N I C E ( 16 )

NICE, DROIT D’INVENTAIRE (1)

Autrefois, au tout début du XIXe siècle, le droit d’inventaire était une taxe sur les vins que les producteurs devaient payer, non pas d’après leurs ventes, mais d’après leur stock en cave. Stock dont on faisait l’inventaire et sur lequel ils payaient un droit.
Faire un « inventaire » est une opération qui consiste à dénombrer et énumérer des éléments, les uns comportant des choses positives et les autres des négatives, à propos d’une chose passée.
Chacun de nous peut le faire par rapport aux comportements d’autrui à son égard, tout comme un élu par rapport à ce que lui a laissé son prédécesseur.

S’accorder un droit d’inventaire, c’est donc s’autoriser à faire un tel constat dans le but, en général, de le partager avec d’autres et, bien souvent, d’être plutôt critique envers ce qu’on juge.

Mais ici, je ne veux pas dire ce qui va bien ou ce qui va mal à Nice. Cela demanderait une autre approche, plus analytique, sur des données économiques. Le temps viendra.
Ici, je veux simplement et rapidement exposer les grandes caractéristiques constituant la morphologie de Nice. C’est à dire souligner quelques maux qui posent problèmes et perdurent dans notre ville.
Cela se rapproche plus d’une sorte d’audit qui permettrait, dans sa phase préliminaire et sans prétention excessive ni recherche d’exhaustivité, de dégager les points faibles et/ou non conformes d’une situation donnée, d’un existant. Cela, bien entendu, dans le but, par la suite, de rechercher des solutions et mener des actions innovantes, qui permettront de corriger les anomalies et les dysfonctionnements constatés.

Sous le soleil, Nice ne va pas bien. Et le niçois est mal-heureux.
Les Niçois sont comme tous les Français : ils n’ont pas peur (seuls 10% d’entre eux l’affirment), mais ils sont inquiets affichant un état d’esprit où domine la méfiance (32%), la morosité (31%) et la lassitude (29%), bien avant un quelconque enthousiasme (12%).
Quant à leurs préoccupations principales, elles concernent, sans surprise, le chômage (56%), le pouvoir d’achat (44%), les retraites (27%), les impôts et les taxes (27%), la santé et la qualité des soins (24%).
Deux sondages font ainsi le point sur la vision de notre population vis-à-vis de la société et leurs rapports avec celle-ci (1).
Les résultats sont inquiétants. D’autant que nous traversons une période de remise en cause, face à une crise qui n’en finit pas. Une période pendant laquelle le citoyen éprouve les plus grandes difficultés à se retrouver dans un « vivre ensemble », qui se déchire de toute part.
Le monde politique n’est pas exempt de reproche. 85% des citoyens estiment que les politiques ne se préoccupent pas assez, ou pas du tout, de ce qu’ils pensent, 82% que ceux-ci agissent d’abord pour leurs intérêts personnels avant ceux de leurs administrés et, 62% que la plupart des hommes et des femmes politiques sont corrompus.
Pas étonnant dès lors que seuls 12% fassent confiance aux partis politiques. Et tous ces pourcentages évoluent négativement par rapport aux précédentes enquêtes.
Et pourtant, 59% d’entre nous se déclarent assez, ou beaucoup, intéressés par la politique, 65% estiment que le vote est le moyen d’exercice le plus efficace pour influer sur les décisions politiques, mais qu’ils ont la sensation que le politique apporte souvent les mauvaises réponses à des questions essentielles.
Dans le même temps, ces mêmes électeurs sont conscients que le capitalisme est le seul système économique efficace. 51% pensent qu’il faut le réformer sur quelques points, 6% qu’il ne faut rien changer contre 41% qu’il faut le réformer en profondeur.
Même si nous ne souhaitons, ni changer de système, ni changer de modèle, ce que nous rejetons massivement c’est aussi bien la manière dont on fait de la politique, que les solutions qui sont apportées.
Bref, comme tous les Français, le Niçois est inquiet.
Chacun le sent bien. Nice ne va pas bien.
Et le niçois s’interroge.
Peut-on se satisfaire d’une ville où, les citoyens ne sont plus des acteurs, mais de simples spectateurs ? D’une ville où le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale ? Peut-on se satisfaire d’une ville où se loger relève du parcours du combattant, avec un déficit d’au moins 15 à 20 000 logements? D’une ville où plus de 2 500 petits niçois sont encore privés d’une place en crèche ? Peut-on se satisfaire d’une ville où, sous le vernis, la précarité ne cesse de progresser, avec son corollaire la pauvreté qui touche 1 azuréen sur 8 ? D’une ville où nous avons un taux d’insécurité parmi les plus élevés de France? Peut-on se satisfaire d’une ville où les administrés niçois ne constatent aucune évolution pour eux, et au-delà, aucune réalité concrète pour leur avenir et celui de leur ville? Et les interrogations se multiplient à l’envi…
Alors qu’en est-il ?
Certes, comme dans toutes les grandes villes, de nombreuses questions se posent. Beaucoup concernent la sphère privé, d’autres la collectivité. Pour ces dernières, certaines sont du ressort de l’Etat, d’autres de la Région, du Département, d’autres enfin relèvent de la Muncipalité. Mais tous les acteurs publics sont aujourd’hui concernés. Car les attentes sont importantes. Et surtout, elles grandissent. Et pour y répondre, il faut d’abord prendre la mesure de notre « corps malade », sans exagération, ni tromperie.
Faire un rapide inventaire.

(à suivre)

Richard POGLIANO

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