LE ʺRAS LE BOLʺ DU CORPS MEDICAL

La France va connaître, entre Noël et le jour de l’An, la plus grande grève de médecins et les plus graves contestations du corps médical depuis quarante ans.

Certes, les urgentistes ont, semble-t-il, trouver un accord avec le gouvernement, puisque l’Association des Médecins Urgentistes de France (AMUF) a annoncé, ce mardi, la levée de son préavis de grève. Une décision consécutive à de nouvelles propositions que la ministre de la Santé a mises sur la table lundi. Selon les urgentistes, la ministre a fait droit à leur revendication de limiter à 48 heures, au lieu de 60 actuellement, le temps de travail hebdomadaire (conformément au droit européen), et les rémunérer en heures supplémentaires de la 39e heure à la 48e.

Mais la situation des médecins n’est en rien réglée.
En grève depuis le 23 décembre, les médecins libéraux protestent contre le projet de loi de santé de la ministre Marisol Touraine. Face à un ministère sourd et aveugle, qui refuse toute rencontre et discussion, les médecins ne sont pas prêts de reprendre le travail rapidement.

C’est ainsi que l’Union Française pour une Médecine Libre (UFML) a appelé dans un communiqué à la poursuite du mouvement « devant la fermeté hostile et méprisante du ministère ».
Et selon la CSMF, le principal syndicat de médecins généralistes, le mouvement de grève serait
 « particulièrement suivi » avec plus de « 80 % de cabinets médicaux fermés », contre un texte « qui va détruire l’organisation des soins libéraux de proximité auxquels les Français sont attachés pour en faire une usine à gaz aux mains de l’administration où tout sera plus compliqué et plus long ».

Le projet de loi de Marisol Touraine a pour but de généraliser le tiers payant. Les patients n’auront plus rien à débourser, mais les médecins devront assurer tous les problèmes de gestion et surveiller les règlements des mutuelles complémentaires. Depuis un autre ministre de la Santé, celui-là de François Mitterrand, Claude Evin, le sort des médecins généralistes n’a subi que des dégradations, notamment dans le coût de la consultation, tout le monde étant maintenant à 23 €, alors que les obligations, mises aux normes, charges et impôts n’ont cessé d’augmenter.
Le projet de loi vise aussi à accroître la dépendance des médecins vis-à-vis de l’Etat. Pas seulement l’Etat, d’ailleurs, vis-à-vis aussi de la Sécurité Sociale et les Agences Régionales de Santé (ARS). Principalement, les médecins libéraux ne seront plus libres…La liberté d’installation d’un médecin passera sous le contrôle des ARS. Et, dans la foulée, les activités médicales changeront de mains, puisque les pharmaciens, les infirmières et les sages-femmes pourront être consultés, faire des diagnostics, et autres prescriptions et actes techniques !

Les médecins libéraux vont donc connaître tous les inconvénients du statut de travailleur indépendant et du salariat, sans leurs avantages.

Au-delà du problème des médecins généralistes (car d’autres éléments contestés et contestables composent cette loi, que je ne peux développer ici), c’est tout le corps médical public et privé qui est en grand danger, par une remise en cause totale des bases mêmes de notre système de santé français.

Encore une fois, le gouvernement joue aux apprentis sorciers, et son mode de gestion ne convient pas au pays qu’est la France.
En la matière, comme dans d’autre, il faut mettre en place des états-généraux de la profession, mieux, un grenelle de la santé.
C’est cela une bonne gouvernance républicaine et démocrate.


Richard POGLIANO

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