NICE, LA FRANCAISE…(1)

Dans le nombreux courrier que je reçois, et notamment pendant cet été, une question revient souvent : Nice est-elle française ou italienne ?
Depuis le référendum du 15 avril 1860, qui a conduit au rattachement de Nice à la France par 86% de ʺOUIʺ sur les 7.912 électeurs niçois, la question ne se pose plus.
Mais avant ? Qu’en est-il de l’influence ? Française ? Italienne ?
Je peux vous livrer ici ma conviction : Nice n’est pas italienne et ne l’a jamais été.
Tout sépare Nice de ses voisins italiens, tout rapproche Nice de la Provence, et donc de la France : les frontières, les coutumes, la langue et l’histoire.
Du plus loin que nous pouvons remonter, et en tout état de cause à partir des documents du Moyen-Age, la frontière Est du comté de Nice part des crêtes du Mercantour jusqu’au Clapier, pour descendre vers la mer en passant par la Turbie. C’était la frontière entre la Provence et l’Italie, car à l’époque Nice faisait partie du comté de Provence. Au-delà, c’était le comté de Vintimille, et plus loin la commune de Gênes.
Cette frontière du comté de Nice restera telle que, lorsque Nice intégra la maison de Savoie. C’est à l’Abbaye de Saint-Pons, le 28 septembre 1388, qu’est signé l’acte de dédition, après un simulacre de consultation des habitants. Nice et son comté cessent d’être provençales pour devenir savoisiennes. Même si les limites du comté vont bouger, cela ne changera rien pour Nice, et le pays de Nice affirme que « dès son origine » il a « toujours fait partie de la Provence, même après avoir été vendu à la Savoie ».
D’autant qu’à cette époque, la maison de Savoie n’était pas encore italienne. Le 1er duc de Savoie, Amédée VII, dit le comte Rouge, tenait cour à Chambéry. Les niçois s’étaient donc réunis à un suzerain qui habitait du même côté des Alpes qu’eux. Ce n’est qu’en 1563 qu’Emmanuel-Philibert, le 10ème duc de Savoie, fixera sa capitale à Turin.
Car dans leur histoire les Niçois ont toujours marqué leur indépendance, leur autonomie municipale, organisés qu’ils étaient en consulat, ce qui, à l’époque en Provence, était le nom qu’on donnait au commune (1). Tout en restant fidèle à la Provence, même lorsqu’elle guerroie contre… le comte de Provence ! Cette autonomie, et cette fidélité, Nice la gardera lorsqu’elle fera partie de la maison de Savoie, sans que l’acte de 1388 ait changé quoi que ce soit.
N’en déplaise au passage à gué du Var, à l’Ouest entre Nice et Saint-Laurent du Var, les coutumes, les fêtes, les chants, la cuisine sont à Nice comme en Provence, à quelques nuances près. On chante les Noëls de l’Avignonnais Saboly à Nice, comme à Avignon.
Et lorsqu’en 1562, le niçois Jean Fulconis publie son traité d’arithmétique, c’est en provençal qu’il l’écrit car, dit-il « ce langage est plus commode pour apprendre que tous autres parlers allemand, italien ».
Plus tard, au XVI° siècle, l’ordonnance de Villers-Cotterêts introduisit progressivement le français dans toutes les provinces méridionales (2). Et même si les princes de Savoie imposent alors la langue italienne, la langue de culture et de distinction deviendra le français.
Il ressort que Nice restera jusqu’en 1860, une ʺrépubliqueʺ autonome provençale, un ʺpays d’ocʺ authentique, même politiquement séparée de la Provence.
Ainsi, de ce point de vue, Nice n’est pas italienne et ne l’a jamais été
Et les Niçois parleront toujours niçois ou français ! Car le niçois n’est pas un dialecte italien, mais provençal, d’oc !
De cela je vous parlerai la semaine prochaine…
(à suivre)

Richard POGLIANO

(1) Au début du XII° siècle, Nice, tiraillée entre les familles rivales, celles des Caïs soutenant les comtes de Provence et des Badat tenant de l’autonomie, se constitua en commune libre. Et même si Raimond Bérenger III, comte de Barcelone et de Provence, réussit à s’imposer à la ville, cette dernière maintient sa position autonome. C’est ainsi qu’en 1144 les Niçois vont voter leur première charte constitutive. La ville sera dirigée par quatre Consuls, élus chaque année, représentant chacun son corps électoral, nobles, bourgeois-marchands, artisans et pêcheurs-paysans. En même temps que les consuls, quarante conseillers communaux seront élus, qui voteront les lois applicables pour toute la commune. Guillaume Badat sera le premier consul élu, suivi de Raimbaldi, Serene et Bermundi. La 1ère Charte de Nice sera approuvée du bout des lèvres par le comte de Provence en 1144, mais elle sera confirmée par écrit en 1176. Cette autonomie municipale aura un prix puisque les Niçois s’engageront à des contreparties, notamment au paiement d’une redevance annuelle.

Et puis, l’histoire bascule à nouveau, la ville va se séparer de la Provence. Le 28 septembre 1388, les représentants niçois signent la dédition de Nice à la Savoie. La ville devient une possession de la Maison de Savoie. Nice est alors administré par un castellan, fonctionnaire savoyard qui gère le Château et les villages environnants. A ses côtés un magistrat et un procureur rendent la justice, et un receveur général prélève les impôts, l’affouage que paye chaque foyer (famille de cinq personnes) et la gabelle (impôt sur le sel). C’est le 1er mai 1492 que la régente de Savoie, Blanche de Montferrat, donne à Nice un nouveau statut communal. La Charte Communale de 1492, définit quatre classes sociales : les nobles, les marchands, les artisans et les cultivateurs. Par tirage au sort, 10 personnes de chaque classe vont constituer le Conseil des Quarante, véritable Conseil Municipal. Un nouveau tirage au sort de 2 personnes de chaque classe constitue le Conseil des Huit, véritable exécutif municipal. De même, à partir du Conseil des Quarante, un autre tirage au sort déterminera les 4 Syndics de Nice.
Ce nouveau statut communal de 1492 ne rappelle-t-il pas celui de 1144 ?
(2)N’oublions pas qu’à partir de 1430, le nissart devient la seule langue officielle, jusqu’à ce qu’en 1562 le duc Emmenuel-Philibert impose l’italien…

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