert Grisoni, qui nous restitua l’inestimable patrimoine photographique constitué par Jean Giletta.
Et puis au centre de tout,  le marché, une véritable agora, qui est  l’âme de ce village de la Libération.
Comme en témoigne l’église Jeanne d’Arc, inaugurée en 1933, dont la blancheur s’élance vers le ciel, à une encablure de l’Université sise dans le magnifique château de Valrose et ses dépendances.
Ici aussi, un authentique village, qui s’est réduit comme peau de chagrin, mais qui résiste, et qui prouve qu’il existe, encore.

Un peu plus haut, Saint Maurice  et Le Ray, son Parc Chambrun et son stade de football. Saint Maurice, c’était « au nord, après Nice »,  au début du XX° siècle. Là était le village et la campagne. Tous les quartiers de Nice y montaient, à pied, casse-croûte en poche, lorsque les dieux du stade jouaient, à quinze heures, le dimanche après-midi. Aujourd’hui, soixante ans après, le quartier vit toujours ses traditions, mais tout a changé, comme les horaires des rencontres et le magnifique tramway qui nous y conduit. Et qui va jusqu’à  Las Planas, autre rempart collinaire du nord de la ville,

En redescendant par Saint Sylvestre, haut lieu des baletti d’antan, on se souvient de Jean Behra, notre champion automobile, des Deperaz, tapissiers-décorateurs sur Cessole, d’autres, en arrivant  à Saint Barthélémy, authentique village, avec son église, son  couvent et son cimetière. Tous ces quartiers furent longtemps  agricoles avant de connaître un exponentiel développement démographique, et donc une très forte urbanisation.

Restent les quartiers du secteur collinaire de Pessicart, Saint Pierre de Féric et Saint Pancrace, dont l’habitat très dispersé est constitué d’une population  plus jeune, subissant, là aussi, l’inexorable pression du développement immobilier. Mais, qui gardent la trace de ce village San Peire, où des familles d’horticulteurs se sont succédées, les Virello, Canapario, Lazzari et Lestable. Les Laugier aussi, qui ont tout  cultivé, des violettes et des œillets, des citronniers et des orangers, dont ils distillaient les fleurs, et même produit du vin ! Où, comme à Pessicart, sur l’ancienne place qui accueillait la fête patronale,  Antoine Romeo a créé le clos de boules qui porte son nom, hommage rendu par son digne successeur, Bruno Niccolaï.

(Extrait du livre « A PROPOS DE NICE » de Richard POGLIANO
– Editions Campanile – Pages 66 à 71)

Les commentaires sont fermés.