LE MOYEN AGE (31)

LA NAISSANCE DES MONARCHIES NATIONALES

Les derniers siècles du Moyen Âge, ce qu’on appelle le Bas Moyen Âge, jettent les bases d’un contexte politique nouveau. Tandis que les puissances à vocation universaliste (Empire, théocratie pontificale) s’effacent, les monarchies nationales montent en puissance.
Dans les pays d’Europe occidentale naît un certain sentiment national du fait de l’identification des peuples à leur roi, processus accéléré par les guerres. Parallèlement, la centralisation progresse et les institutions se perfectionnent, permettant au monarque de contrôler de vastes ensembles territoriaux.

L’effacement des pouvoirs universalistes

A la fin du Moyen Âge, le régime monarchique paraît être le meilleur possible du fait de la conception organique de l’Etat qui prévaut à l’époque (« un corps, donc une seule tête »).
Deux pouvoirs se voulant supérieurs aux autres ont pendant plusieurs siècles menacés la souveraineté royale : celui de l’empereur et celui du pape.
En France, où la féodalité a profondément marqué la société, deux ordonnances royales (1303, 1314) affirment que le roi de France ne peut pas faire hommage à un pouvoir extérieur. Quel que soit sa faiblesse territoriale, le roi de France n’est le vassal de personne.
A l’empereur germanique, le roi de France répond qu’il est « empereur dans son royaume ».
Face au pape, le roi de France manie l’opinion publique et n’hésite pas à recourir à des moyens « directs » pour montrer que le temps où le pouvoir laïc craignait les papes est passé (attentat d’Anagni : en 1303, à Anagni, un envoyé du roi Philippe IV le Bel aurait giflé Boniface VIII, qui prétendait disposer des trônes). D’autre part, des intellectuels comme Guillaume d’Ockam (Dialogus, 1340) ou Marsile de Padoue (Defensor pacis, 1324) n’hésitent plus à critiquer les ambitions temporelles du pape, lequel est relégué dans ses strictes fonctions spirituelles.

Une construction idéologique

Une des composantes du pouvoir monarchique est son aspect mystique, divin. Le sacre, qui accompagne le couronnement, s’inscrit dans un cadre religieux par l’onction du saint chrême (par l’archevêque de Reims en France, à Aix – parfois Mayence – en Allemagne). Le roi se voit doté de pouvoirs surnaturels, les pouvoirs thaumaturgiques (guérison des écrouelles en France et en Angleterre), et est l’objet d’une vénération populaire.
L’origine divine du pouvoir se manifeste par la mise en place d’une véritable « religion royale » marquée par l’alliance entre l’Eglise et l’idée monarchique et le culte de saints protecteurs du royaume (saint Jacques en Espagne, saint Denis en France, saint Maurice en Germanie).

Les notions de continuité monarchique et de « sang royal » s’imposent. Le pouvoir n’est jamais vacant : les juristes français parlent de l’ « indisponibilité de la Couronne » illustrée par la formule « Le roi est mort, vive le roi ».
En France, cette idée est soutenue dans le Moyen Âge central par une remarquable stabilité dynastique : de 987 à 1328, le roi dispose à chaque fois d’un enfant mâle à qui léguer la Couronne (c’est le « miracle capétien »).

Les progrès de la centralisation

A l’échelon central, depuis le XIIIe siècle, les services se spécialisent.
En France, le tournant se situe sous les règnes de Philippe Auguste et Louis IX. Les grands corps de l’Etat apparaissent : le Conseil, la Cour des pairs (constitué de grands vassaux, juges des causes féodales), le Parlement de Paris (fonction judiciaire) puis les Parlements de province au XVe, et la Chambre des Comptes (contrôle des finances).
En Angleterre, la justice est confiée au Banc du roi, à la Cour des plaids communs et à la Chambre étoilée (pour les crimes politiques). Les finances anglaises sont contrôlées par l’Echiquier.

Au niveau local, le nombre d’agents royaux augmente et leur formation est améliorée.
En France, les baillis (dans le Nord) ou les sénéchaux (dans le Sud) voient leur autorité s’étendre au-delà du domaine royal. Ils sont assistés par des recevaux pour les finances et des capitaines pour les affaires militaires.
En Angleterre, le roi bénéficie de la faiblesse relative des particularismes locaux. Dans le cadre traditionnel des comtés, divisés en centaines, les membres de la petite aristocratie locale (la gentry) remplissent les fonctions de sheriff (collecteur des revenus royaux), de coroner (officier de la Couronne, enquêteur), d’escheator (gestionnaire des biens de la Couronne).

La centralisation demeure néanmoins insuffisante. Le nombre d’agents royaux, bien qu’allant en croissant, reste modeste, et ces agents ne sont pas toujours bien contrôlés. Les délais entre les prises de décision et l’application restent très importants. Aussi, les villes, les princes et les assemblées représentatives (cortes en Espagne) constituent des freins au mouvement centralisateur.

(à suivre)

Richard POGLIANO
(*)Philisto-BasMoyenAge-XIV°/XV°

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