N I C E (38)

    NICE : LES CLEFS DE LA RUPTURE (3)

    3ème rupture. Redonner corps à nos quartiers et retrouver les repères de nos villages.

 

Il s’agit de mettre un terme au modèle de fragmentation de notre ville, qui fait qu’existent des quartiers où il n’y a que de l’habitat, et des quartiers où il n’y a que des bureaux. Et à cette ex-urbanisation, qui rejette à la périphérie niçoise toute activité de développement.
Contrairement à une idée reçue, et à l’apparence que souvent elle donne, la ville n’est pas un territoire désorganisé. Elle s’organise selon une intelligence qui lui est propre.
Nice, nous l’avons vu tout au long de cet essai, s’est développée, structurée, en fonction de ses contraintes géographiques, dans un premier temps, puis, ensuite, des évolutions historiques. Ce qui la caractérise, plus qu’une autre, c’est qu’il est souvent difficile de composer avec les premières, alors qu’on a pu intégrer les secondes.
La ville que j’ai connu est toujours là, physiquement là. Mais, comme elle a changée.

Aujourd’hui, la ville se fragmente elle-même. Je veux dire, sur elle-même. En d’autres termes, elle est éclatée en différents secteurs spécialisés. Là des espaces de bureaux, exclusivement. Ici, des zones commerciales, plus loin artisanales et industrielles. Et, ainsi de suite.
Cela paraît normal, au premier abord, car la ville se développe, l’urbanisation s’étale, des voies nouvelles  se créent. La ville grandit, s’étend de plus en plus sur ses périphéries, rejoint d’autres villes. Elle s’exurbanise. Ou, si vous préférez, elle se métropolise.

En réalité, on assiste à l’apparition de zones qui s’articulent autour d’activités et de statuts, de métiers et de revenus.  Autour d’entités, parfois autonomes, toujours exclusives. Nice devient une succession de territoires, fermés les uns aux autres. Elle crée des ségrégations et des séparatismes. Des inégalités spatiales qui viennent s’ajouter aux inégalités sociales. Bien sûr, ce phénomène n’existe, pour l’instant, qu’à la marge. Mais, si l’on n’y prend garde, il peut rapidement se généraliser.

    Ainsi donc, une  ville étalée devient une ville fragmentée, qui se recompose sous la pression des fractures de notre société française.
A l’inverse, une ville qui se vit dans chacun de ses quartiers, comme autant de repères retrouvés, est une ville sûre. Où chaque quartier redevient un véritable village. Small is beautiful. Et non pas l’inverse.
Pour retrouver notre ville, il nous faut retrouver nos quartiers.

Cela veut dire, changer de modèle. Et d’abord, de raisonnement. Plus l’espace urbain se développe, plus il faut recréer des centralités, organisées en réseau. Dans chaque quartier. Comme cela s’est naturellement fait pour le centre ville de Nice. Qui est devenu le lieu de convergence de tous les niçois.
Il faut que chaque quartier ait son centre à lui. Sa place du village.

Bien entendu, il est impératif que les stratégies d’aménagement prennent en compte ce nouveau modèle. Et, réintroduire, dans chaque secteur, les complémentarités nécessaires. Dans le temps. Par exemple, construire de l’habitat, là où il n’y a que des bureaux.
A cet égard, la création d’éco-quartiers, dans le cadre du développement durable, est une opportunité qui peut tout à la fois, réintroduire de la diversité, recréer du lien et protéger l’environnement.

 

Nice doit retrouver ses horizons, retrouver sa personnalité, ne pas  laisser se creuser des fossés, ici ou là, retrouver ses ordonnancements et, en même temps, se renouveler.
(à suivre)

Richard POGLIANO

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