NICE ( 6 )

                   FIER D’ETRE NICOIS (2)

Nice n’est pas une ville sans âme, ni sans mémoire. Ici le temps, notre temps, marque la qualité des sites. Et il ne s’agit pas de valeurs historiques ou d’architecture. Il s’agit de lieux de fréquentation et de liens d’amitié.
C’est le Niçois qui fait la toile. C’est donc à lui qu’il faut revenir, toujours et sans cesse. J’aurai l’occasion de développer ce sujet de la participation des habitants à la co-construction de leur ville.
Oui, c’est au Niçois de faire Nice. A lui de choisir les grandes orientations, d’en tracer les humanités tout comme la beauté.

C’est parce qu’une ville est toujours une ville en marche, qu’il faut lui accorder toute notre attention, tout notre amour. Et être fier de ce qu’elle est. Sans ne jamais oublier ceux qui ont participé à son histoire. Des hommes qui sont nés à Nice. Et puis d’autres, venus d’autres origines, d’autres souches. Et le terreau est bon qui a fait de notre ville ce melting pot que tous nous envient. Qui a fait cette histoire, cet héritage, ce style de vie que nous portons en nous, et dont nous sommes fiers.

Car on devient niçois, on est niçois et on oublie le reste. La ville est comme un fleuve qui transporte et transforme ses alluvions, d’où qu’ils viennent, en un lit unique, aux berges accueillantes. Une greffe, sans rejet.

Bien sûr, il y a d’abord ceux que tout le monde connaît. Je veux dire ceux qui ont marqué l’histoire de notre ville. Et qui sont dans les livres d’histoire. Les héros, les guerriers, les maires, les peintres, philosophes, écrivains, poètes… Ceux là sont ceux d’avant-hier. Et puis, il y a les autres. Ceux d’hier et parfois d’avant-aujourd’hui. Ceux qui ne sont pas dans les livres d’histoire. Ou pas encore. Ou qui n’y seront jamais.

Mais tous nous appartiennent. Tous sont nous. Et nous, nous sommes fiers d’eux. Et de nous. Fiers d’être niçois.

Et puis, il y a ceux qui m’habitent. Ceux qui ont gravé leur passage dans ma mémoire. Ceux que je voudrais évoquer ici. Pas une sélection, non. Comment se permettre ?  Des réminiscences, oui. Insuffisamment nombreuses, certes. Quelques moments forts, seulement. Quelques noms, quelques caractères qui nous ont construit. Du moins, c’est ainsi que je le ressens.
Alors, feuilletons leurs histoires…

Il y eut ceux qui portaient la gloire.
La bugadière Catherine Ségurane, qu’elle ait existé ou non, incarne cet esprit d’indépendance niçois, par ses gestes de provocations sur les remparts de Nice en 1543. Par son opposition à la barbarie qui veut asservir. Elle devient notre symbole. Peuple libre, libéré, qui choisit seul son propre destin.
Joseph Garibaldi, résistant visionnaire de la première heure, indépendantiste en chemise rouge, qui rêvait Nice en capitale de l’Europe méditerranéenne. Il aimait la République, détestait la Monarchie et ses contrefaçons. In fine, la France plutôt que l’Italie. Et rejetait toute politique politicienne. Ce qui l’amena à démissionner de son mandat de député acquis en 1871. Pour finir, solitaire, à l’île de la Caprera, entre Corse et Sardaigne. Mais rester présent à Nice, au centre de la place qui porte son nom, depuis 1891. Dans notre cœur, depuis toujours, pour toujours.
André Masséna, ce Maréchal d’Empire, nommé par Napoléon Ier en 1804, duc de Rivoli, Prince d’Essling, était un enfant de Nice, bien que né à Levens.  Outre ses hauts faits de guerre et son parcours napoléonien, il reste celui qui permit la restauration du lycée qui porte son nom.

Et puis, il y eut les bâtisseurs.
François Malausséna fut de ceux-là. Lui aussi né à Levens, il joua la carte de Napoléon III, dès 1860. Premier maire de Nice devenue française, il lui donne une nouvelle vie, commence à la préparer à son entrée dans le XXème siècle. Il amena le chemin de fer, traça de nouveaux quartiers, bref urbanisa la ville.
Tout comme Alfred Borriglione, né à Sospel, chef du Parti Républicain de Nice, qui fut élu maire pendant deux mandats, jusqu’en 1886. Bien que séparatiste dans sa jeunesse, il s’était rallié à la République Française. Il fut le maire de la rénovation du Vieux Nice. Celui des grands chantiers d’urbanisme, Promenade des Anglais, Gambetta, Riquier, Cimiez,  création du Casino Municipal. Celui de l’installation de l’éclairage public et des réseaux d’assainissement. Celui qui permit vraiment à Nice d’être, définitivement, une ville de France, dans le prolongement de l’action de Malausséna.  (à suivre)

Richard POGLIANO

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