MAITRISER LA DETTE, UN ENJEU MONDIAL

« L’endettement des administrations publiques des pays développés en pourcentage du produit national brut et la charge des intérêts en pourcentage des dépenses publiques, ont atteint des niveaux difficilement supportables. En fait, sans aucune exagération, le mécanisme actuel de la création de monnaie par le crédit est certainement le`cancer´ qui ronge irrémédiablement les économies de marché de propriété privée ». C’est Maurice Allais, Prix Nobel d’Economie qui s’exprimait ainsi dans Le Figaro en 1998.

Et il concluait en écrivant : « L’économie mondiale toute entière repose aujourd’hui sur des gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute il n’est devenu plus difficile d’y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général ».

16 ans plus tard, rien n’a changé.

La Banque des Règlements Internationaux -BRI- estime la dette mondiale à plus de 100 000 milliards de dollars, en progression de 60% par rapport à 2000 où elle était de 40 000 milliards (70 000 milliards en 2007). Encore ne s’agit-il que de la dette contactée par les Etats et les entreprises. Il convient d’y ajouter celle contractée par les ménages, évaluée à quelques 40 000 milliards de dollars, soit un total général de plus de 140 000 milliards.

Si on compare cette dette au Produit Intérieur Brut -PIB- mondial, à savoir environ 80 000 milliards de dollars, cela nous donne un ratio d’endettement de 175% ! Et cela risque de s’aggraver, si l’on en croit The Economist qui évalue l’augmentation de la dette publique mondiale à 300 000 dollars chaque seconde ! !

Ainsi donc, je persiste et signe, contrairement à ce que nous annoncent nos gouvernants, la crise de la dette n’est pas derrière nous, elle est devant nous. Et bien sûr, je persiste et signe, il nous faut faire de véritables et profondes remises en cause, car s’il n’y a jamais de bon endettement, il n’y a pas toujours de mauvaise dépense.

A condition toutefois, et urgemment, de changer de politique économique (voir mes précédentes newsletters) et de politique monétaire. Par exemple en `parquant´ une bonne moitié de cette dette, ce qui l’annule pour les Etats, et la financer, intérêt et capital, par les profits dégagés par les différentes banques centrales. La dette mondiale pourrait ainsi être réduite de moitié.

A condition d’introduire de la volonté dans les choix politiques et de décider, urgemment, que les Etats mettent en œuvre des mesures de grande ampleur susceptibles de prévenir la récession, en dépassant le clivage Keynes-Friedman.

Car cette crise mondiale est historique, et beaucoup plus grave que celle des années 1930. Or demain, ce qui aura été prévu n’aura peut-être pas lieu, et ce qui aura lieu n’aura peut-être pas été prévu. Raison de plus pour régler les véritables problèmes d’aujourd’hui.


Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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