NICE ( 4 )

                  UNE VILLE NOMMEE DESIR (2)


    La ville est fête.
Nice a toujours été une ville spectacle, ouverte sur l’extérieur, aux autres. Depuis la ferme d’autruches, au début du XXème siècle à Saint Augustin, au Parc Phoenix, ouvert à la fin de ce même siècle, en passant par le vélodrome, à l’emplacement de la caserne des pompiers à Magnan, et l’hippodrome du Var, connu dans toute l’Europe et qui disparut après la seconde guerre mondiale pour laisser la place à l’aéroport.
Et puis, le cinéma. D’abord les Studios de Saint Augustin dans les années 1920, avec Louis Feuillade, le réalisateur de « Fantomas ». Ensuite, un petit peu plus loin, sur la colline, une propriété du nom de « La Victorine ». C’est là que naissent les studios du même nom. Avec le cinéma parlant.  Mais, c’est à partir de 1940 que l’activité du septième art va prendre son essor. Des « Visiteurs du soir » de Marcel Carmé, aux « Egouts du Paradis » de José Giovanni, en passant par « Dieu créa la femme » avec Brigitte Bardot et « La nuit américaine » de François Truffaut. Jusque dans les années 1970, pour disparaître soixante quinze ans après sa naissance.
Le niçois a toujours eu l’esprit de fête,  bataille des fleurs, carnaval, fêtes patronales, spectacles de rue… Car la fête, c’est le renouveau du passé, parfois la reconstitution des traditions, l’amour de sa ville, toujours.

Carnaval, c’était la fête de tous et pour tous, niçois comme touristes, riches et moins riches, jeunes et vieux. Hier, dragées, pralines et fleurs lancées des balcons de l’aristocratie niçoise sur un simple défilé populaire. Et puis, en 1873, il y a tout juste160 ans, ce fut notre premier carnaval. Celui d’aujourd’hui, enfin, de ce qu’il en reste.
Après les chars historiques, « Catherine Ségurane », « Rata-pignata », on confia aux Mossa, Alexis le père et Gustave-Adolphe le fils, celui de sa Majesté Carnaval. Sur un thème choisi, chaque année, les carnavaliers rivalisaient d’originalité, d’imagination.
Toujours de cœur en cœur. Une vingtaine de chars, des dizaines de grosses têtes. Et ces énormes batailles de confettis, en plâtre, en papier depuis les années 1950, autour de groupes musicaux et d’artistes de rue. Toute une ville en vacances, avec les enfants des écoles, dans une farandole embrasée de mille couleurs. Et les batailles de fleurs, des milliers de fleurs, œillets, roses, glaïeuls, dalhias, mimosas, piquées sur les chars, jetées dans le corso.

Ah, cet univers magique, ce carnaval traditionnel dont s’est  toujours réclamée son historienne la plus authentique, Annie Sidro.
Bien sûr, chacun de nous a la nostalgie de son passé, de sa jeunesse. Et parfois c’est d’abord cela que nous regrettons. Mais fi de… ! Je bois toujours à la santé du Roi Carnaval, mais j’aimerais qu’il y ait plus de grosses têtes et de pantins volants niçois !

A Nice, au temps des romains, on fêtait la nature en re-plantant un grand pin, décoré de fleurs et de lauriers, le « mai ». Et l’on dansait autour, dans les ruines de Céménélum.
Plus tard, ce furent les mais de quartier, parce que c’était la population de tout un quartier qui descendait dans la rue, festoyait et dansait jusqu’à plus d’heures. On bloquait les rues et dressait les tables au milieu de la chaussée. Place Centrale, rue Bavastro, place du Pin, Gioffredo, Hôtel des Postes, Valrose et son bal de l’Amitié, Cimiez bien sûr, le Ray, Saint Sylvestre. Ailleurs encore. Et l’on faisait griller les sardines, les merguez. On y jouait au vitou, au  pilou, jeux typiquement niçois, autour du mas de cocagne, devenu le symbole de l’arbre de mai. Puis, le soir venu, sous les longues guirlandes fleuries et les lampions multicolores, retentissaient les flonflons du bal.
Mais si les Mais ne sont plus ce qu’ils étaient, rien n’a pu, rien ne pourra les effacer.

Et les fêtes patronales.
A Nice, les Saints ont toujours été honorés. On donne bien sûr leurs noms aux Eglises, mais surtout on les célèbre. Dans toute la ville et tout au long de l’année, on chante et on danse.
Là,  les feux de la Saint Jean éclairent le Port de Carras,  pour une nuit qui sera la plus courte de l’année. Ici, le festin de Saint Pierre à l’Ariane, celui de Saint Barthélémy où les niçoises pardonnent aux niçois… à moins que ce ne soit le contraire ! Celui de Saint Etienne, lou calignatori, où les couples se câlinent, flirtent. Ailleurs, la fête du Vœu place Saint François, de Saint Pierre au port de Nice, du Malonat au Vieux Nice, de La Castellada au Château, de la San Bertoumiéu, de Santa Reparata, de Catarina Segurana, d’autres encore, et les animations de Noël avec Lou Présèpi.
Sans oublier lou festin dei cougourdoun à Cimiez. Aux rythmes des chants et danses endiablés, plus de 5 000 personnes, chaque année, pique-niquent, jouent, déambulent entre les stands de produits locaux, de cougourdons sculptés et décorés. Le cougourdon, une courge à la fleur blanche qui s’épanouit la nuit et que l’on offre à chaque nouvel habitant, en guise de bienvenue !

Fêtes patronales et festins, les deux se confondent, aujourd’hui comme hier. Des baletti aux groupes folkloriques. Depuis le grand Ketty, avec son personnage venu droit de l’arrière-pays, Jean de Duranus, à Mado la Niçoise, quittant son Bar des Oiseaux pour conquérir le monde ! Religieuses ou purement festives, ces célébrations restent encore aujourd’hui, et j’espère pour longtemps, de véritables fêtes populaires.

Tout comme le sont les concours de boules, à la pétanque ou à la longue, par beau temps ou grand vent.
Car le niçois joue à la bouchà, c’est sa seconde religion. Parfois la première. Car la pétanque, nous l’avons inventé, à Nice. Enfin, bien sûr qu’on joue aux boules depuis l’antiquité, dans les sables de l’Egypte ancienne. Que les romains l’ont introduit à Marseille, que Rabelais s’y adonnait pour soigner ses rhumatismes et que le nom fut inventé par un provençal. Pétanque, ped tanca, pieds tanqués, pieds joints et fichés dans un cercle tracé au sol.
Mais ici, c’est notre sport à nous.

Si on fait Fanny, c’est qu’on a perdu 13 à 0, mais si on fait la Micheline, c’est qu’on a… oublié sa paire de boules ! Alors, on se prend une valise, un sac à main ou un portefeuille, allez savoir ! Qui jouera, verra.

A chacun son équipe et son public. Car ça se joue aussi bien sur le terrain qu’en dehors ! Et dans chaque clos, c’est la fête, en famille, sans chichi. De l’Amicale…aie ! Je connais beaucoup trop de clos, pour les citer. Qu’ils me pardonnent, je n’en citerai aucun, tant il me serait douloureux de parler de l’un, sans parler de l’autre. Mais ils sont l’un des liens irremplaçables de notre communauté niçoise.

Nice la belle, une ville de lumières et d’esthétiques, de passions et d’émotions, de fêtes et de vies, une ville nommée désir.
Le bonheur est dans ma ville, cours y vite, cours y vite…
Le bonheur est Nice. (à suivre)

Richard POGLIANO

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