LOI MACRON ET… REVENDICATIONS

« On n’a jamais tenu de tels délais pour un texte aussi riche », se félicite le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. Pourtant, il n’y aura pas de seconde loi Macron. Une suffit, qui fut adoptée en 2015 et dont « les textes ne sont pas parfaits, mais permettent de mettre le pays en mouvement, recréent de la mobilité, de la transparence, de l’activité », nous assure le ministre.

Qu’en est-il réellement ?
Et que nous réserve ces lendemains  » qui chantent « …

  1. Sur les 308 articles de la loi Macron, 60% sont désormais entrés en application à la faveur de 75 décrets publiés (sur 85) et 6 ordonnances publiées (sur 14).

Autocars
158 villes françaises et aéroports desservis, 1 300 emplois créés et 1,5 million de passagers en six mois.

Fibre optique
Elle sera obligatoire dans la construction des logements neufs, dès le 1
er juillet 2016.

Couverture mobile
Le 15 mars, l’appel d’offre sera lancé pour couvrir les 268 communes recensées dans les  » zones blanches  » par l’installation de 800 pylônes.

Tarifs des professions juridiques
Depuis le 29 février, notaires et huissiers de justice baissent leurs tarifs de 2,5%. Ceux des greffes des tribunaux de commerce chutent, eux, de 5%. Une révision sera opérée dans deux ans.

Commerces du dimanche
Le nombre de  » dimanches du maire  » a été augmenté de 43% dans les 70 plus grandes villes françaises. Parmi celles-ci, près d’un quart sont passées au maximum, soit 12 dimanches ouverts par an.

Permis de conduire
43 agents de La Poste ont été recrutés à ce jour pour renforcer les inspecteurs du permis de conduire. Les frais de présentation à l’examen sont désormais interdits pour toute nouvelle tentative après un échec.

  1. Mais le terrain économique et social reste miné par de très nombreuses revendications.

Les médecins libéraux
Ils réclament une revalorisation de la consultation, aujourd’hui de 23 euros pour les généralistes, un tarif inchangé depuis 2011. Or, l’Assurance-maladie doit économiser plus de 3 milliards d’euros par an d’ici 2017.

Les chauffeurs de taxi
Toujours échaudés par la concurrence des VTC, ils n’hésitent pas à descendre dans la rue, dans toute la France, car les propositions du médiateur ne les rassurent pas.

Les agriculteurs
Ils vivent une crise des prix sans précédent et, malgré plusieurs centaines de millions d’euros d’aides promises par le gouvernement, leur mécontentement ne faiblit pas. Les ministres de l’Agriculture européens doivent se réunir mi-mars

Les intermittents
Leur sous-régime est dans le rouge de 1 milliard d’euros chaque année, soit le quart du trou annuel du régime d’Assurance-chômage. Et il n’indemnise que 114 000 personnes, moins de 5% de l’ensemble des chômeurs indemnisés ! Le 8 mars, leur sort sera décidé.

Les salariés d’Air France
Une négociation débutera le 8 mars sur le détail du plan de départ préparé par la direction. L’intersyndicale a déjà exprimé son insatisfaction.

Les cheminots SNCF
Les syndicats ont annoncé une grève avant le 9 mars, suite à la réforme du cadre social du ferroviaire, imposée par la loi.

Les agents de la RATP
La CGT et Sud appellent à la grève le 9 mars, à l’occasion de l’ouverture des négociations annuelles obligatoires dans l’entreprise publique.

Les fonctionnaires
Ils réclament toujours le dégel de leur  » point d’indice « , qui sert à calculer leur salaire et qui n’a pas bougé depuis 2010. Ils souhaitent une revalorisation significative et menacent d’une mobilisation le 22 mars.

Au fond, et en conclusion, je n’ai rien à changer à mes écrits du 2 février 2015 (ci-après ma Newsletter n°51)…

Richard POGLIANO

Ci-après ma Newsletter n°51 du 2 février 2015 :

PERVERSE LOI MACRON

«C’est la loi la plus volumineuse jamais examinée », témoigne un député dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale ce 26 janvier.
Un projet de 500 pages, 200 articles, 1 743 amendements déposés et 495 adoptés, sous le titre ʺPour la croissance et l’activitéʺ.

Mais de croissance, il n’est nullement question. Véritablement. Concrètement. Un vaste fourre-tout, plutôt qu’une loi. Sans aucune disposition relative à la production française. Ni d’impératif industriel, ni de création de richesse, d’innovation, de commerce extérieur et encore moins d’emploi.
Mais un hymne à la dérèglementation dite concurrentielle, comme si elle allait régler tous nos maux et un appel à la privatisation plus destructrice qu’organique, comme si elle allait régler la dette de la France.

A la fin du troisième trimestre 2014, la dette publique de la France s’établissait à 2 031,5 milliards d’euros, soit une hausse de 96 milliards en un an. Elle a triplé en vingt ans (680 milliards en 1995) et doublé en dix ans (1 025 milliards en 2013). Cette dette s’élève aujourd’hui à 30 770 euros par habitant, contre 12 000 euros en 1995. En pourcentage du PIB, la dette publique atteint 95,2% et devrait frôler la barre des 100% à la fin 2015 (a).

Face à cette dette et à une croissance nulle, la loi Macron n’apporte aucune solution. Face à la terrible hausse du chômage, même chose. Et Anne Perrot, l’économiste qui préside la commission d’experts nommés par le ministre pour étudier la loi, de déclarer : « Il sera difficile de se prononcer sur les effets des réformes en matière de création d’emplois » (b).

Si la France s’installe durablement dans une croissance nulle, ou même inférieure à 1%, et si l’Europe entre dans une période de déflation, ou même là aussi dans une croissance inférieure à 1%, il faudra bien doper nos activités, en France comme en Europe. C’est ce que veut s’employer à réaliser Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne. Emmanuel Macron, lui, se trompe de combat et met la France en danger. Sa loi n’est pas seulement un leurre, elle est perverse pour notre économie. Même pour une économie à 1% (c).

Richard POGLIANO, Président du Cercle de Nice

(a)Chiffres de Pierre-Antoine Delhommais in Le Point 2207 – 1er janvier 2015
(b)In Challenges 417 – 22 janvier 2015
(c)Cf. ma prochaine Newsletter du 09.02.2015

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