N I C E ( 23 )

NICE, GROS PLAN (3)

[ SUITE. « Qu’avons-nous envie de faire de notre ville ? ». Pour répondre à cette question, il est nécessaire d’examiner, en gros plans, quelques problématiques incontournables qui permettent, parce que plus structurantes que les autres, d’améliorer le « vivre ensemble. » L’emploi, le logement, la sécurité, les finances sont de ces composantes, déterminantes dans un projet de ville.]

La sécurité…C’est plus que jamais notre « vivre ensemble » qui se joue là.

Qu’il me soit permis de reprendre des éléments du bilan de l’insécurité à Nice, dans la délibération n°1.2, de la séance du Conseil Municipal du 20 décembre 2012, concernant « la nouvelle stratégie territoriale de la sécurité et de la prévention de la délinquance », qui est démocratiquement accessible à tous.

Le bilan de la délinquance, sur la période 2009-2011, se traduit par une stabilité de la délinquance générale, une baisse des atteintes aux biens et dans le même temps une baisse des atteintes aux personnes, dans un contexte national de hausse des faits délictueux.
Dans le domaine des atteintes aux biens, on note des baisses
pour ce qui concerne les vols à la tire ( -21,1%) , les vols d’automobiles (-28,8%) , les cambriolages (-25,6%) dans toutes les catégories de locaux, lieux d’habitations, dépendances et locaux commerciaux. On note, par ailleurs, une augmentation constante depuis 2009 du vol des deux roues (+10 ,33%).
Dans le registre des atteintes aux personnes, une baisse des violences physiques crapuleuses (- 10,10%) est compensée par une forte hausse des vols à l’arraché qui progressent de près de 27% entre 2010 et 2011, phénomène observé également en 2012.
Par ailleurs, la forte hausse très significative des violences sexuelles (+35,04%), se confirme en 2012. Concernant les violences scolaires, il est constaté une progression de +10,77% due en grande partie à la hausse des violences légères et voies de faits à l’égard des élèves (+16,67%). Les infractions contre les enseignants enregistrent une hausse de 20%, tandis que les infractions contre les bâtiments scolaires baissent de 2,17%.

Depuis le début de l’année 2012, toujours d’après la délibération du Conseil Municipal susnommée, les résultats sont contrastés.
L’examen des résultats statistiques de la délinquance sur les 9 premiers mois 2012 montre une hausse des atteintes aux biens (+4,06%) et une baisse des atteintes volontaires à l’intégrité physique des personnes (-7,51%).
Dans le domaine des atteintes aux biens, il faut relever une baisse très significative des vols à main armée, qui avaient connu une hausse notable en 2011, avec notamment des attaques de commerces de détail générant un fort sentiment d’insécurité. En revanche, il faut relever une hausse importante des vols de véhicules (+25,94%), vols de deux roues (+14,14%), vols à la tire (+52,42%) et des cambriolages dans les lieux d’habitation (+10,73%) en particulier dans les caves et garages (+100%).
Dans le registre des atteintes aux personnes, les violences physiques non crapuleuses enregistrent une baisse notable (-19,19%).
En revanche il faut noter la hausse des vols avec violence sans
arme (+7,01%), ainsi que la hausse continue des viols (+60,5% par rapport à 2010, ce qui correspond à 23 faits de plus).
Il faut souligner depuis deux ans, l’émergence d’une délinquance en bande plus importante. Des bandes violentes composées de filles, mais aussi de garçons très jeunes, entre 13 et 15 ans, issus majoritairement de familles monoparentales. Déscolarisation précoce et de longue durée, augmentation du nombre des jeunes filles, qui est passé de 4,5% en 2009 à 15% en 2012, et profond sentiment d’impunité, notamment dans les quartiers les plus en difficulté, caractérisent le panorama de ces mineurs délinquants.

A l’énonce de ces éléments officiels de bilan, et même si le tableau n’est pas tout noir, on voit bien qu’il reste beaucoup à faire.
Car même si la tendance semble être à l’amélioration, le taux de violence à Nice compte parmi les plus élevés des grandes villes de France avec 11,17 faits pour 1 000 habitants en 2007, pour une moyenne nationale de 5,93.
Quant au taux de délinquance dans le département, c’est-à-dire le nombre de délits pour 1 000 habitants, il atteint 107,8 ce qui en fait le 95e département de France métropolitaine le moins sûr sur 96.

Et comme je l’ai dit précédemment, en matière de sécurité c’est notre « vivre ensemble » qui se joue.
Alors, il n’y a pas à hésiter…
Soyons tout aussi durs avec l’insécurité qu’avec les causes de l’insécurité.

Ne faudrait-il pas réorienter nos politiques de traitement de la délinquance, en privilégiant les logiques partenariales ? Dans tous les domaines sensibles déjà évoqués ? Ne faut-il pas assumer la nécessité de règles plus strictes, plus contraignantes ? Avec une réalité des sanctions ? Pour les délinquants, certes, mais pour leurs familles, aussi, quand c’est nécessaire et possible ? Mais rechercher de nouvelles alternatives à la prison, lorsque l’objectif d’insertion est jouable, comme par exemple les internats scolaires ? En rejetant tout discours par trop compassionnel ? Ne faudrait-il pas une réforme de l’ordonnance de 1945, au fond ? Une vraie police de proximité ? Et donner plus de pouvoir au maire ? A la police municipale ? Redéfinir la collaboration entre police nationale et police municipale ?

Oui, soyons tout aussi durs avec l’insécurité qu’avec les causes de l’insécurité.

Cela veut dire que nous avons besoin de politiques de triple temporalité. A court terme, la tolérance zéro, et les sanctions qui vont avec. Rapides, sévères et justes. A moyen terme, la prévention, indispensable. Parce que la répression sans la prévention, c’est souvent le déplacement des violences, pas leur disparition. Et puis, à long terme, l’action économique, sur laquelle il faut tout miser, en y mettant les moyens. Parce que là où l’économie se développe, le chômage diminue et la délinquance aussi. Parce que la reconquête de l’espace public par le développement économique permet la restructuration des lieux de vie et celle des relations humaines. Oui, nous avons besoin de ces trois phases, pas une des trois, les trois, ensemble, en même temps.
Là encore, la Collectivité Municipale est au cœur de la politique de sécurité. Elle agit déjà à la présidence et dans le cadre du contrat local de sécurité. Mais il faut aller plus loin. Comme je viens de l’indiquer, sans oublier d être ferme sur les valeurs de la République. Car il s’agit d’un problème de cohésion sociale.
Ni de droite, ni de gauche, la sécurité est un défi pour tous les Républicains.

(à suivre)

Richard POGLIANO

Les commentaires sont fermés.