LE MOYEN AGE (41)

LES CATHEDRALES (2)

Les techniques de construction des bâtisseurs
L’audace des bâtisseurs force encore le respect.
Comment les hommes du Moyen Âge ont-ils osé lancer vers les cieux de telles flèches de pierre ?
Leur approche empirique et géométrique défie les calculs des architectes d’aujourd’hui.

La géométrie
L’art de la construction ne se conçoit pas sans géométrie. La contrainte fondamentale d’un édifice, la gravité, définit elle-même les deux axes d’une élévation : l’aplomb, vertical et le niveau, horizontal. Dès les premières édifications, cette vérité s’impose aux hommes.
D’autre part, la géométrie ayant également pour objet les proportions, elle préside depuis l’Antiquité à la « construction du beau ». En s’appuyant sur certaines règles géométriques souvent anthropométriques, il est possible de concevoir « en grand » un objet plaisant à l’œil.

Le carré et le triangle et le cercle
Probablement basé sur des résultats empiriques, le principe semble admis au Moyen Âge : pour rester stable, il faut être carré. L’implantation au sol des édifices suit cette logique depuis l’Antiquité. On parle de construction ad quadratum, d’après le carré.
D’autre part, l’autre forme géométrique fondamentale en architecture est le triangle. Il est mécaniquement indéformable. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, on triangule les structures verticales, comme les charpentes ou les échafaudages. C’est la construction ad trigonum, d’après le triangle.
Le cercle intervient quant à lui dans le tracé des élévations des arcs et des voûtes et dans le plan des tours.
En conjuguant ces principes, la géométrie devient la clé de la science des bâtisseurs. Il en découle naturellement un langage propre, qui se chargera de symboliques aux cours des siècles.

Les bâtisseurs de cathédrale
Au Moyen Âge, l’architecte d’un édifice est souvent un tailleur de pierre qui, à force d’expérience et de curiosité intellectuelle, devient maître d’œuvre, le concepteur du bâtiment et le dépositaire des sciences de la construction.
Sous l’égide du maître d’œuvre attaché à l’édifice, une équipe d’artisans hautement qualifiés se constitue. Il s’agit probablement d’ouvriers itinérants, suivant le maître au gré des chantiers.
L’édification d’une cathédrale s’étale sur plusieurs siècles. Les artisans qui se succèdent sur le chantier, s’influencent et se transmettent les techniques et les modes à travers l’Europe.
Les carnets de croquis d’un érudit peut-être maître d’œuvre du XIIIe siècle nous sont parvenus. Ils attestent de cette richesse au travers des chantiers gothiques de son temps.

Le chantier médiéval
L’implantation établie, les fondations sont construites, plus ou moins imposantes selon la hauteur de mur envisagée.
Au fur et à mesure de l’édification, les échafaudages de bois s’élèvent. En effet, ce sont les murs qui portent l’échafaudage médiéval, au moyen des trous de boulins. Les boulins, poutres horizontales traversant la maçonnerie de part en part, portent un plancher d’échafaudage de chaque côté du mur.
Pour former les arcs et les voûtes, les clavaux sont posés sur un cintre, un ouvrage de charpente qui maintient provisoirement les pierres jusqu’à la pose de la clé, qui clave l’ensemble. Il est probable, dans le cas des grandes baies, que le remplage joue le rôle d’un cintre permanent.

Les engins de levage
À mesure que l’édifice émerge du sol, le bardage des matériaux (pierre, bois, mortier) nécessite des engins de levage. Ces machines utilisent naturellement l’énergie humaine, comme le montre l’exemple de la grande roue d’écureuil ou les cabestans. La préhension des pierres est assurée par la griffe, d’autre fois, par la louve. Les deux méthodes ont laissé leurs empreintes sur les parements de l’édifice.
Ces techniques médiévales sont pour la plupart encore employées aujourd’hui. D’ailleurs, les pierres sont aujourd’hui encore scellées comme à l’époque, au mortier de chaux ou au plomb.

Les innovations du gothique
Avec l’avènement du roman, l’ambition du style gothique est de s’élever le plus possible vers les cieux. Ce souci de verticalité suppose de réduire le poids et l’épaisseur des supports (murs et piliers) sans compromettre la stabilité de l’ouvrage.
Le système des contreforts en arc-boutant va permettre de soulager les murs en absorbant la poussée des voûtes.
Par là-même, les baies s’agrandissent, les arcs en plein cintre sont remplacés par des ogives, plus résistantes aux contraintes. Les fenêtres hautes deviennent monumentales et se parent de vitraux de plus en plus riches.
La légèreté apparente des murs est renforcée par un système bien visible dans le massif occidental de la cathédrale : les murs puissants du gros-œuvre sont cachés derrière un rideau de dentelle de pierre.

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