M. LE PRESIDENT, NE REGARDEZ PAS L’AVENIR DE LA FRANCE DANS VOTRE RETROVISEUR

          Dans la France de 2014, la pire erreur économique serait d’opposer une politique de l’offre à celle de la demande. C’est bien pourtant cette erreur que vient de commettre le Président Hollande et son Gouvernement.

     La théorie de l’offre repose sur une réduction des charges et des impôts qui permettrait de relancer la croissance, d’un côté par plus de compétitivité et de l’autre par une relance de l’investissement et de la demande. Pour l’entreprise, une meilleure compétitivité avec des coûts salariaux moindres, et plus d’investissement avec des actionnaires enclins à investir. Pour le particulier moins taxé, une volonté plus grande à travailler et consommer, le surplus d’argent non pris par les impôts étant alors injecté dans l’économie.

     Outre le fait qu’avant toute chose, comme je l’ai déjà écrit dans ma lettre du 6 janvier 2014, « tout dépend du choix de société que nous voulons, de la place de l’Etat et du rôle plus ou moins grand que l’on souhaite lui donner », cette politique de l’offre n’a jamais donné de bons résultats : les déficits se sont toujours accentués, et les inégalités aussi. En témoignent les politiques menées par Thatcher et Reagan.

     De la même façon, une politique keynésienne, fusse-t-elle néo-keynésienne, ne permettrait pas à elle seule de juguler notre manque de croissance. Car si la croissance française stagne, si la production régresse, et l’emploi avec, ce n’est pas le fait d’un simple déséquilibre conjoncturel, que quelques incitations fiscales pourraient interrompre. Que ce soit en subventionnant les entreprises pour baisser leurs coûts, ou en distribuant du pouvoir d’achat pour financer la consommation.

     Pour notre économie française, et européenne, l’époque de croissance productiviste est terminée, celle des économies d’échelle aussi. Terminée la spirale vertueuse de la réduction des coûts, l’augmentation de la production, la croissance forte, le plein emploi et l’augmentation des salaires. Ce modèle est maintenant celui des pays émergents, il n’est plus le nôtre.

     Voilà pourquoi, il nous faut changer de modèle, passer à de nouvelles offres et demandes, différenciées et sectorisées. Provoquer un choc d’innovations, avec l’apparition de nouvelles techniques, tant dans la consommation que dans la production de l’ensemble des biens. Comme pour une révolution industrielle. Comme pour celles que nous avons connues lors des trois derniers siècles. Avec de nouvelles filières qui assureront l’avenir de nos sociétés développées, dans l’énergie, le développement durable ou la santé, l’aide à la personne, la croissance verte. D’autres encore. En intégrant, du côté de la demande, l’importance de nouveaux comportements de consommation et, du côté de l’offre, celle de nouveaux gains de productivité. En réorientant le capital financier français vers le financement de l’innovation.

     Il faut, pour cela, une action forte de l’Etat. Non pas en augmentant l’endettement public déjà trop lourd, et qu’il faut continuer à diminuer, mais en ayant un Etat stratège qui donne des objectifs, définit les chemins, les filières et mobilise tous les acteurs, toutes les capacités de financements privés, épargne des ménages, profits des entreprises, crédit des banques.
Faire entrer véritablement la France dans le XXIème siècle, c’est faire le choix de filières spécifiques et du financement des innovations qui les accompagnent. C’est à ce prix que nous retrouverons le chemin de la croissance et du plein emploi. Et c’est un problème culturel, pas budgétaire.

     Monsieur le Président, ne regardez pas l’avenir de la France dans votre rétroviseur !

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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