NICE, LA FRANCAISE…(2)

Dans les conversations familières de l’époque (1), les Niçois ne se servent pas de l’italien. Ils parlent le niçois ou le français. Et le niçois n’est pas un dialecte italien, mais provençal, d’oc. Or pour moi, c’est le langage du peuple qui est la marque de la nationalité.
Certes le niçois n’est pas uniforme dans tout le pays niçois. Il varie d’un lieu à un autre, mais partout l’origine est la même. Tous les habitants du Comté, et au-delà de la Provence, du Midi de la France, se comprennent, pas toujours dans le détail, mais toujours dans la globalité. Ils peuvent échanger sans difficulté. Ce qui n’est pas le cas avec Gênes, a fortiori avec le reste de l’Italie.
C’est la preuve qu’il n’y a pas d’italianité du niçois, mais bien une provençalité qui s’affirme partout, à toutes les époques et dans tous les écrits familiers.
Empruntons aux linguistes distingués (2) qui ont travaillé sur notre langue, quelques exemples précis qui démontrent mon propos.
Le mécanisme des conjugaisons est le même dans le niçois que dans les autres parlers d’oc. De même, les terminaisons aire, par exemple dans pescaire-pêcheur, sont particulières à la langue d’oc, alors que l’italien ne connaît que ore, comme pescatore. Il en va de même pour les transformations en ʺchʺ niçois, communes à tous les provençaux, par exemple fructam-frucha, scriptam-escricha, alors que pour les italiens c’est différent : frutta, scritta. Enfin la vocalisation en chi, ghi, bi, pi, fi, de cl, gl, bl, pl, fl, des parlers italiens est inconnue à Nice. On y dit comme en Provence clar et non chiaro, glas et non ghiaccio, blanc et non bianco, plan et non piano, flour et non fiore.
Donc, même si pendant plus de deux siècles Turin a été la souveraine de Nice (3), ses apports linguistiques ont été quasi-inexistants.
Et si je me réfère à nouveaux à nos linguistes distingués, même ce qui semble provenir de l’italien existait déjà dans l’ancien provençal. Ainsi, le niçois n’a pas gardé le a de la dona par suite de l’influence italienne, cette finale en a est celle de l’ancien provençal. Tout comme on peut penser qu’on dit à Nice lou mièu par influence italienne, alors que déjà le vieux provençal utilisait aussi bien lou mièu que moun.
Il faut donc admettre, objectivement, que le niçois n’est pas un dialecte italien, même si on peut avoir du mal à reconnaître son origine provençale.
Car le niçois est fier et autonome. Il aime d’autant plus celui qu’il sert, que ce dernier est loin et absent. Toute notre histoire le prouve.
C’est cet état d’esprit, cette indépendance, qui a fait de Nice, comme je l’indiquais dans la première partie de mon propos, une ʺrépubliqueʺ autonome de l’ancienne Provence.

Richard POGLIANO

(1) Voir mon propos précédent NICE, LA FRANCAISE…(1)… ci-dessous.
(2) Du savant provençaliste Camille Chabaneau au linguiste niçois Jan Blaquièra.
(3) Ce n’est qu’en 1563 qu’Emmanuel-Philibert, le 10ème duc de Savoie, fixera sa capitale à Turin.

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