LE MOYEN AGE (36)

L’EMPIRE GERMANIQUE

Le Saint-Empire romain germanique est le regroupement politique de territoires en Europe centrale et occidentale. Il a duré de 962 à 1806.
Le Saint-Empire s’est étendu sur les territoires qui forment aujourd’hui l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, la République tchèque, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique, l’est et le sud-est de la France, le nord et le centre de l’Italie.

Au Moyen Âge, les empereurs ne parviennent pas à assurer l’hérédité de leur pouvoir, ils restent élus par une poignée de très grands seigneurs qui sont en fait les souverains de leurs états. Les empereurs, après avoir contrôlé étroitement la papauté au Xe siècle vont s’opposer à la volonté d’indépendance de celle-ci. La lutte sera intense sous le règne de l’empereur Henri IV avec la querelle des investitures et surtout sous les Hohenstaufen aux XII° et XIIIe siècles. La papauté triomphe finalement de l’empereur pendant la lutte du Sacerdoce et de l’Empire.

Comme la plupart des pays européens du Moyen Âge, l’Empire était divisé en plusieurs centaines de principautés laïques ou religieuses et de villes libres. La particularité du Saint-Empire est de s’étendre à la fois sur la Germanie (l’Allemagne) et l’Italie du nord et du centre. En Germanie dominent les grands ensembles territoriaux (Bavière, Saxe, Souabe ou ce qui deviendra les possessions des Habsbourg), le réseau urbain est assez peu développé. Par contre en Italie il y a abondance de villes qui ont une tradition de liberté face au pouvoir. Pour compliquer la situation le pape réside en Italie où il est aussi un grand seigneur de terres (les États de l’Église).

À la tête de l’Empire il y a un empereur. La transmission du pouvoir impérial n’est pas héréditaire, comme elle le deviendra en France ou en Angleterre. L’empereur est élu (comme roi de Germanie puis comme roi des Romains) par les princes et les villes. A chaque élection impériale les candidats doivent faire des « cadeaux » à leurs électeurs. À partir de 1356, il n’y aura plus que 7 princes électeurs (9 en 1692). Cependant, quelques familles parviennent à conserver quelques temps la couronne impériale, les ducs de Saxe au Xe siècle, les Saliens au XIe siècle, les Hohenstaufen aux XII° et XIIIe siècles, les Luxembourg au XIVe siècle, puis à partir de 1438 jusqu’en 1806, les Habsbourg d’Autriche. L’empereur théoriquement doit être couronné par le pape. À partir du XVe siècle, à côté de l’empereur siège une Diète d’Empire qui regroupe les différents princes et villes libres de l’Empire. La Diète doit donner son accord pour certaines décisions.

Au début du Xe siècle, l’empire est morcelé en différents duchés nationaux et l’autorité réelle appartient aux ducs qui assument, dans les principautés, les fonctions qui relèvent de l’autorité royale.
Le pouvoir royal se redresse sous la dynastie d’Henri de Saxe, dit Henri l’Oiseleur.

  • Il est désigné comme souverain en 919
  • Il rend la monarchie héréditaire
  • Il arrête l’invasion des Hongrois
  • Il annexe la plus grande partie de la Lotharingie.

Otton 1er (également nommé Otton le Grand) occupe le trône entre 936 et 973. Il renforce la monarchie par différents moyens :

  • Institution de l’Eglise impériale et création de principautés ecclésiastiques aux points névralgiques du royaume dont le pouvoir est confié à des évêques choisis par l’empereur parmi les clercs de sa chapelle
  • Adoption d’une politique familiale qui vise à placer à des postes administratifs importants ou à la tête de duchés importants des membres de sa famille
  • Création d’une marche militaire pour contenir les Hongrois : la Ostemark qui deviendra l’Autriche (Österreich)
  • Inauguration du « Drang nach Osten », c’est-à-dire la poussée germanique vers l’Est du point de vue économique, militaire, religieux et territorial. Exemple : la création de l’évêché de Pologne.
  • Conquête du royaume d’Italie et recomposition de l’ancien empire carolingien à son profit (avec de nouvelles limites territoriales). Cet empire se réclame de la tradition carolingienne et de la tradition romaine. Il se maintiendra jusqu’à la conquête napoléonienne en 1806.

Progressivement, le renforcement de l’autorité du pape sur l’Eglise va provoquer une remise en cause de l’Eglise impériale et va déboucher sur un conflit entre la papauté et l’empereur à propos de la nomination des évêques et, surtout, à propos de la direction du monde chrétien. Ce sera la Querelle des Investitures ou querelle pour l’imperium mundi.
Evolution de l’autorité du pape sur l’Eglise

  • Jusqu’au Xe siècle, les évêchés et les paroisses dépendent de l’autorité des laïcs (les princes, les rois et les seigneurs), ce qui entraîne des conséquences néfastes sur le niveau moral du clergé.
  • Plusieurs réformes au XIe siècle visent à lutter contre la simonie ; la nomination des évêques et des abbés échappe ainsi à l’autorité des laïcs.
  • La théocratie se développe, c’est-à-dire que le pouvoir spirituel prime sur le pouvoir temporel et que le pape a le droit de conseiller les souverains et même de destituer ceux qui ne lui obéissent pas./li>

La querelle entre le pape et l’empereur a plusieurs conséquences :

  • Le pouvoir pontifical se développe
  • La couronne impériale redevient élective
  • L’Allemagne se morcelle en quelque 400 Etats indépendants
  • L’Italie se morcelle également et les Cités-Etats acquièrent leur indépendance par rapport à l’empereur.

(à suivre)

Richard POGLIANO

Les commentaires sont fermés.