N I C E (1)

 SOUVENIRS, SOUVENIRS  (1)

 

   Je suis né Corniche du Frère Marc…
Et puis, voilà, soixante ans plus tard, marié, père de deux filles, j’habite Saint Jean d’Angely…
A 600 mètres à vol d’oiseau…
600 mètres, 60 ans, une vie, un chemin, celui de Nice.
Souvenirs, souvenirs.

Je me souviens du Casino Municipal où j’allais, plus jeune, assister aux matches de catch… Là où les élus municipaux avaient voulu, en 1832, construire une église à la suite du vœu fait par les niçois, lors de l’épidémie de choléra.
Sur cette magnifique place qui devint, en 1852, la place Masséna, bordée d’immeubles de la même hauteur et de la même couleur. Une exigence de coloris imposée par le Consiglio d’Ornato, le Conseil d’Ornement de Turin.
Oui, que de souvenirs, de bals, de spectacles joués sur la scène de théâtre du Casino. Avant qu’il ne disparaisse en 1979 pour que l’on retrouve la perspective du Paillon, avec en fond le Vieux Nice.

Et puis, la main dans celle de mon père, je remontais l’avenue de la Gare, avenue Jean Médecin, alors que le Carnaval battait son plein…
Carnaval… La fête ! Chars, grosses têtes, cavalcades, feux d’artifice ! On se déguisait, on riait. Tout le monde s’amusait. Surtout les niçois ! Est-ce encore le cas aujourd’hui ?

Avec ma mère, nous allions dans cette rue, baptisée Masséna en même temps que la place, qui fut la première zone piétonne de France en juin 1976. Bien après qu’elle fut cette rue de petits artisans, ébénistes, charpentiers, perruquiers, drapiers, tisserands mais aussi marchands de vins, boulangers, épiciers, une rue très commerçante, traversée dans les deux sens par le tramway. Et puis, les trolleys disparurent. Les voitures s’installèrent, mais disparurent à leur tour. La rue fut rendue aux niçois et aux touristes dont elle est, aujourd’hui, un des lieux  de passage préférés.

J’y faisais déjà mes classes, lorsqu’en 1963 le lycée de garçons de Nice fut officiellement dénommé « Lycée Masséna ». Une institution, un phare de l’éducation à Nice, d’abord collège impérial ensuite lycée de la République, mais toujours le « bahut » ! C’est dans ses locaux qu’eut lieu, les 15 et 16 avril 1860, le plébiscite du rattachement de Nice à la France, quarante huit ans après avoir ouvert ses portes pour la première fois. Un monument, donc.

La colline du Château où nous nous retrouvions en famille, plusieurs familles, réunies, le dimanche. Combien de fois mes parents m’y ont-ils amené ! Jeux de ballon, parties de boules, sur le plateau. Cache-cache dans ses coins et recoins, multiples escaliers, buissons et ruines. Et puis, l’eau, celle de la cascade, cent mètres au-dessus de la mer.

N’oublions pas qu’au commencement de Nice étaient le Château et la Ville Basse. Car pour les phocéens, Nikaïa n’était qu’un simple comptoir commercial. C’est la venue des romains qui va faire bouger les choses, en créant une deuxième agglomération, à Cimiez.  Bien plus tard, les Savoyards redonnèrent au Château son rôle de forteresse, alors que la vie s’organisait et se développait sur le littoral. Hélas, l’histoire fut terrible, et mouvementée, pour ces fortifications et ces remparts dont Louis XIV ordonna la démolition, achevée en 1706.
Aujourd’hui, plus rien ne reste de cette forteresse, hors les vestiges de l’ancienne Cathédrale.  La colline du Château est un lieu de promenade et de repos. On y vient pique-niquer en famille, en prenant l’énorme escalier de 330 marches, l’ascenseur ou le petit train pour y accéder.
L’endroit est une merveille de parc, surplombant la vieille ville, avec une vue circulaire imprenable sur Nice et sa Baie des Anges. C’est de là que tous les midis, au premier des douze coups de cloches de l’église Sainte Réparate, tonne le canon, deux fois. C’est aussi là que des générations de niçois sont enterrées, depuis que le cimetière du Château fut créé en 1820. Un cimetière, je devrais dire une exposition d’œuvres d’art à ciel ouvert, tant les monuments mémoriels  sont d’une grande beauté. Statues, bustes, sculptures, pyramides, colonnes et chapelles font de ce lieu l’un des plus beaux d’Europe.

A Nice, bien sûr, il y a la mer. La plage, nous y allions souvent, comme tous les niçois. Et mon père, un excellent nageur, aimait m’amener loin, au large, vers l’horizon. Cet horizon qui fait rêver, d’arrivées et de départs au long court.
C’était la Méditerranée qui me portait vers les pays d’Afrique. Et ses vagues qui me projetaient vers les civilisations grecques, italiennes, espagnoles. Mon père, lui, préférait explorer les fonds marins. Je le revoie encore, au port de Nice, plonger du haut des grues. Moi, j’avais trop peur.
Cette mer sans laquelle, aujourd’hui, je ne pourrai vivre. Qui m’a fait, comme elle a fait Nice.
Et puis, il y a aussi le rattachement de Nice à la France… par le chemin de fer !
Des Arcs à Nice. A partir de 1860, en deux, trois, quatre ans, tout était fait ! Enfin, presque. Parce qu’une question demeurait : où placer la Gare ? A Riquier ? Place Masséna, dans l’axe de l’avenue du Prince Impérial (avenue Jean Médecin)? Nos élus furent visionnaires.
Autour de cette façade de briques et de pierres, un nouveau quartier surgit des marécages avec l’avenue Thiers et tous ses hôtels. Sentent-ils aujourd’hui, ces 40 000 voyageurs quotidiens qui y transitent, qu’hier c’était le lieu d’arrivée des têtes couronnées d’Europe, du Tsar de toutes les Russies à la Reine Victoria, en passant par l’Empereur de France, Napoléon III.
Bien sûr, tout a changé. Non loin, la poste Thiers. Ce gigantesque paquebot Arts Déco de briques rouges, implanté sur 4.500 m2. Et tout le reste. Mais, nostalgie, quand tu nous tiens…

(à suivre)

Richard POGLIANO

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