N I C E (7)

FIER D’ETRE NICOIS (3)

Tout comme Alfred Borriglione, né à Sospel, chef du Parti Républicain de Nice, qui fut élu maire pendant deux mandats, jusqu’en 1886. Bien que séparatiste dans sa jeunesse, il s’était rallié à la République Française. Il fut le maire de la rénovation du Vieux Nice. Celui des grands chantiers d’urbanisme, Promenade des Anglais, Gambetta, Riquier, Cimiez, création du Casino Municipal. Celui de l’installation de l’éclairage public et des réseaux d’assainissement. Celui qui permit vraiment à Nice d’être, définitivement, une ville de France, dans le prolongement de l’action de Malausséna.

Mais ce n’est pas parce qu’on change de nationalité que l’on doit renier son passé. Nice reste fidèle à son histoire. Et si elle ne juge pas sa nouvelle protectrice, elle lui refuse le droit de l’asservir, quelle que soit la forme. Nice reste fière.

Certains édiles ont eu une vie politique courte, comme Alexandre Mari, maire de 1927 à 1928, à qui l’on doit la transformation de l’Hôtel du Parc Impérial en Lycée et l’inauguration du Monument aux Morts. D’autres, moins intense. Mais ici, pas de galerie de portraits. Juste une résurgence subjective. Pour nourrir la bibliothèque de ma mémoire, et continuer d’en effeuiller le grand livre.

Jean Médecin est élu maire de Nice en 1928 et réaffirme, au Président Daladier, le don de Nice à la France. Au lendemain d’une première guerre pour laquelle notre ville aura payé un lourd tribu, plus de 6 000 morts pour Nice et ses communes comtales. A la veille d’une seconde guerre pendant laquelle ressurgit la crainte d’une annexion par le fascisme italien. Nice se pavoisa alors de drapeaux tricolores.
Libre de ses choix, dans sa tête et dans son cœur. Et sereine, malgré les circonvolutions politiques et les mutations économiques qu’elle va connaître, dans cette période dite des trente glorieuses. Sans jamais se renier. En retrouvant, chaque fois, son indépendance et son opposition au jacobinisme étatique. Ce fut à nouveau le cas avec Jacques Médecin, qui succède à son père en 1965.

« Cette portion du passé qui tient dans le présent », comme disait Bergson, on la retrouve chez tous ceux qui ont contribué à notre devenir, quelque soient les témoignages. Religion, humanisme, laïcité, modernité, c’est encore Nice, c’est toujours Nice.

Le fatum des anciens, l’abbé Pierre Gioffredo est le premier à l’avoir écrit, « Nicaea civitas », en 1658. C’est notre premier grand historien niçois. Tout comme l’abbé François Alberti fut notre premier linguiste. Et le peintre Louis Bréa qui glorifia le mysticisme, à une époque où Nice vivait de sa religion.
Grand humaniste et niçois dans l’âme, le botaniste Antoine Risso nous légua de nombreux ouvrages sur les fleurs, les poissons et… les oranges de Nice. Et ce n’est pas un hasard si son disciple le plus connu, le naturaliste Jean-Baptiste Barla, spécialiste des champignons, donna son nom à un musée que l’on trouve boulevard Risso.
Rosalinde Rancher, poète niçois d’un début du XIX ème siècle tourné vers une bourgeoisie libertaire, mal aimé de son temps, inconnu du notre, mais reconnu par le grand Mistral, qui en fit le précurseur du Félibrige. Tout comme Agathe-Sophie Sasserno, poétesse romantique, qui donna son nom à l’un des plus anciens établissements scolaires de Nice et qui conjugue, encore aujourd’hui, tradition et modernité, religion et laïcité.
L’écrivain Théodore de Banville célébra Nice, cette « déesse vivante et souriante, sortie des flots d’écume sous un baiser du soleil ». Alphonse Karr, chassé de France par le coup d’Etat de 1851 et réfugié à Nice, glorifia les fleurs, les roses en particulier, jusqu’à devenir, selon sa propre expression, le « jardinier de Nice ».
Des architectes, Sébastien Biasini à qui l’on doit le Régina et nombre de résidences de luxe à Cimiez, Philippe Randon qui nous offrit le temple de Diane devenu le temple de l’Amour, commandé par le Comte de Chambrun et inauguré en 1890. Des savants de renommée internationale, comme Albert Calmette qui inventa le vaccin du B.C.G. et qui laissa son nom à ce qui fut le Lycée des Jeunes Filles. D’autres encore, beaucoup, beaucoup d’autres

Je l’ai dit. Ce livre est un essai. Et je ne veux pas me laisser entraîner dans le torrent des faits historiques. Des hommes et des femmes qui ont conquis le cours des évènements, qui ont fait notre ville. Jusqu’à m’obliger à les citer, tous. Ceux d’hier et surtout ceux d’aujourd’hui. Cet essai n’est pas œuvre d’histoire. Ni table chronologique. Tout comme ce chapitre. Que l’on me pardonne, il n’est qu’exemples, illustrations, de ce qui fait Nice.
Et ma fierté d’être niçois.

Une ville, ça change tout le temps. Rien n’est figé. Surtout, rien ne doit l’être. Jamais. Il faut ouvrir toutes les possibilités. Permettre que chacun est le choix, que rien ne soit fiché, ni déterminé à l’avance. Que chaque habitant, chaque Niçois puisse ouvrir la porte et suivre le chemin qu’il souhaite. Parce que cela lui est possible. Dans sa ville. Pour lui, pour nous, nos enfants. Parce que nous choisissons de vivre ici, et d’y rester. De s’inscrire dans la continuité de nos parents. Et de les accompagner.

Le passé est là pour marquer nos repères, structurer nos lieux et retrouver notre appartenance.

Encore faut-il qu’il fasse respirer le présent pour nous permettre de préparer l’avenir. Encore faut-il que nos responsables, ceux que nous avons mandatés pour ce faire, engage le dialogue et la transition. Pour appuyer la nouvelle ville sur ce qu’elle fut, tout en tenant compte des besoins des niçoises et des niçois. Pour relever les défis des nouvelles modalités urbaines, en tenant compte des évolutions futures de nos modes de vie.

Rejeter Le Corbusier qui rejetait le passé des villes. Déconstruire s’il le faut, mais redonner un sens à tous nos quartiers. Et répondre aux attentes de nos concitoyens. Rejeter le laisser-faire qui laisse se dégrader le tissu urbain. Planifier s’il le faut, mais intégrer le durable dans chacun de nos territoires. Et rendre enfin possible ce qui est souhaitable.
Redonner aux niçois cette fierté qu’ils ont trouvée dans leur histoire et peur de perdre dans leur devenir. Faire une ville où l’on est heureux de vivre.
Où chacun peut dire, je suis fier d’être niçois.

(à suivre)

Richard POGLIANO

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