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NICE, UNE VILLE DE VILLAGES (5)

A l’Ouest… La Madeleine, Fabron, Caucade, Saint Augustin, Arenas, Sainte Marguerite, Saint Antoine, Saint Isidore, Ventabrun, Crémat, Saint Roman, Lingostière. De l’embouchure du Magnan à la plaine du Var, jusqu’aux confins de la Pouncia, les quartiers Ouest de Nice s’étendent sur une superficie trois fois plus importante que celle des quartiers Est, avec une population quasiment identique.

On est « de Magnan », pas d’ailleurs, même d’à côté.
Connu pour son infranchissable carrefour, son Palais de l’Agriculture, sa caserne de pompiers et son église Sainte Thérèse, le village de Magnan s’étend jusqu’au Centre Universitaire Méditerranéen, le CUM. Un autre carrefour, mais de la pensée et de l’esprit, voulu par Jean Médecin soutenu par Paul Valéry son premier directeur, qui a acquis un rayonnement intellectuel international.
Le long des eaux du Magnan s’étendent la Madeleine et son étroit vallon, véritable campagne dans la ville il y a encore peu. Autour de son église Sainte Marie Madeleine. Avec ses festins, ses mais dans chaque rue, ses processions, ses concours de boules. Avec, comme déjà évoqué, ses moulins à huile et ses teintureries, celle de Jean Roux qui s’y installe en 1948, rachète un vieil établissement et vingt ans plus tard lance les « 5 à sec »… dans toute la France !
Sans compter les hauts lieux de la cuisine niçoise, de Bracco et son stockfish au « menon » aux poivrons de Poupon et Marinette. Et nos amis arméniens, toujours souriants et chantants, devenus français, mais niçois d’abord.
C’était le village, ça l’est encore, malgré sa transformation en couloir immobilier et autoroutier tumultueux aujourd’hui.
Plus au nord, la colline de Ventabrun est encore épargnée, mais il faut y prendre garde.
C’est le cas aussi du vignoble de Bellet, bien qu’il soit passé de 600 hectares en AOC en 1940 à moins de 60 hectares aujourd’hui. Et dans le même temps, sa notoriété est devenue internationale. Le rêve d’Antoine Mari, de Jean Bagnis et de la famille De Charnacé, est devenu réalité. Que tous les autres, dont je suis amoureux du vin comme ils le sont de leurs vignes, ne m’en veuillent pas, il faudrait vous citer tous !

Le long du Var, sur sa rive gauche, Saint Augustin fut, tout à la fois, lieu de passage entre le Royaume et le Comté, lieu de plaisirs mondains, meetings aériens, courses hippiques, cinéma, et lieu des grandes propriétés agricoles, de Saint Isidore jusqu’à Lingostière.
Il n’est plus temps de se souvenir que l’on faisait traverser le Var à dos de moines, mais il ne faudrait pas oublier que l’extension de notre ville se fera là. Et que, parfois maltraités par l’essor populaire, comme Saint Augustin, ces quartiers, toujours très fermés sur eux mêmes, devront recueillir toute notre attention, car ils seront notre ville nouvelle.

Entre les deux, Sainte Marguerite et Caucade, village à fortes caractéristiques déjà évoquées, dont je voudrais souligner l’importance des familles qui l’ont fait vivre. Celles des producteurs de fleurs, les Conso et Franco. Celles des marbriers, les Caleo, Bravi et Galvagno.
Sur le littoral, le village de Carras, qui s’est développé autour de son port de pêche et son église, Sainte Hélène. Entre la Lanterne et Fabron, ce village-colline, autour de ses châteaux, de son musée d’art naïf et son Abbaye de Roseland, grand parc immobilier de prestige, sans abbaye aucune.
Et vers le nord, de prestigieux grands domaines furent démantelés, pour la plupart à la fin du XIXème siècle, pour accueillir de nombreuses villas bourgeoises composant les quartiers périphériques, de Fabron à la Bornala. Et bien sûr, en remontant encore, Saint Antoine Ginestière, Crémat et Canta Gallet

Voilà nos villages dans la ville, où nous vivons, où nous avons nos repères. Qui évoluent avec nous, et parfois sans nous, ou malgré nous.
Voilà pourquoi il faut lire sa ville. C’est en la lisant que l’on comprend comment elle se forme, dans chacun de ses interstices, sur chacune de ses portées. Car ce n’est pas seulement un ensemble de coutumes et de traditions, mais des comportements, et des sentiments. Sans oublier que la ville est politique, au sens étymologique du terme, polis la cité en grec.
Voilà pourquoi il nous faut maintenant la penser, la re-penser, dans toute son urbanité.
Se dire qu’aujourd’hui, plus que jamais, le devenir de l’être humain passe par celui de l’être urbain.
(à suivre)

Richard POGLIANO

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