LES PROPOSITIONS DU MEDEF…

De nombreux lecteurs ont réagi à mes deux newsletters, celle du 8 septembre (n° 30 – ʺValls 2, le retourʺ) et celle du 22 septembre (n°32 – ʺUn échec programméʺ). La plupart d’entre eux, à cette occasion, m’ont interpellé sur les propositions phares du MEDEF et sa « thérapie de choc pour créer un million d’emplois ».

Avant que de livrer mes réflexions sur ces propositions, qu’il me soit permis, avec le sourire, de faire un parallèle historique entre la politique de François Hollande en 2014 et celle de François Mitterrand en 1982. Ou plutôt entre Pierre Gattaz, Président du MEDEF aujourd’hui, et Yvon Gattaz, son père, Président du CNPF hier.

Président du patronat français entre 1981 et 1986, Yvon Gattaz entame une guerre de tranchées avec le gouvernement socialiste de François Mitterrand sur les 39 heures, la flexibilité du travail, sur les impôts et surtout sur la montée des cotisations sociales des entreprises.« Les entreprises sont exsangues, il faut stopper les saignées qu’on leur impose pour financer le progrès social » déclarait Yvon Gattaz à l’époque, promettant la création de milliers d’emploi si le patronat obtenait satisfaction. Cette lutte sera couronnée de succès dès avril 1982, après qu’Yvon Gattaz ait rencontré le Président Mitterrand.

Qu’en est-il aujourd’hui, 32 ans plus tard, avec les propositions du fils Pierre Gattaz, Président à son tour du patronat français depuis 2013, et qui, à son tour, promet la création d’un million d’emplois si le gouvernement de François Hollande suit ses recommandations.

Dans l’ensemble, on peut dire que certaines propositions du MEDEF pour réformer le marché du travail et activer la croissance vont dans le bon sens, mais elles sont de nature trop ultralibérales pour que leur efficacité soit avérée. Et donc les résultats trop exagérés et très aléatoires, voir même contreproductifs. Regardons les plus emblématiques.

Ainsi la remise en cause des 35 heures, qui permettrait le « déclenchement des heures supplémentaires jusqu’à 40 heures », ne peut en aucune manière, en période de croissance nulle, créer de l’emploi, sauf si elle était accompagnée d’une très forte baisse des salaires horaires.

De même la suppression de deux jours fériés sur onze par an « pour gagner 1 point de croissance et créer 100 000 emplois » relève de l’incantatoire, car l’entreprise peut continuer à produire, sans embaucher plus. Et lorsque les carnets de commande sont vides…

Par contre, permettre l’ouverture des entreprises le dimanche et le soir « en accord avec les salariés qui le désirent ou par accord de branches » serait certainement bénéfique à la création d’emplois. Non pas « avec des gains en emplois de 90 000 à 300 000 », mais probablement autour de 20 000 temps plein, qui bénéficieraient prioritairement aux jeunes.

Quant à la création d’un « sous-smic, complété par des allocations sociales pour garantir un pouvoir d’achat équivalent », avec l’objectif de créer 50 000 à 100 000 emplois supplémentaires en cinq ans, cela me paraît relever de l’incertain le plus complet. Et le fait de s’attaquer brutalement à un sujet des plus complexes, et des plus explosifs, ne peut être que contreproductif dans la volonté de sortir d’une crise qui touche tous nos concitoyens.

Tout comme l’obsessionnelle proposition du MEDEF de détricoter, là aussi brutalement, les seuils sociaux avec le même objectif de créer entre 50 000 et 100 000 emplois supplémentaires, cette fois en trois ans. Certes, dans cette hypothèse, la création d’emplois serait certaine, mais probablement pas le chiffre avancé, avec à la clef, la suppression de notre droit social. Alors qu’il serait plus sage de s’orienter vers une simplification des vint-trois obligations légales.

Comme je l’indiquai dans mon propos sur le chômage le 9 juin 2014, il y a loin de la coupe aux lèvres…

Parce que les réponses à la crise ne sont ni socialistes, ni ultra libérales.

Parce qu’avec plus de 6 000 000 millions de chômeurs aujourd’hui, il n’y a pas de réponse générale dans le débat entre baisse des dépenses et hausse des impôts, tout comme celui entre relance par la demande ou par l’offre : tout dépend du choix de société que nous faisons, de la place de l’Etat et du rôle plus ou moins important qu’on souhaite lui donner.

Parce qu’il faut à la France à la fois une plus grande décentralisation des politiques industrielles, et tout particulièrement dans le domaine de la transition énergétique et des énergies renouvelables, et une intervention forte des pouvoirs publics pour mettre en place de nouvelles filières, de nouvelles infrastructures.

Parce qu’enfin l’Europe a un rôle essentiel, non seulement monétaire, mais surtout dans la relance de l’investissement pour de grands projets qui contrebalancent les effets pervers de l’austérité.

C’est tout cela, entre autre, qui pourrait permettre de recréer un peu de croissance, voire une croissance durable.
Faute de quoi, non seulement nous ne sortirons pas de la crise, mais nous pourrions entrer dans une phase déflationniste.
Ce qui aurait des conséquences dramatiques.


Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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