LES POLITIQUES D’AUSTERITE IMPOSEES PAR L’EUROPE (2)

Dans son article 1, le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), dit aussi Pacte budgétaire, indique que les règles européennes sont « destinées à renforcer la coordination des politiques économiques » et que « le pilier économique de l’Union Européenne (UE) soutient la réalisation des objectifs en matière de croissance durable, d’emploi, de compétitivité et de cohésion sociale ».

Au-delà des mots, et des bonnes intentions, rien n’est concrètement prévu pour permettre aux pays européens de tendre vers ces objectifs. Et, comme je l’indiquais la semaine dernière, l’article 5 de ce Pacte budgétaire  vient renforcer le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) en vigueur depuis 1999. Il impose aux pays des politiques d’austérité qui, au lieu d’améliorer la situation, enfonce encore un peu plus l’Europe dans la récession. Le bilan est aujourd’hui catastrophique, en termes de baisse du Produit Intérieur Brut (PIB) et d’augmentation du taux de chômage de la zone euro.

Et dans ce cadre là, inscrire l’équilibre budgétaire dans la Constitution est tout aussi absurde que d’interdire à la Banque Centrale Européenne (BCE) de financer directement les déficits publics.

La « règle d’équilibre budgétaire », appelée aussi « règle d’or », consiste en l’obligation faite aux pays de la zone euro de maintenir de manière permanente leur budget en équilibre, du moins avec un déficit inférieur à 0,5 % du PIB. Que cela soit un objectif politique, j’en conviens tout à fait. Mais en faire une contrainte économique perpétuelle n’a pas de sens. Cela va même à l’encontre de tous les enseignements économiques et de toutes les expérimentations réussies. Car une politique économique ne doit pas être gérée pour elle-même, ni de manière figée et purement comptable. Le but est bien d’assurer le plein emploi. Et de le faire avec les plus faibles taux d’inflation et d’intérêt. Pour ce faire, un pays a le droit d’avoir un déficit qui finance ses investissements publics, au-delà de la fameuse règle d’or, tout particulièrement en période de fort chômage. Tout comme il peut avoir une importante dette, sans obligation de remboursement, s’il garantit d’en assurer totalement la charge. Et que l’on ne vienne pas dire que ladite dette pèse sur les générations futures, puisque ces dernières bénéficieront de tous les investissements et équipements réalisés grâce à elle.

Il est tout aussi absurde d’interdire à la BCE de financer directement les déficits publics. Aujourd’hui notre Banque Centrale Européenne finance les banques privés pour plus de mille milliards d’euros de crédits, à des taux excessivement faibles, inférieur à 1%. Et ce sont ensuite ces mêmes banques privées qui peuvent, mais rien ne les oblige, financer les Etats Européens à des taux de 3 %, 5 % voire jusqu’à 10 %. Or c’est bien la BCE qui « définit et met en œuvre la politique monétaire de l’Union », mais elle n’est aucunement responsable de la surveillance des systèmes bancaires et financiers et donc, des dérégulations et bulles financières qu’ils pourraient provoquer. Ce sont pourtant l’éclatement de ces bulles et les déséquilibres de l’architecture financière européenne qui sont la cause de notre récession et des déficits engendrés.

Comme est absurde de la part de la Commission de sanctionner, par des politiques d’austérité, un pays à trop faible taux de croissance et chômage élevé, parce qu’il ne respecte pas les critères, lui interdisant toute politique de soutien économique. Rejetant ainsi toute approche keynésienne, « c’est la demande effective qui fait la croissance », au profit d’une vision uniquement et totalement libérale, « le marché a toujours raison ». L’offre contre la demande ? Disons le clairement, ce n’est pas entre une politique de la demande ou une politique de l’offre que l’UE doit choisir, mais bien les deux à la fois. Car il est urgent que les vieux débats soient revisités. Que de nouvelles propositions ouvrent d’autres perspectives. Pour sauver l’Europe. Et la France.

(à suivre)

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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