… LE RETOUR DES ANNEES 1930 ? (3/3)

J’ai voulu montrer, dans mes précédents billets (*), que si l’Allemagne entrait en récession, ce serait à la France de tirer la zone Euro, car le retour des années 1930 nous guette.
Que s’est-il passé dans les années 30 et quelles leçons en retenir…

Au sortir des années 20, le problème du chômage concernait essentiellement la Grande-Bretagne, la plupart des autres pays occidentaux étaient en expansion. C’est à ce moment là que survint le krach de Wall Street. La Grande Dépression commença et le chômage explosa dans tous les pays.

Ce tremblement de terre capitaliste eut lieu le jeudi 24 octobre 1929, connu depuis sous le nom de ʺjeudi noirʺ. Il se déroula à la Bourse de New York, le New York Stock Exchange, communément appelé Wall Street, du nom de la rue où elle est installée. En l’espace de quelques heures, la première bourse des valeurs des Etats-Unis et du monde capitaliste, va s’effondrer. Plusieurs dizaines de millions d’actions, passées de mains en mains, vont chuter, vertigineusement.
Anticipant une « prospérité éternelle », aidés par un système de crédit des plus avantageux, les américains avaient spéculés à la hausse des cours des actions au-delà de toute raison. Or, quelques mois avant, la production de tous les pays occidentaux avaient fortement baissé, les Anglais en tête, avec – 80% de chute de leur production, les Américains et les Allemands, – 60%…
La peur s’installe. Les vendeurs ne trouvent plus d’acheteurs. Les cours s’effondrent. Le cancer financier américain se propage. A l’expansion succède la récession. Partout. Les dettes, les faillites, le chômage, la misère, la désolation.
Et ce n’est pas la méthode Coué du président américain Hoover, « 
la prospérité est au coin de la rue », qui changera quoi que ce soit. La crise durera de 1929 jusqu’à la guerre de 1939-1945.

Sans être par trop alarmiste, ce qui n’est ni mon objectif, ni mon tempérament, les courbes du volume de Produit Intérieur Brut des pays de la zone euro entre 2007 et 2014, et des pays du bloc-or (**) entre 1929 et 1937, suivent à peu près les mêmes évolutions, forte baisse de 1929 à 1933, légère hausse ensuite, mais toujours en deçà du seuil d’avant la crise. Les premiers incapables de s’entendre sur une stratégie monétaire et de croissance dans la zone euro, les seconds refusant de dévaluer leurs monnaies et de s’affranchir de la tutelle de l’or. Dans le même temps, seuls les pays du bloc-sterling (***) qui dévaluèrent, eurent, après une chute d’activité, une forte hausse de leur PIB dès 1931.

Aujourd’hui, si la zone euro a bien résisté à la dépression et à la chute de son PIB, l’Europe n’a pas utilisé son arme monétaire, notamment par la dévaluation. Dans les années 1930, les pays qui avaient dévalué, ont fortement relancé leur production dans les deux ans qui ont suivi la crise de 1929, alors que ceux du bloc-or ont mis plus de huit ans pour seulement retrouver leur niveau de PIB d’avant la crise.
Notre Europe n’a malheureusement pas fait mieux, car elle ne va atteindre son niveau de PIB de 2007… qu’en 2015 !

Alors, même si l’histoire ne se répète jamais à l’identique, il nous faut en tirer des leçons et être vigilant, maintenir la mémoire. Car selon la formule de Churchill, « un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ».

Richard POGLIANO

(*) Newsletters des 24.11.14 et 1.12.14
(**) Les pays européens du bloc-or concernés, dont la monnaie était basée sur l’or, étaient en 1929 la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie et la Suisse.
(***) Les pays de bloc-sterling concernés étaient la Grande-Bretagne, le Danemark, la Suède et la Norvège.

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