LES BANKSTERS CAPITALISTES…

« Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable – je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici – à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents ».

On peut, ou non, partager cette assertion de Maurice Allais, Prix Nobel de Sciences Economiques (1988), mais elle convient tout à fait au dernier ouvrage de Marc Roche, « Les Banksters », sous-titré «  Voyage chez mes amis capitalistes », aux Editions Albin Michel (234 pages, 18 euros).

Bankster, le mot signifie `banquier malhonnête, sans scrupules´, c’est un mot-valise provenant de banker et gangster, sur le modèle d’autres mots anglais comme fraudster, trickster, huckster.

Marc Roche, journaliste correspondant du Monde à la City, profondément libéral, dénonce les liens, parfois douteux, mais toujours opaques, entre financiers et politiciens et s’indigne de leur permanente impunité pénale. Il montre du doigt la complicité des grands cabinets d’audit et de tous cestraders qu’il a rencontrés au cours de l’exercice de sa profession.


Même après la crise de 2008, « la culture bancaire n’a pas changé », explique-t-il. Et leurs méthodes ont une influence sur la vie quotidienne de tout à chacun. « Ils spéculent sur les matières premieres et cela a un impact sur votre vie puisque cela influe sur le panier de la ménagère », détaille-t-il et de poursuivre : « Les manipulations sur les taux d’intérêt influeront sur votre livret d’épargne, le coût du crédit ou votre emprunt immobilier ». « Le lobby bancaire a émasculé la réglementation », assène Marc Roche.

Déjà dans une interview qu’il accordait à Marianne le 25 septembre 2011, Marc Roche écrivait : « Moi je vis au Royaume-Uni. Dans ce pays, un gamin qui vole une bouteille dans un super marché prend six mois de prison, ainsi qu’on a pu le voir lors des émeutes de Londres. Mais personne ne trouve rien à redire à ce que Mario Draghi, qui va prochainement prendre la direction de la banque centrale européenne, puisse faire des allers-retours entre la haute administration italienne et la banque d’affaire Goldman Sachs. Ce type de perméabilité interroge. En tant que directeur du Trésor italien, il n’a pu lui échapper que les statistiques économiques présentées par la Grèce pour justifier de son entrée dans la zone euro étaient farfelues. Et que cette présentation était pilotée par Goldman Sachs…. Un autre exemple de cette interminable liste de l’impunité ? Jean-Pierre Mustier, le patron de Jérôme Kerviel, a certes démissionné de la Société générale après la découverte de la fraude de son jeune trader. Mais c’est pour reprendre, quelques mois plus tard, les rênes d’Unicredit, qui est au passage la banque italienne préférée des oligarques russes ».

Toutefois, il consacre un chapitre au fait que la finance est utile quand elle fonctionne bien et peut, aussi, servir la bonne cause. Il propose en conclusion ses dix commandements pour « poser les bases d’une nouvelle morale financière ».

On retrouve chez Marc Roche, comme chez Jean-Marc Daniel et Xavier Fontanet, dont j’ai parlé les deux semaines précédentes, la même recherche d’une société et de citoyens plus responsables, d’un système plus pur, fait de droits et de devoirs équitablement partagés.
Toujours à lire, à méditer.

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