LE RETOUR FABULEUX DU FABULISTE

Disons-le, dans mes chroniques, je n’ai guère eu l’occasion de dire du bien d’un ministre de l’Éducation nationale. Aussi m’est-il étrange d’éprouver un accord avec le nouveau ministre M. Blanquer.
La possibilité de revenir à la semaine de quatre jours dans le primaire et le détricotage de la réforme du collège, le dédoublement des classes de CP dans les écoles REP étaient déjà des signaux très positifs.
Mais ce vendredi matin, écoutant le ministre interrogé sur France 2 dans « Les 4 vérités », nous apprenons que le ministère va offrir à chaque élève de CM2 un exemplaire des fables de La Fontaine. Pas en format numérique : sur papier ! L’édition est prête et présentée à l’antenne.
Le grain du papier, l’odeur du papier neuf, le bruit de la page qu’on tourne, ces préliminaires au plaisir de la lecture, les futurs collégiens pourront les éprouver, certains pour la première fois. Plaisir bien plus profitable que celui offert par les ordinateurs ou les tablettes qu’il est encore à la mode de donner aux collégiens parce qu’il permet la pensée et le rêve. Plus un enfant est lecteur, mieux il réussit dans ses études.
Qui oserait affirmer la même chose du numérique ?
Avis aux départements et aux régions : imitez la démarche du ministère, les élèves comme vos finances s’en porteront mieux.
Le livre offert n’est pas de cette littérature jeunesse, panacée des pédagogistes…

Mais les Fables !

Une œuvre qui est un pilier de la culture française : un Français peut-il ignorer « Le Corbeau et le Renard », « La Cigale et la Fourmi », « Le Loup et l’Agneau » ?

C’est que La Fontaine, c’est le français dans sa pureté classique, un français qu’il faut connaître si l’on veut jouer avec lui.
La Fontaine, c’est la sagesse populaire ramassée en quelques vers dans les morales des fables.
La Fontaine, c’est un ancrage dans le passé de la France, c’est Louis XIV et Nicolas Fouquet, sans la connaissance desquels l’intelligence des fables n’est que partielle.
La Fontaine, c’est aussi celui qui nous apprend à contourner la censure grâce à la maîtrise de la langue ; qui nous montre comment dire la vérité aux puissants tout en restant respectueux ; qui nous apprend à rester libres quelles que soient les conditions politiques.
Quoique sont parti ait été celui des Anciens, La Fontaine reste toujours moderne, ou plutôt toujours actuel.
C’est un beau cadeau que M. Blanquer fait aux écoliers de France en leur offrant ce beau morceau de France.
Certes, ce n’est qu’un symbole et ce geste ne réglera pas tous les problèmes de l’école. Mais quel symbole, en rupture avec les politiques passées !
Nous en chanterons tout l’été en espérant ne pas nous trouver fort dépourvu quand la rentrée sera venue…

(*)BdVoltaire-PierreVanOmmeslaeghe-24062017/0606

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