LES CYGNES NOIRS DE 2017

La théorie du cygne noir affirme qu’un évènement imprévisible et en effet imprévu, s’il se réalise, bouleverse notre vision du monde ou d’un domaine en particulier, avec des effets importants voire disproportionnés, malgré le fait qu’on trouve finalement cet évènement, rétrospectivement, tout à fait envisageable.

Ce serait comme trouver un cygne noir, alors qu’on sait depuis l’aube de l’humanité qu’il n’en existe pas. Au 16ème siècle, l’expression « cygne noir » appartenait au langage courant, désignant un évènement impossible, puisque tous les cygnes sont blancs…

La théorie du cygne noir fut d’ailleurs développée et popularisée par l’écrivain et ancien Trader Nassmi Nicholas Taleb dans son essai Le Cygne noir, publié après la crise de 2008.

Du coup, chaque année, la banque danoise Saxo Bank publie une liste de prévisions dites « choc ». Ces prévisions ne sont pas les prévisions officielles de la banque mais ont vocation « à mettre en scène des événements et mouvements de marché aberrants qui pourraient bouleverser le consensus bien-pensant toujours en place », dixit Saxo Bank.

En voici quelques-unes, peu probables, qui pourraient changer la donne en 2017 (*).

  • Une croissance chinoise à 8%

Saxo Bank souligne que bon nombre de prévisionnistes s’attendent à un ralentissement de la croissance chinoise (le FMI s’attend à seulement 6,2% l’an prochain) sans prendre en compte « la puissance de feu et l’implication de son vaste gouvernement ».

Dans ce scénario, Pékin se rendrait compte que la croissance du secteur de la production a atteint son maximum et prendrait de vastes mesures (fiscalité, politique monétaire et budgétaire) pour favoriser la consommation intérieure. Des décisions suffisantes pour permettre à la croissance de passer à 8% et à la Bourse de Shanghai d’atteindre les 5.000 points (contre 3.200 à l’heure actuelle).

  • Le Brexit se transforme en Bremain

La banque danoise considère ici que face à la montée des extrémismes, l’UE se rendrait compte qu’elle est plus forte avec le Royaume-Uni et choisirait de faire de nombreuses concessions (sur l’immigration, les services financiers). Ainsi, le Parlement britannique rejetterait l’activation du fameux article 50, qui permet à un État-membre de quitter l’Europe, et le Brexit se transformerait en Bremain. Soulagement du côté des cambistes (les traders de devises), la livre sterling remonterait, et s’échangerait à 1,37 euros contre 1,19 euros actuellement.

  • Le bitcoin s’envole

On sait que le bitcoin a tendance à jouer le rôle de valeur refuge. Au lendemain du vote sur le Brexit, la crypto-monnaie avait ainsi gagné plus de 100 dollars.

Ici Saxo Bank considère que Donald Trump, une fois à la Maison Blanche, va dépenser sans compter, faisant passer le déficit budgétaire des États-Unis de 6 à 10% du PIB (soit de 1.200 à 1.800 milliards de dollars). L’inflation et la croissance s’envoleraient, les cours du dollar aussi. Un mouvement de panique atteindrait l’ensemble des autres devises. Face à ce désordre, les marchés émergents chercheraient alors à s’affranchir du système monétaire basé sur la force du dollar et s’activeraient pour adopter le blockchain (la technologie de paiement du bitcoin) comme moyen de paiement. Le bitcoin deviendrait alors une forme d’alternative au dollar et son cours s’envolerait passant de 700 à 2.100 dollars.

  • Les banques italiennes stars de la Bourse

Avec le référendum italien et la démission de Matteo Renzi, les banques italiennes ont souffert en Bourse en 2016, l’instabilité politique du pays venant s’ajouter à leur santé délicate, le système bancaire italien croulant sous le poids de 360 milliards d’euros de créances douteuses (ces prêts qui ont de bonnes chances de n’être jamais remboursés et que les banques comptabilisent comme des pertes potentielles). L’indice des banques italiennes à la Bourse de Milan a ainsi perdu plus de 45% depuis le début de l’année.

Saxo Bank imagine alors que l’an prochain la BCE émettrait des garanties pour sauvegarder les banques « too big to fail » (« trop grandes pour disparaître »). Ironiquement, Saxo Banque suppose que ce n’est pas l’Italie mais l’Allemagne qui ferait pression sur la BCE pour agir de la sorte. En effet, avec les taux d’intérêt négatifs, les banques allemandes seraient fragilisées et Berlin demanderait un plan de sauvetage global dans l’UE à la BCE. Les premières bénéficiaires seraient néanmoins les banques italiennes qui verraient alors leurs cours bondir de plus de 100%.

  • L’Europe adopte enfin des eurobonds

Ces « eurobonds », des titres de dette conjointement émis par l’ensemble des pays de la zone euro (ou de l’UE, selon le cas), ont souvent été voulus par François Hollande qui s’est cependant toujours heurté au refus de Berlin.

Saxo Banque imagine qu’ils deviennent enfin réalité. Avec la montée des extrêmes en Europe, les dirigeants européens admettraient qu’ils n’ont pas fait assez pour doper la croissance. « Les États sont de plus en plus nombreux à penser que le remède à la crise économique et politique passe par le lancement de mesures de type keynésiennes plus ambitieuses », explique Saxo Bank.  Pour financer ces projets et mieux se coordonner, les pays de la zone euro décideraient ainsi d’émettre 1.000 milliards d’euros d’eurobonds destinés à financer des projets d’infrastructure. Ce qui redonnerait alors confiance aux investisseurs dans l’avenir de l’Europe.

(à suivre)

(*) BFMBusiness-31122016-Julien Marion

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