N I C E (24)

            NICE, GROS PLAN  (4)

  [ SUITE ET FIN « Qu’avons-nous envie de faire de notre ville ? ». Pour répondre à cette question, il est nécessaire d’examiner, en gros plans, quelques problématiques incontournables qui permettent, parce que plus structurantes que les autres, d’améliorer le « vivre ensemble. »  L’emploi, le logement, la sécurité, les finances sont de ces composantes, déterminantes dans un projet de ville.]

  La ville de Nice a un budget de près de 700 millions d’euros.

Voter le budget est l’acte essentiel de la vie locale d’une commune. C’est l’état de prévisions des recettes et des dépenses pour une année. Il s’organise autour de documents budgétaires, qui sont autant de phases dans son élaboration. Le budget primitif, qui est le prévisionnel pour l’année à venir, le compte administratif, qui présente l’exercice clos et le budget supplémentaire, qui réajuste et reporte.
Comme pour toutes les communes, ce  budget est réparti entre les dépenses de fonctionnement  (personnel, entretien, frais généraux, intérêts de la dette, etc.) et celles d’investissement (notamment le remboursement du capital de la dette). Bien entendu, en face de ces dépenses, il y a, pour chaque section, des recettes, car le budget doit être voté en équilibre.

C’est donc l’acte majeur d’intervention sur la vie publique. D’autant qu’il peut s’analyser en fonction de la marge de manœuvre qu’il laisse. Et que depuis quelques années, les communes  font face à des modifications dans leur approche gestionnaire. La nécessité de faire de l’animation, et plus seulement de la gestion, le besoin de planifier des politiques de développement, et plus seulement d’aménagement, et dans le même temps, le développement du fonctionnement et la réduction de l’investissement.

C’est ce qui fait de la Collectivité Municipale l’un des centres, et peut-être le premier, de décision de la vie collective de notre ville. Et qu’un budget n’est jamais neutre, car il traduit toutes une série de choix dans les différents domaines que nous avons, par ailleurs, abordés. C’est dire si la situation financière d’une commune doit être examinée avec attention.

Nous n’allons pas, ici, nous livrer à une analyse financière, qui permettrait d’expliciter ces choix et d’en mesurer les conséquences. Ce n’est pas l’objet de cet essai.
Tout au plus, et très succinctement, il convient de porter notre attention sur l’endettement de la commune, et de sa métropole. Et se poser la question sur ce qu’il peut signifier, en terme économique et financier,  pour notre devenir.

Tandis que l’Etat essaie par tous les moyens de réduire son train de vie, les collectivités locales continuent à s’endetter.
C’est le cas pour Nice, où la dette s’élève à 388 millions d’euros, chiffres réels 2011. Avec une annuité de la dette de 85 millions d’euros. A cela devra s’ajouter les résultats financiers provenant de la Métropole Nice-Côte d’Azur.

Pour boucler son budget 2012, la ville va devoir emprunter 62,45 millions d’euros. En outre elle doit encore rembourser 46,7 millions des emprunts en cours. Les niçois s’inquiètent à juste raison en regardant les feuilles d’impôts. Et s’interrogent. Comment payer la dette sans augmenter les impôts ?

Notre pression fiscale, qui indique si la commune est plus ou moins fortement imposée, est supérieure de 24,39% à la moyenne de la strate. C’est-à-dire par rapport aux communes de taille et de fiscalité similaire. Les données étant présentées, en euro par habitant, par la

Direction Générale des Collectivités Locales. De même, pour la rigidité structurelle, qui traduit les marges de manoeuvre dans les dépenses de la commune, celle-ci est supérieure de 5,68% à la moyenne de ladite strate.

Nos dépenses d’équipement s’élèvent à environ 100 millions d’euros, chiffres 2012, soit 27 millions consacrés au maintien du patrimoine et acquisitions nécessaires à son fonctionnement, 73 millions pour les projets d’équipement.

Les principales dépenses d’équipement sont la coulée verte (9,3 millions), le parc des expositions (3,5 millions), la gare du Sud (2,4 millions), l’école Nice Flore (1,5 millions), la cuisine centrale (1,0 million), le MAMAC (2,6 millions), le gymnase de l’Ariane (1,2 millions) et, bien sûr, le Nice stadium pour lequel notre collectivité va s’engager à hauteur de 28 ,5 millions d’euros. Et l’on ne parle pas, pour l’instant, de la ligne 2 du tramway.
A cela, il faut rajouter, du fait de la loi SRU, 10 millions d’euros pour les logements sociaux qui font pénurie,  pour la rénovation urbaine de Pasteur, de l’Ariane et des Moulins. Rajouter, également, le  soutien à l’emploi pour lequel la ville va investir environ 100 millions d’euros en dépenses d’équipement en 2012, ce qui permet à quelques dizaines d’entreprises de maintenir une activité, en cette période d’incertitudes économiques. Et puis, le financement de nos 744 caméras de vidéo-surveillance et de vidéo-verbalisation.

Ainsi, au budget primitif 2012, les dépenses globales, par secteur et en pourcentage, se répartissaient pour les services généraux de l’administration communale 23%, pour la culture 16%, la vie scolaire 15%, le sport 11%,la sécurité et la salubrité publique 9%, l’aménagement urbain 7%, la petite enfance 6%, le social 5%, le logement 4%, les actions économiques 3% et la jeunesse 1%.

Comme toutes les collectivités territoriales, mais plus que la moyenne de sa strate, les marges de financement sont insuffisantes pour faire face aux déficits engendrés par les dépenses.
La ville s’installe donc dans la dette.
D’autant qu’il conviendrait d’ajouter tout ou partie de la dette de la métropole Nice-Côte d’Azur qui s’élèverait à plus d’1 milliard d’euros, comme indiqué lors d’un récent conseil métropolitain. Là aussi, les finances publiques entrent dans une spirale, emprunt-remboursement-endettement, des plus inextricables.
Si l’on ajoute que la ville de Nice est également contribuable du Conseil Général des Alpes-Maritimes à hauteur, semble-t-il, mais là aussi les chiffres demandent précision, de 500 millions d’euros, la spirale devient de moins en moins vertueuse.
Bien entendu, face à toute situation d’endettement, des plans d’économie s’imposent. Et ils devront être d’autant plus conséquents que l’endettement sera important. C’est le cas de notre commune.

Mais ce n’est pas pour autant qu’il nous faut renoncer à tout investissement.
Parce que ce n’est pas seulement l’excès de dépenses  qui entraîne la hausse de la dette publique. Cette dernière provient souvent de l’insuffisance de recettes. Encore ne faut-il pas rester sur une vision figée de la notion de recettes, et envisager d’en trouver sous de nouvelles formes.
Parce que ce n’est pas seulement la réduction des dépenses qui permet de réduire la dette publique. Outre le rôle du taux d’intérêt  dans l’alourdissement de la dette, cette dernière peut s’accroître du fait que la réduction des dépenses publiques ralentit l’activité économique. Et donc que le retour sur investissement public ne vient pas l’alléger.

Est-ce à dire qu’il faille se satisfaire de tout endettement ?
Bien sûr que non. Pour une Collectivité Municipale, il n’y a jamais de bon endettement. Mais, il n’y a pas toujours de mauvaise dépense.

Là aussi, il faut se remettre en cause.
Ne plus raisonner en se disant que ce sont les crédits qui permettent les projets, mais qu’au contraire, ce sont les projets qui attirent les capitaux.

La vraie richesse, c’est l’imagination, la création.
En matière de finances publiques, aussi.

Gros plans, comme un cadrage serré, sur l’emploi, le logement, la sécurité, l’endettement, sur les préoccupations premières, fortes, des niçoises et des niçois.
Comme pour bien identifier ce à quoi il nous faut répondre, apporter des solutions. Avec tous les acteurs, autour de la Collectivité Municipale, dans un processus de participation et de coopération.
Dans un processus qui renforce l’approche plurale et transversale. Qui donne la priorité à l’intérêt général, au devenir de chaque niçois. Et du temps au temps.
Pour faire de Nice, la ville du bonheur.

(à suivre)

Richard POGLIANO

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